Le septième Forum social mondial se réunit à Nairobi
14 janvier 2007
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La réunion du septième Forum social mondial marque une nouvelle étape dans l’internationalisation du mouvement altermondialiste. Il s’agit de renforcer le processus des forums sur le continent africain et l’intégration des mouvements africains aux initiatives mondiales. C’est un nouveau défi, difficile à relever.

Le prochain Forum social mondial va bientôt se tenir du 20 au 25 janvier 2007 à Nairobi (Kenya). L’an dernier, le FSM s’était pour la première fois réuni sur le continent africain, à Bamako (Mali), de même qu’à Caracas (Venezuela) et Karachi (Pakistan). Après l’Afrique de l’Ouest, c’est donc au tour de l’Afrique de l’Est d’accueillir ce grand rassemblement des mouvements altermondialistes et antiguerres.

L’événement est d’importance, mais ses conditions d’organisation ne sont pas simples. Il y avait, une semaine avant l’ouverture du forum, quelque 10.000 personnes formellement inscrites et il est encore difficile de prévoir l’ampleur de la participation populaire kenyane et africaine.

Les obstacles à surmonter sont nombreux. Sur le plan national, le poids des mouvements syndicaux et sociaux est, dans le processus kenyan, faible par rapport à celui des ONG et des réseaux ou agences liées aux Eglises chrétiennes (catholiques comme protestantes) ; nettement plus faible, en fait, que ce ne fut le cas lors des précédents FSM.

Sur le plan africain, ce forum devrait, à la suite de Bamako, aider à la coopération des organisations de tout le continent, par-delà les frontières héritées des grandes zones de colonisation (française, britannique, portugaise…). Dans cette perspective, il était notamment prévu de faire converger sur Nairobi des caravanes populaires provenant de différentes régions. Mais ce projet s’est révélé particulièrement aléatoire à mettre en œuvre : dans bien des cas, ces caravanes auraient dû traverser plusieurs pays (ce qui démultipliait les problèmes de visas) et de dangereuses zones de guerres ou de banditisme. La route qui conduit de l’Afrique du sud au Kenya reste facile d’accès, mais les délégations de nombreux autres pays devront venir par avion, ce qui limite nécessairement la participation des mouvements qui ne peuvent compter sur d’importantes sources de financement.

Sur le plan international, les plus grosses délégations devraient venir d’Asie (dont environ 500 participants d’Inde), avec une présence significative du Moyen-Orient et d’Europe. La distance et le coût des voyages limiteront la participation latino-américaine.

Plus de 1.000 activités sont organisées dans le cadre du programme autogéré. Comme dans tout forum, le septième FSM sera donc le théâtre de débats et d’échanges militants très variés comme sur la dette et les politiques néolibérales ou sur le combat contre les politiques de guerre au Moyen-Orient (Palestine, Liban, Irak…), véritable enjeu mondial, mais aussi en Afrique même. Pour les délégations venues d’Europe —de France en particulier—, Nairobi offre l’occasion de poursuivre le travail engagé à Bamako en vue d’élargir les liens solidaires noués avec les organisations syndicales et sociales africaines, pour s’attaquer au rôle de l’Union européenne en Afrique et pour renforcer les campagnes en défense des émigrés, tout à la fois surexploités et suropprimés.

Le quatrième jour du Forum de Nairobi sera consacré à l’organisation des campagnes pour l’année à venir. C’est une nouveauté militante bienvenue dans le programme du FSM, mais l’organisation de cette journée fait débat : elle risque en effet d’aboutir à un éventail éclaté d’initiatives si aucune mesure n’est prise pour construire un calendrier commun d’actions qui favorise la capacité de mobilisations transversales.

C’est à Nairobi aussi que la discussion va reprendre sur la tenue en janvier 2008 d’une journée globale d’action. Lors de sa réunion de Parme (Italie), en octobre 2006, le Conseil international du FSM a en effet décidé de ne pas organiser de session du Forum mondial l’an prochain. C’est une décision d’importance, faisant suite à plusieurs années de débats assez tendus au sein du Conseil international, la plupart des mouvements militants souhaitant un ralentissement des rythmes des forums pour tenir compte de leur multiplication (forums mondiaux, régionaux, nationaux, locaux et thématiques) et de l’existence d’autres échéances militantes (mobilisations sociales, contre-sommets, etc.). L’idée d’une journée (ou de journées) mondiale d’action globale en 2008 a été favorablement accueillie tant lors de la réunion internationale des mouvements sociaux en septembre dernier, à Bruxelles que lors du CI du FSM à Parme. Il reste à en préciser la conception et à vérifier l’engagement de toutes les associations concernées.

Le Conseil international du FSM se réunira à la suite du forum, à Nairobi, les 26 et 27 janvier 2007.

L’année 2007 marque une nouvelle étape dans l’internationalisation des forums sociaux. Outre Nairobi, un important forum aussi va se tenir aux Etats-Unis. Huit ans après les mobilisations de Seattle contre l’OMC et sept ans après la première rencontre de Porto Alegre (Brésil), l’altermondialisme est aujourd’hui présent dans toutes les grandes régions du monde. Il reste certes encore à intégrer à la dynamique internationale des pays aussi important que la Chine (un objectif pour 2008 !), mais l’expansion géographique du mouvement a été jusqu’à aujourd’hui remarquablement rapide.

Mis en ligne le 16 janvier 2007
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