Une première depuis 1997 : un petit parti séparatiste « propagateur de haine » formellement interdit à Hongkong

Depuis la rétrocession de l’île à la Chine en 1997, le Parti national de Hongkong est le premier à être banni par le gouvernement de la « Région administrative spéciale ».

Le Parti national de Hongkong (HKNP), qui prônait ouvertement l’indépendance de la Région administrative spéciale de Chine, est désormais formellement interdit à Hongkong. La décision, à effet immédiat, est tombée lundi 24 septembre au matin. Fondé en 2016, le HKNP n’a jamais eu de représentant élu et n’a qu’une poignée de sympathisants. Son cofondateur, Andy Chan Ho-tin, un jeune architecte d’intérieur de 28 ans, n’avait pas eu le droit de se présenter aux élections législatives de septembre 2016. L’annonce de l’interdiction n’a donc surpris personne, pas même Andy Chan Ho-tin, pour qui l’affaire était jouée d’avance.

Lors d’une conférence de presse donnée lundi, le ministre de la sécurité a néanmoins indiqué que sa décision avait été prise après une étude « exhaustive et attentive » du dossier. Interrogé sur d’éventuelles pressions de Pékin qu’il aurait subies, le ministre a affirmé avoir pris la décision « lui-même ». « Je ne peux pas ignorer le fait que le Parti national de Hongkong a, à plusieurs reprises, indiqué qu’il aurait recours à tous les moyens possibles, y compris la violence », a déclaré John Lee. « Proposer une république de Hongkong sans Chinois continentaux est un discours propagateur de haine, contraire à la Basic Law », a-t-il ajouté, faisant référence au texte qui fait office de mini-Constitution pour la Région administrative spéciale de Chine. Alors que la Basic Law indique en effet explicitement, dans son article 1, que Hongkong est partie intégrante de la Chine, l’article 27 du même texte garantit toutefois « la liberté de parole, de presse et d’édition, d’assemblée, de réunion, de procession, de manifestation ainsi que la liberté de former ou joindre un syndicat et de faire grève ».

« Nouveau pouvoir colonial »

C’est la première fois depuis la rétrocession de 1997 que le gouvernement de la « Région administrative spéciale » interdit un parti politique. Ironiquement, l’article de loi auquel l’administration a du avoir recours pour interdire ce parti date de l’époque coloniale et n’est que très rarement utilisé. Sous le régime britannique, c’est le Parti communiste qui était interdit. Celui-ci est d’ailleurs resté clandestin à Hongkong après 1997. Ses membres ne se déclarent pas ouvertement, même si le principal parti pro-Pékin, l’Alliance démocratique pour l’amélioration de Hongkong (DAB), en est l’émanation officieuse.

Mi-août, les autorités chinoises ont tenté d’empêcher une conférence d’Andy Chan au club de la presse étrangère, le Foreign Correspondents’Club (FCC). « Pékin est notre nouveau pouvoir colonial [colonial masters] », avait-il déclaré à cette occasion, insistant sur les différences de « civilisation » entre « eux » [les Chinois de Chine] et « nous » [les Hongkongais].

Depuis quelques années, le débat fait rage sur comment interpréter le principe « un pays, deux systèmes », principe fondateur de l’arrangement par lequel l’ancienne colonie britannique allait garder pendant cinquante ans « un haut degré d’autonomie ». Les règles semblent en fait se déplacer progressivement, au gré des « interprétations » dont Pékin a l’exclusivité et même l’initiative, comme ce fut le cas en novembre 2016 lorsqu’il est intervenu, sans que le gouvernement de Hongkong ne le demande, dans la saga des prestations de serment : lors de la rentrée parlementaire d’octobre 2016, plusieurs députés avaient altéré ou moqué le texte de prestation de serment, ce qui leur valut de perdre leur mandat avant même d’avoir siégé.

« Menace imminente sur la sécurité nationale »

Les divers porte-parole de la nouvelle pensée chinoise expriment par ailleurs de plus en plus clairement que le « un pays » a préséance sur le « deux systèmes ». L’apparition du concept d’une « ligne rouge » à ne pas franchir dans le discours du président Xi Jinping de juillet 2017 à Hongkong a renforcé l’idée que toute contestation de la souveraineté chinoise ne serait plus tolérée.

La menace de cette interdiction planait depuis mi-juillet, quand la police avait recommandé au gouvernement d’interdire le Parti national au motif que celui-ci posait « une menace imminente sur la sécurité nationale ». Selon la police, le HKNP prenait des « mesures concrètes » et avait « un programme précis » pour faire aboutir l’indépendance de Hongkong. Le parti, qui devait justifier du bien-fondé de son existence et de ses intentions dans les trois semaines suivantes, avait obtenu une extension de ce délai à trois reprises. Le parti a finalement rendu son dossier, le 14 septembre, avec plusieurs heures de retard sur son ultime échéance. Attendant le conseil de ses avocats, Andy Chan n’a fait aucun commentaire. Légalement, il dispose d’un délai de trente jours pour faire appel.

Cette dureté vis-à-vis des plus radicaux sur l’échiquier politique de Hongkong vise évidemment à les sortir du débat politique et à dissuader tout sympathisant de persévérer dans cette voie. Elle risque aussi d’en faire de martyrs des libertés fondamentales et de rendre ces idées, désormais interdites, d’autant plus séduisantes pour une partie de la jeunesse en colère de Hongkong.

Florence de Changy (Hongkong, correspondance)