Liberté de presse en recule : Hongkong refuse son visa à un journaliste du « Financial Times »

La liberté de la presse recule à mesure que Pékin étend son influence sur l’ancienne colonie britannique.

Le non-renouvellement du visa de travail de Victor Mallet, responsable Asie du Financial Times à Hongkong, soumet pour la première fois les journalistes étrangers en poste dans la région administrative spéciale (RAS) à une menace bien connue de leurs confrères en Chine continentale : la sanction de l’expulsion. Le quotidien britannique, qui avait demandé une extension de deux ans du visa de travail arrivé à échéance début octobre, a indiqué vendredi 5 octobre que cette demande avait été refusée sans explication. « C’est la première fois que nous sommes confrontés à ce cas », a indiqué le journal aux feuilles saumon.

Lorsque Victor Mallet est revenu à Hongkong dimanche 7 octobre après un déplacement, il n’a reçu qu’un visa de sept jours. La quasi-expulsion de M. Mallet, qui doit prendre son poste de chef du bureau de Paris début 2019, est perçue comme une sanction pour son rôle dans l’organisation d’un déjeuner le 14 août au Foreign Correspondents’ Club (Club des correspondants étrangers, FCC) de Hongkong, autour d’Andy Chan Ho-tin, jeune dirigeant d’un microparti qui milite pour l’indépendance de Hongkong. Fin juillet, la police avait demandé au gouvernement d’interdire sa formation, le Parti national de Hongkong (HKNP). M. Mallet, vice-président du FCC, avait animé les débats, en l’absence de la présidente du FCC, la correspondante du Monde à Hongkong, Florence de Changy.

Malgré les condamnations du gouvernement de Hongkong et les demandes insistantes des autorités chinoises pour déprogrammer la venue de M. Chan, le FCC, qui invite des personnalités de tout bord, avait maintenu l’événement, assuré par ses avocats que, dans le contexte juridique de Hongkong, celui-ci était parfaitement légal. Il a donc eu lieu, malgré quelques manifestations le jour J autour de la vieille bâtisse en briques rouges au cœur de Central, le quartier d’affaires, ainsi qu’une fausse alerte incendie et une cyberattaque contre le site du FCC. La polémique autour de l’événement a donné au discours du jeune militant indépendantiste une visibilité médiatique inattendue. Et le HKNP a finalement été formellement interdit le 24 septembre, en vertu d’une loi datant de la colonie britannique.

« Précédent inquiétant »

La décision prise à l’encontre de M. Mallet porte un nouveau coup à l’Etat de droit dans l’ancienne colonie britannique, pourtant garanti par une justice indépendante et une Constitution spécifique (Basic Law) jusqu’en 2047, en vertu du principe « un pays, deux systèmes ». Un rempart qui semble de plus en plus fragile face à la la tolérance zéro de Pékin vis-à-vis de toute tentation de rébellion depuis le « mouvement des parapluies » de 2014.

L’expulsion de facto de M. Mallet a donné lieu à une levée de boucliers. L’Union européenne a critiqué une « décision politique » qui crée « un précédent inquiétant » et « risque de nuire à la réputation internationale de Hongkong ». Reporters sans frontières (RSF) a dénoncé une « forme de représailles ». « La non-prolongation du visa de M. Mallet par les autorités de Hongkong est un cas très rare, sans doute unique, pour un journaliste, qui plus est représentant d’un grand média britannique. La décision n’ayant pas été motivée par les autorités, il est difficile d’y voir autre chose qu’une mesure de rétorsion à la suite de la participation du journaliste comme animateur [du débat] », explique Cédric Alviani, directeur du bureau pour l’Asie de l’Est de RSF. « Si cette expulsion est confirmée, elle marquera un nouveau degré de recul de la liberté de la presse à Hongkong, sur le déclin depuis cinq ans. Pékin veut appliquer à Hongkong la même politique de pression sur les journalistes étrangers que sur son territoire », poursuit-il. Hongkong est passé de 18e en 2002 dans le classement mondial RSF de la liberté de la presse, à 70e en 2018, sur 180 pays et territoires évalués.

Lors d’une manifestation pour la liberté de la presse, le 6 octobre à Hongkong. Sur la pancarte : « Ne pas piétiner la liberté de la presse » et « Honte au gouvernement pour son attitude vindicative ». Sur le sol, un ruban symbolisant les « lignes rouges » que Pékin entend faire respecter.
Mardi 9 octobre, lors de son point de presse hebdomadaire, la chef de l’exécutif de Hongkong, Carrie Lam, n’a répondu que brièvement au torrent de questions sur cette affaire, refusant de commenter l’incident. Une telle décision, a-t-elle indiqué, était du seul ressort du directeur de l’immigration. Les observateurs à Hongkong se demandent tous si la chef de l’exécutif a elle-même obéi aux consignes de Pékin, malgré les conséquences néfastes pour la réputation de la ville, ou si elle a été mise devant le fait accompli par son directeur de l’immigration, lui-même soumis aux pressions de Pékin ou de factions du Parti communiste cherchant à déstabiliser Carrie Lam. L’ancien chef de l’exécutif, C.Y. Leung, qui avait espéré un second mandat, est en conflit larvé avec sa successeure. C.Y. Leung a été particulièrement virulent dans sa campagne contre le FCC, caractérisant notamment son loyer de « symbolique » alors que le club paye près de 70 000 euros de loyer mensuel au gouvernement.

A Pékin, le porte-parole du ministère des affaires étrangères, Lu Kang, s’est borné à rappeler que le gouvernement de la RAS était seul responsable des décisions de séjour sur son territoire – une affirmation peu crédible. Un certain nombre de services liés à la sécurité sont régulièrement décrits comme sous influence du Parti communiste. Dans son éditorial du 7 octobre, le Global Times, le bras armé de la propagande chinoise à l’étranger, explique sans détour « qu’inviter Chan démontre une forme de provocation politique qui dépasse le cadre de la liberté d’expression ».

Brice Pedroletti

• LE MONDE | 09.10.2018 à 11h07 :
https://abonnes.lemonde.fr/asie-pacifique/article/2018/10/09/hongkong-refuse-son-visa-a-un-journaliste-du-financial-times_5366722_3216.html


Hongkong : la Chine veut empêcher un militant indépendantiste de parler devant la presse étrangère

Le gouvernement prochinois en place à Hongkong menace d’interdire le parti d’Andy Chan Ho-tin, pour raisons de « sécurité nationale ».

Le Club des correspondants étrangers de Hongkong est plus habitué à couvrir les polémiques qu’à en être partie prenante. Mais l’intervention, prévue mardi 14 août, d’Andy Chan Ho-tin, leader d’un microparti indépendantiste, a réussi à provoquer la colère de l’actuelle chef de l’exécutif de Hongkong, Carrie Lam, de son prédécesseur, C. Y. Leung, et du camp pro-Pékin.

Peu après l’annonce de cette invitation, le ministère des affaires étrangères chinois a rencontré le conseil d’administration du Foreign Correspondents’Club (FCC) pour lui demander d’annuler l’événement. Ce que le FCC a refusé, rappelant dans un communiqué lundi 6 août, qu’« organiser des événements ne veut pas dire que nous soutenons, ou nous opposons, aux opinions défendues par les intervenants ».

Andy Chan, 27 ans, ancien du mouvement Occupy Central de 2014, est à la tête du Hongkong National Party, une formation lancée en mars 2016 qui ne compte aucun élu et défend une position radicale : l’indépendance totale de Hongkong vis-à-vis de la Chine. M. Chan a déjà déclaré qu’il n’excluait pas le recours à la violence « si c’était un moyen efficace de nous faire entendre ». Le gouvernement prochinois menace d’interdire son parti pour raisons de « sécurité nationale ». Le 17 juillet, le secrétaire à la sécurité, John Lee Ka-chiu, a donné vingt et un jours au parti pour se défendre par écrit, avant l’interdiction, qui serait une première.

Confessions télévisées

L’ancien chef de l’exécutif C. Y. Leung a été le premier à attaquer le FCC. Reprenant une récente déclaration du président chinois Xi Jinping, il estime que l’indépendance est « une ligne rouge absolue et claire », puisqu’elle « constitue une violation de la souveraineté chinoise ». Il se demande sur Facebook si le FCC invitera à l’avenir des partisans de l’indépendance de Taïwan, du Xinjiang, ou du Tibet ? Et même, poursuit-il, « l’association demanderait-elle à des terroristes de venir expliquer comment détourner un avion ? »

La chef de l’exécutif, Carrie Lam, a, elle aussi, jugé l’invitation d’Andy Chan « regrettable et inappropriée », même si elle a précisé que, contrairement à ce qu’affirme son prédécesseur, le FCC loue ses prestigieux locaux non pas pour un dollar symbolique mais pour l’équivalent de 63 700 euros, le prix du marché.

L’affaire est une nouvelle illustration de la fragilité d’une liberté d’expression théoriquement garantie par le principe « un pays, deux systèmes » depuis la rétrocession de Hongkong à la Chine en 1997. Elle fait suite notamment à l’arrestation de libraires indépendants, kidnappés en 2015, détenus au secret et forcés à des confessions diffusées par la télévision publique chinoise, qui avait montré aux habitants de l’île que Pékin ne prend plus de gants. Le dernier gouverneur britannique de l’île, Chris Patten, est monté au créneau pour dénoncer la tentative d’ingérence de Pékin dans le programme du FCC.

Simon Leplâtre (Shanghaï, correspondance)

• LE MONDE | 08.08.2018 à 11h31 :
https://abonnes.lemonde.fr/asie-pacifique/article/2018/10/09/hongkong-refuse-son-visa-a-un-journaliste-du-financial-times_5366722_3216.html


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