Grande-Bretagne : Comment Theresa May est en train de s’aliéner la diaspora indienne

Alors que son prédécesseur, David Cameron, avait réussi à séduire l’électorat originaire de l’Inde, la Première ministre tory a déjà commis plusieurs impairs envers celui-ci. Le Brexit ne devrait pas arranger les choses.

Malgré la diversité géographique et religieuse qui les caractérise, les Britanniques originaires de l’Inde devraient avoir “un penchant politique naturel” pour les torys, car ils sont attachés aux valeurs “de la famille et du travail” et sont “souvent aisés financièrement”observe Rakib Ehsan, chercheur en sciences politiques au Royal Holloway, dans une analyse publiée par le site d’information Scroll.in.En 2010, une enquête avait indiqué que 16 % des Indiens détenteurs du passeport britannique s’identifiaient au camp conservateur, un taux “plus élevé que chez toutes les autres minorités ethniques”. Parmi les Noirs originaires des Caraïbes, par exemple, seuls 5 % votent pour les torys.

Toutefois, les sujets indiens de Sa Majesté ouvertement conservateurs restent très minoritaires : “55 % d’entre eux” reconnaissent soutenir au contraire le Labour. “Conscient du problème”, David Cameron avait en son temps tenté d’améliorer l’attractivité du parti conservateur en lançant “une opération de charme”, rappelle Rakib Ehsan. L’ancien Premier ministre s’était rendu en Inde et avait “diversifié le profil des candidats” de sa formation aux législatives. Surtout, il avait introduit le CVanonyme au Royaume-Uni, afin de répondre aux problèmes de discrimination que rencontre la diaspora indienne sur le marché du travail. Résultat, aux élections de 2015, les conservateurs avaient réalisé une “performance particulièrement bonne” auprès des électeurs hindous et sikhs.

Mais, depuis l’arrivée au pouvoir de Theresa May, c’est marche arrière toute, déplore l’auteur de l’article, à cause du Brexit notamment. Les électeurs d’origine indienne étaient certes “davantage favorables que les autres minorités à la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne”, mais la majorité d’entre eux soutenaient cependant le camp du “remain”. Après le référendum de 2016, l’actuelle locataire du 10 Downing Street a préféré opter pour “une stratégie risquée” consistant à rallier à sa cause “la population active blanche et socialement conservatrice” vivant dans les bastions du Labour ayant pâti des années Thatcher et aujourd’hui favorables au Brexit, plutôt que de s’intéresser au soutien de ses concitoyens d’origine indienne.

Aux élections générales de 2017, “le vote tory chez les minorités ethniques est tombé à son niveau le plus bas en seize ans”, relève Rakib Ehsan, en raison, probablement, d’un désaveu des Indiens. Les prises de position fermes de Theresa May contre l’immigration risquent de ne pas arranger les choses. Tout comme le choix du candidat conservateur aux municipales de 2020, à Londres. Noir caribéen, Shaun Bailey s’était distingué en 2005 pour s’être plaint qu’à l’école “les petits Anglais entendent moins parler de Noël que de Diwali”, la fête annuelle des lumières qui marque le nouvel an hindou dans le sous-continent.


Courrier International

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