Malaisie. Les salamalecs des politiques ne prennent plus

L’islam a toujours été au cœur de la vie politique malaisienne. À la faveur du vent de réformes qui souffle depuis mai sur le pays, certains, à l’image du site Malaysiakini, osent désormais dénoncer l’instrumentalisation des symboles religieux par certains dirigeants.

Un vrai miracle s’est produit la semaine dernière  ! Un homme qui ne pouvait marcher a soudain senti la vie revenir dans ses jambes fluettes. Shahidan Kassim, député sortant d’Arau [à la frontière avec la Thaïlande], a justifié la présence dans sa voiture à 23 h 30 d’une adolescente seule de 15 ans parce qu’il était “incapable de marcher”. Le miracle s’est produit juste après : ses jambes sont devenues assez fortes pour lui permettre de faire le dur voyage de dix heures et 7 000 kilomètres jusqu’à La Mecque. Loué soit le Seigneur  !

Le public a réagi avec fureur aux excuses ridicules de Shahidan, d’autant plus qu’il a déjà été montré du doigt pour ses comportements de coureur et que ces accusations ont toujours été rejetées par les instances de son parti, l’Umno [Organisation nationale unifiée malaise, qui en mai dernier, pour la première fois depuis l’indépendance du pays, a perdu les élections et a dû céder le pouvoir].

Aller à La Mecque pour se racheter une virginité

Seule une personne comme Shahidan peut imaginer que les Malaisiens vont le croire. Pour une raison inexplicable, les membres de l’Umno rongés par la culpabilité aiment prendre La Mecque comme “tribune” pour montrer à leurs frères malais qu’ils sont innocents et que Dieu est de leur côté.

Comment les politiciens malais peuvent-ils agir de la sorte  ? Dénigrer ainsi l’islam  ? Insulter l’intelligence des Malais  ? Filer à La Mecque juste avant qu’une affaire n’éclate et ternisse encore plus leur réputation ou parce qu’ils font l’objet d’un mandat d’arrêt amène ceux qui sont “aussi croyants qu’eux” à se demander : les gens importants font-ils ce pèlerinage parce qu’ils ont à cœur de remplir leurs obligations religieuses  ? Ou plutôt pour laver leur image ?

L’ancien Premier ministre déchu Najib Abdul Razak et sa femme tout aussi déchue, Rosmah Mansor, se sont rendus à de nombreuses reprises à La Mecque durant les mandats de Najib. À de si nombreuses reprises qu’on ne les compte plus, mais c’était presque toujours devant l’imminence d’un nouveau scandale.

Shahrizat Abdul Jalil, l’ancienne ministre des Femmes, de la Famille et du Développement communautaire, fait également partie des membres de l’Umno qui ont couru chercher refuge à La Mecque. La National Feedlot Corporation (NFC) [société privée de l’agro-industrie avec une participation de l’État] était aux mains de sa famille. Son mari et ses enfants auraient détourné 250 millions de ringgits versés par les contribuables [soit 53 millions d’euros] pour s’offrir un chapelet de luxueux appartements, une voiture, des vacances à l’étranger et d’autres cadeaux, comme des pèlerinages et autres plaisirs. La réputation politique d’Abdud Jalil était entachée de corruption, mais Najib ne l’a pas débarquée.

Les représentants politiques ne doivent pas échapper à la justice

Espérons que le gouvernement de Pakatan Harapan [qui depuis mai a engagé un train de réformes] fera ce qui doit être fait et demandera une enquête sur tous les députés et hauts responsables politiques [de l’ancien gouvernement] qui ont été accusés d’inconduite sexuelle et qui ont été absous par les instances supérieures de leur hiérarchie.

Ces députés musulmans pensent-ils qu’aller à La Mecque offre une sorte de renaissance  ? Que c’est l’équivalent de la confession du dimanche, du “Dites vingt Je vous salue Marie, repentez-vous et votre âme sera purifiée” prescrit par le prêtre  ?

Un grand nombre de chefs religieux et de politiciens malais ont volé l’argent des contribuables, et jusqu’à du lait destiné aux écoliers pauvres. Ils affirment pourtant tous craindre Dieu. Certains ont même juré sur le Coran qu’ils étaient innocents de tout ce dont on les accusait. Ils n’ont pas peur de Dieu. Ils ont uniquement peur de perdre leur pouvoir, leur richesse et leur prestige.

On peut penser que ces politiciens sans vergogne croisent les doigts lorsqu’ils jurent sur le Coran pour atténuer leurs mensonges. Mais ils ne s’en donnent probablement même pas la peine. Jurer sur le Coran est trop facile. On devrait les soumettre à l’ordalie et leur faire plonger la main dans de l’huile bouillante. Si la main ressort brûlée, l’accusé est coupable. Si elle est intacte, alors il est innocent. Il est temps que les Malais apprennent à respecter leur religion et à ne pas traiter La Mecque comme la décharge publique de leurs malversations, leurs turpitudes et leur mauvaise conscience.


Mariam Mokhtar

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