Walden Bello et la « déglobalisation »

Toutes les versions de cet article : [English] [français]

Walden Bello a été et est avant tout un militant : d’abord contre l’impérialisme américain et contre la dictature au Philippines, ensuite contre la globalisation néolibérale, à laquelle il résiste en théorisant la « déglobalisation » et en travaillant à l’institut de recherche altermondialiste « Focus on Global South » qu’il a fondé avec d’autres militants à Bangkok. Nicola Bullard, qui fait également partie de Focus, nous raconte le parcours de Walden Bello, avec qui elle travaille depuis dix ans.

Walden Bello est né à Manille en 1945. Son père travaillait dans l’industrie du cinéma aux Philippines et sa mère était chanteuse et musicienne. La légende veut que son père ait été plongé dans la lecture de Thoreau au moment de sa naissance, d’où son prénom de Walden, bien que ses deux parents aient été hispanophones. Elevé chez les jésuites, la rébellion contre leur système conservateur d’éducation réservé aux élites fut à l’origine de sa radicalisation. Bello a quitté les Philippines peu avant le grand mouvement étudiant de 1970 pour poursuivre ses études à Princeton, mais c’est aux Etats-Unis même qu’il s’est politisé au contact du mouvement contre la guerre au Vietnam.

Depuis le début des années 70, Walden n’a cessé décrire et de protester contre la domination militaire, politique et économique des Etats-Unis sur le Sud, tirant les leçons des luttes aux Philippines contre la dictature de Ferdinand Marcos et du coup d’Etat de 1973 au Chili à l’instigation des services américains. SE retrouvant exilé à la suite de la prise de pouvoir de Marcos alors qu’il étudiait aux Etats-Unis, et s’éant rapproché des mouvements des exilés philippins pour la démocratie, en même temps il écrivait sur le rôle de l’impérialisme en Asie du Sud-Est, sur les « tigres » économiques de la région, et sur le rôle joué par la Banque mondiale et le Fond monétaire international pour soumettre les économies de la région aux intérêts du capital américain.

Au début des années 90, après un long parcours militant, Walden Bello était donc fin prêt pour l’essor du mouvement alter-mondialiste, plus justement rebaptisé désormais « mouvement pour la justice globale ». Quand les « contours » de la globalisation néo-libérale se précisèrent, vers le milieu des années 90, il était préparé à fournir non seulement une analyse du processus en cours, mais d’en reconstituer la genèse en remontant assez loin pour montrer que l’impérialisme et le capitalisme global ne sortent pas du néant, mais son le résultat actuel de politiques délibérées et de puissants intérêts.

 Multiples fonctions, même message

Bien qu’il intervienne sur plusieurs terrains – universitaire, en tant qu’enseignant en sociologie et économie politique ; politique, en tant que président du parti Akbayan (Parti d’action des citoyens) aux Philippines ; ou encore, journaliste et directeur de l’organisation Focus on Global South [1], Bello est d’abord un militant. Il n’y a chez lui aucune trace de schizophrénie : chaque domaine d’activité contribue à son action. La force de ses écrits réside dans des argumentations serrées, présentées dans un langage simple qui vise à éduquer et à inciter à agir. La puissance de l’homme lui-même réside dans sa pugnacité et sa colère si nécessaire (par exemple dans sa controverse avec James Wolfensohn lors de la réunion de la Banque mondiale au Château de Prague), dans sa passion militante (comme lors de son intervention récente face à la police anti-émeute devant le Centre des congrès de Hong-Kong), et dans sa maîtrise de soi le reste du temps.

Le style de Walden n’est pas une simple question de personnalité, mais un choix réfléchi sur la manière de se comporter en politique. Il n’a pas de temps à perdre avec ce qu’il appelle « un style apocalyptique » ignorant des réalités et des servitudes de l’organisation. Il n’apprécie pas davantage la rhétorique élitiste qui creuse une distance entre les intellectuels et les militants, même lorsqu’il s’agit d’exposer des positions radicales. Il se définit lui-même comme un radical, partisan de transformations essentielles du système capitaliste et impérialiste, et comme un « non-réformiste » qui admet que « la réforme puisse être radicale dans certaines circonstances ».

Walden est un auteur prolifique, doué d’un instinct journalistique pour le récit et animé d’un besoin compulsif d’écrire. La trajectoire de ses textes ne s’égare cependant jamais et ses arguments ne se diluent pas avec le temps. Son livre, Dilemmas of Domination : The Unmaking of American Empire (2005) est l’aboutissement d’une analyse mûrie sur plus de trente ans. Il se considère comme un anti-capitaliste et un anti-impérialiste. Les thèmes de la domination économique et militaire américaine, de l’importance des institutions multilatérales pour promouvoir les intérêts américains, de la subordination systémique du Sud, de la faillite de la démocratie libérale, de la faiblesse cachée de l’impérialisme, de la réalité du pouvoir et des rivalités inter-impérialistes, de la logique destructive du capitalisme, sont les leitmotiv qui parcourent la plupart de ses écrits.

Un estimable professeur de droit a dépeint un jour Walden comme un « pamphlétaire ». Ayant appris peu après que le révolutionnaire américain Thomas Paine avait été lui aussi catalogué dans les mêmes termes, il se réjouit de cette parenté. Walden a en effet la conviction et l’énergie qu’il faut pour répéter encore et encore la même chose, en ajoutant de nouveaux arguments, en découvrant de nouvelles preuves, en démêlant l’intrigue et en creusant les personnages, toujours dans l’intention vivante de bousculer les élites et de nous inciter à agir. De fait, son œuvre constitue une chronique de la montée de l’impérialisme américain depuis la seconde guerre mondiale et une critique acérée de son pouvoir hégémonique, sans jamais perdre confiance dans la possibilité d’une issue par la lutte et par le mouvement démocratique des peuples.

 Orientations politiques

« Je ne suis pas socialiste au sens habituel du terme, de la suppression du marché et du rôle central de l’Etat », dit Walden. Il met plutôt l’accent sur l’importance du contrôle démocratique sur la production, sur les institutions, sur le marché, et même sur les entreprises privées : « L’Etat est important pour transformer l’économie, mais l’Etat lui-même doit être contrebalancé par une société civile active qui surveille et intervienne étroitement dans les procès de gestion étatique ». La forme institutionnelle et organisationnelle de la production est à ses yeux secondaire si existe un contrôle démocratique effectif. « On peut peut-être dire de moi que je suis un pragmatique », dit-il :

« Je dirais que j’ai été un pragmatique qui utilise ce qui lui semble utile pour la tâche de l’heure. Ce qui inclut bien sûr l’arsenal théorique du marxisme. Mais je ne me définirais plus aujourd’hui comme un léniniste, parce que je pense que la crise qu’ont connue les sociétés communistes était liée au caractère élitiste des organisations d’avant-garde léninistes. On peut comprendre les raisons historiques et les situations répressives qui les ont fait naître, mais quand elles sont devenues permanentes et ont avancé des justifications théoriques à leur absence de démocratie, elles sont devenues en réalité des forces négatives. J’ai été attiré par certains aspects des nouveaux mouvements, comme leur forme décentralisée, leur fort sentiment antibureaucratique, leur intérêt pour les formes de démocratie directe, dans l’esprit de Rousseau – que l’on appelle cela anarchie ou non. Je pense encore, à cette étape que la contribution la plus précieuse de ce mouvement est sa critique de la globalisation marchande, bien plus que le modèle d’organisation et de prise de décision qu’il serait censé proposer. Il existe une crise globale de démocratie représentative en Occident aujourd’hui, de même qu’aux Philippines. Le mouvement représente une alternative à cela. La démocratie directe peut-elle fonctionner ? Elle l’a fait à Seattle et à Genève. Alors nous pouvons nous demander comment aller plus loin. Et comment nous pouvons – bien que je haïsse ce mot – institutionnaliser des méthodes de démocratie directe [2]. »

Walden est viscéralement et intellectuellement anti-impérialiste. Il pense que le problème crucial du pouvoir ne doit jamais être sous-estimé. La reproduction du capitalisme global ne peut se maintenir sans l’impulsion et la protection d’un Etat hégémonique : « Contrairement à la position de certains progressistes qui estiment que l’Etat est moins puissant, l’Etat hégémonique, les Etats-Unis, est devenu infiniment plus puissant. Par conséquent, la confrontation directe, et l’opposition politique et militaire aux Etats-Unis est une question centrale pour une stratégie progressiste. » Il ne s’intéresse donc guère aux courants du mouvement altermondialiste qui parlent de transformer le monde sans poser la question du pouvoir. A ses yeux, l’analyse de Hardt et Negri est « impressionnante et utile en partie », mais elle élude le rôle central des Etats-Unis et le fait que sa puissance armée est la clef de voûte du système.

« Bien que je sois d’accord avec Gramsci pour dire que la légitimité et l’hégémonie culturelle maintiennent un système à long terme, le rôle du pouvoir politique et militaire pour sa reproduction à court et moyen terme ne saurait être sous-estimé » : l’analyse que fait Bello de l’impérialisme et de l’empire américain est bien résumée dans ses Dilemmes de la domination. Il y développe se thèse d’une « crise du capitalisme global », caractérisée comme une crise de surproduction (économique), de « surextension » (militaire) et de légitimité (politique et idéologique). Ces crises combinées non seulement minent l’empire américain, mais elles intensifient les contradictions et les conflits, l’obligeant à s’accrocher au pouvoir à tout prix. Conclusion : « Bien que les Etats-Unis demeurent la première puissance du monde, son système de domination est exposé à de sérieux assauts et peut-être sur la voie de la défaite ». Walden Bello entrevoit là les opportunités d’un « changement libérateur, non seulement pour les nations dominées et marginalisées, mais pour le peuple des Etats-Unis lui-même ».

 La « déglobalisation » comme alternative au capitalisme global

La notion de « déglobalisation » a été développée par Walden Bello dans un livre de 2002 dans un livre intitulé Deglobalisation : Ideas for au New World Economy (« Déglobalisation : Idées pour une nouvelle économie mondiale »). Il y précise que la « déglobalisation » ne veut pas dire le retrait de la communauté mondiale : « Il s’agit de réorienter les économies, de la priorité à la production pour l’exportation, à celle pour la production destinée aux marchés locaux ». Les traits caractéristiques de cette réorientation sont :

-  la production de biens et de services répondant aux besoins populaires plutôt qu’à la demande créée et conditionnée par la culture de consommation, et usant de techniques soucieuses de préserver la communauté, l’environnement, et la vie elle-même ;

-  drainer les ressources financières d’un pays pour un développement autocentré plutôt que de se soumettre à la dépendance envers les investissements et les marchés financiers étrangers ;

-  entreprendre une redistribution des revenus et de la terre afin de générer un marché intérieur capable de dégager les ressources financières pour l’investissement ;

-  relativiser la croissance et maximiser l’équité dans le but de réduire drastiquement le déséquilibre environnemental ;

-  adopter des systèmes comptables qui expriment le plus fidèlement les gains et les pertes dans l’échange entre l’économie et l’environnement écologique, de manière à promouvoir une économie compatible avec le respect de l’environnement ;

-  reconnaître dans les politiques économiques la centralité du rôle des femmes à la fois dans la production et la reproduction des systèmes sociaux ;

-  en finir avec la division ville-campagne inhérente au développement capitaliste, en revalorisant l’agriculture paysanne et les communautés agraires ;

-  subordonner les décisions économiques stratégiques au contrôle démocratique et non à la loi du marché ;

-  soumettre le secteur privé à une régulation étatique légalement sanctionnée et soumettre au contrôle démocratique et populaire, le secteur privé aussi bien que le secteur public ;

-  créer un nouveau complexe de production, d’échange et de distribution incluant les coopératives communautaires, des entreprises privées, et des entreprises d’Etat, où les mécanismes marchands soient subordonnés au bien commun ;

-  introduire le principe de subsidiarité dans la vie économique en encourageant la production de biens et de service au niveau des communes et de la nation si c’est possible à des coûts raisonnables ;

-  promouvoir des aménagements économiques qui consolident les droits humains et le droit à l’autodétermination, en favorisant, au lieu de l’écraser, la diversité culturelle.

D’aucuns perçoivent une étroite affinité entre la stratégie de Walden et du Focus for Global South et les travaux de Samir Amin, qui écrivait en 1990 : « la déconnexion ne veut pas dire autarcie, mais plutôt subordination des relations extérieures à la logique du développement endogène résultant d’une multiplicité d’intérêts divergents ». Walden souligne de même que la « déglobalisation » ne signifie ni déconnexion ni autarcie, mais seulement remettre les choses à l’endroit, le bas en haut, et renverser le procès uniformisant de la globalisation libérale, caractérisée par des politiques économique de commerce, de financiarisation libérale, de priorité à l’exportation, de privatisation et de dérégulation, imposées par les accords commerciaux et les conditions de prêt dictés par la Banque Mondiale, le FMI, et l’Organisation mondiale du commerce.

Bien que la « déglobalisation » ne puisse pas être vue comme « La stratégie » du mouvement altermondialiste, sa formulation alternative à la globalisation néo-libérale indique au moins qu’existent d’autres visions du monde possibles. Par ses propositions, le paradigme de la déglobalisation propose une approche stratégique alternative qui repose sur deux idées : « déconstruire » le pouvoir des grandes firmes et des marchés financiers, et reconstruire des solidarités sociales, de communautés, un environnement vivable, et une économie locale.

Malgré cela, les critiques de la déglobalisation persistent à la confondre avec l’autarcie et le protectionnisme, et la considèrent comme un refus rétrograde des aspects « positifs » de la globalisation. Telle que nous avons résumé les grandes lignes, la déglobalisation parvient peu, du moins jusqu’à présent, à intégrer dans sa proposition les nouveaux réseaux économiques, politiques, sociaux et technologiques représentatifs dans la phase actuelle de l’opposition au capitalisme global. Bien que Walden parle d’internationalisme et de globalisation des peuples, sa vision reste principalement locale et stato-centrée, mais sans claire conception du type d’Etat qu’il faudrait ni de la manière dont le changement pourrait se produire. Il va cependant beaucoup plus loin que le nationalisme tiers-mondiste traditionnel lorsqu’il place la démocratie des peuples au centre de son projet et s’efforce d’y intégrer les dimensions féministe et écologiste.

Une autre faiblesse de la stratégie de déglobalisation est qu’elle ne va pas très loin dans l’élaboration des systèmes économiques susceptibles d’émerger dans un monde « déglobalisé », ni dans la manière d’initier le procès de réduction de l’interdépendance massive, bien qu’inégale, créée par la globalisation libérale. Dans sa critique de la déglobalisation, Patrick Bond attirait l’attention en 2003 sur les limites d’une telle stratégie, dans laquelle il voyait une combinaison de « stratégies de régulation globalisée et de localisme utopique » sans claire perspective anti ou alter-capitaliste. Bien évidemment, Walden serait en désaccord : pour lui, la déglobalisation est implicitement et nécessairement anticapitaliste dans la mesure où elle s’enracine dans la démocratie radicale des peuples.

 Amis et ennemis

Sur l’assassinat politique. Vers la fin 2004, le Parti communiste clandestin des Philippines a publié une liste de « contre-révolutionnaires » dénonçant leurs liens avec des organisations trotskystes ou social-démocrates. Dans cette liste figuraient les noms de deux anciens cadres du Parti qui ont été victimes d’assassinats, l’un d’eux revendiqué par la branche armée du PC, la Nouvelle Armée populaire. Le second semble avoir connu un sort similaire. Le nom de Walden Bello figurait sur la liste parmi plusieurs autres militants philippins bien connus, mais pas tous anciens membres du parti. Walden et ses camarades ont dénoncé cette liste noire et appelé le Parti communiste à renoncer aux assassinats politiques. Le Parti est notamment son théoricien dirigeant en exil, José-Maria Sison, n’ont pas répondu. Sison évoque Bello en ces termes : « Comme porte-parole d’une prétendue société civile, Bello est un citoyen respectable et soumis à l’Etat violent de la bourgeoisie compradore et de l’oligarchie agraire alignées sur les Etats-Unis [3]. » Comme prévu, Sison a nié que la liste soit une liste de cibles, et le Parti a réaffirmé sa position selon laquelle le cas des « contre-révolutionnaires » serait traité par une Cour de justice populaire.

Sur la violence, la guerre, et la résistance. Après les attentats du 11 septembre 2001, Walden Bello a écrit : « Ces attaques ont été motivées par un sentiment d’injustice et d’outrage moral largement partagé dans le monde ». Dans la présentation d’un entretien avec n leader du Hamas à Beyrouth, il écrivait : « Pour beaucoup de gens, le Hamas est associé aux attentats suicides contre des cibles israéliennes civiles et militaires. Largement condamnées en tant qu’action terroristes, ces bombes ont pourtant contribué à modifier la situation, au point qu’un dirigeant du Hamas ait pu les définir comme les F-16 des Palestiniens [4]. » Walden a aussi pris une claire position sur la résistance irakienne : « Pour un peuple occupé, la lutte armée n’est pas seulement une option, c’est la seule option [5] ».

Les positions de Walden sur le terrorisme et la résistance ont été très bien reçues par certains, mais en ont gêné d’autres, particulièrement au Nord (et aux Etats-Unis notamment) où un franc parler et des opinions tranchées font que les gens regardent par dessus leur épaule pour voir qui a pu entendre. Pour mémoire, Walden condamne le terrorisme, mais il insiste sur la nécessité de traiter les causes du terrorisme, l’injustice et l’inégalité, l’oppression culturelle et l’exclusion. Il insiste cependant sur le fait que le plus grand danger ne vient pas des terroristes, mais des Etats-Unis eux-mêmes.

Sur le commerce mondial. La position radicale du Focus for Global South sur l’Organisation mondiale du commerce et son désaccord avec la puissante ONG international Oxfam à propos de sa stratégie face à l’OMC ont causé bien des frictions à l’occasion de l’organisation des campagnes sur le commerce. En 2003, Oxfam a lancé sa campagne en réclamant « l’accès au marché » pour les pays envoie de développement. Bien que cela ait pu apparaître comme une divergence tactique ou technique, pour Walden et pour le Focus, cette revendication de l’accès aux marchés ne répondait ni aux rapports de forces au sein de l’OMC, ni à l’échec du développement orienté prioritairement pour l’exportation. Walden écrivit que Oxfam avait une fausse cible et une fausse orientation pour le mouvement contre la globalisation libérale [6]. Les développements ultérieurs au sein de l’OMC bien ont montré qu’il avait raison d’affirmer que « l’accès au marché » ne résoudrait ni le problème du Sud ni celui de l’OMC.

Sur le Forum social mondial. Bien que fervent et actif participant au Forum social mondial, Walden n’a guère d’indulgence pour la conception d’un « espace ouvert », qui favorise à ses yeux les courants réformistes, s’enlise dans l’inaction, et risque de conduire à la mort pure et simple du Forum. C’est ce qu’il a écrit dernièrement, après le Forum de Caracas en janvier 2006 : « Caracas a représenté un bon stimulant pour une dynamique qui tend à s’égarer. Ce Forum a souligné le fait que le succès ne peut venir pour nous qu’au prix de rudes combats et de grands risques. Menacé en permanence par la formidable alliance entre les Etats-Unis et l’oligarchie locale, Chavez et ses partisans défendent la possibilité de transformer le Venezuela et l’Amérique latine. Et il nous invite à lutter pour ouvrir un espace à la transformation du monde et pour traduire en acte le slogan du Forum mondial “Un autre monde est possible”. [7] » Pour le dire clairement, Walden Bello n’est pas pour « changer le monde sans prendre le pouvoir », ou du moins pourrait-il soutenir que nous avons besoin d’amis au pouvoir si nous voulons avoir la moindre chance de changer le monde. Cette appréciation de l’importance du pouvoir politique se concrétise par son engagement déterminé dans Akbayan, parti politique qui participe aux élections aux Philippines.

Il ne fait aucun doute que Walden Bello a une très grande influence au sein du mouvement altermondialiste pour une justice globale. Sa légitimité ne vient pas seulement de la qualité de son travail et de sa provenance d’un pays du Sud, mais aussi de sa détermination à s’impliquer intellectuellement et physiquement. Son écriture agréable et sa remarquable capacité de synthèse et d’exposition ont un grand impact sur la manière dont les gens voient et comprennent le monde. Beaucoup sont prêts à une interprétation radicale du monde, et Walden la leur fournit. D’autre part, sa personnalité modeste correspond très bien à la nouvelle forme de mouvements en réseaux, où les rapports personnels non hiérarchiques (ou du moins non-institutionnels) sont très importants. Bien sûr, la forte visibilité de Walden au sein du mouvement repose aussi sur le travail de ses collègues du Focus for Global South, qui sont aussi, au sein des coalitions et des réseaux, des militants qui construisent le mouvement plutôt qu’ils ne le « dirigent ».

Bibliographie de Walden Bello

Le seul texte de Walden Bellon traduit en français est Dilemmas of Domination : the Unmaking of the American Empire (New York : Henry Holt and Co., 2005) qui est paru sous le titre : La Fin de l’empire américain : la désagrégation du système américain (Fayard, 2006).

Voir, pour les textes en anglais :

Co-auteur, The Anti-Developmental State : the Political Economy of Permanent Crisis in the Philippines (avec Docena, de Guzman), Quezon City : University of the Philippines, 2004.

Deglobalization : Ideas for a New World Economy (Lodres. Zed Books, 2002)

The Future in the Balance : Essays on Globalization and Resistance (Oakland : Food First, 2001)

Prospects for Good Global Governance : the View from the South, Raport préparé pour le Bundestag, Republic fédérale d’Allemagne, oct. 25, 2001

Global Finance : New Thinking on Regulating Speculative Markets (sous la direction de Walden Bello et Nicola Bullard), Londres : Zed Books, 2000.

Pjavascript:barre_raccourci(’’,’’,document.formulaire.texte)rincipal Author, A Siamese Tragedy : Development and Disintegration in Modern Thailand (London : Zed Books, 1998)

Co-author, APEC : Four Adjectives in Search of a Noun (Manila : Manila People’s Forum on APEC, 1996)

Co-author, Challenging the Mainstream : APEC and the Asia-Pacific Development Debate (Hong Kong : ARENA, 1995)

Principal Author, Dark Victory : The United States, Structural Adjustment, and Global Poverty (London : Pluto Press, 1994)

Co-editor, Reexamining and Renewing the Philippine Progressive Vision (Manila : Forum for Philippine Alternatives, 1996)

People and Power in the Pacific : The Struggle for the Post-Cold War Order (London : Pluto Press, 1992)

Window of Opportunity : The Asia- Pacific in the Post-Cold War Era (Geneva : World Council of Churches, 1992)

Principal Author, Dragons in Distress : Asia’s Miracle Economies in Crisis (London : Penguin Books, 1991)

Brave New Third World ? Strategies for Survival in the Global Economy (London : Earthscan, 1990)

U.S.-Sponsored Low Intensity Conflict in the Philippines (San Francisco : Institute for Food and Development Policy, 1989)

Editor, International Perspectives on Community Organizing (San Francisco : Training and Resource Institute on Migration, 1987)

Co-author, American Lake : Nuclear Peril in the Pacific (New York : Penguin Books, 1987)

Vision of a Warless World (Washington, D.C. : FCNL Education Fund, 1986)

Principal Author, Development Debacle : The World Bank in the Philippines ( San Francisco : Institute for Food and Development Policy, 1982)

Elite Democracy or Authoritarian Rule ? (Manila : Nationalist Resource Center, 1981)

Co-author, 500-Mile Island : The Philippine Nuclear Reactor Deal, Vol X, No. 1 of Pacific Research, First Quarter, 1979)

Principal Author, The Logistics of Repression : The Role of U.S. Aid in Consolidating the Marial Law Regime in the Philippines ( Washington, D.C. :FFP, 1977)

Marcos and the World Bank, Vol. VII, No. 6, of Pacific Research, 1976

Editor, Modernization : Its Impact in the Philippines, Vols. 3-5 (Quezon City, Ateneo de Manila University Press, 1967-69)

Voir aussi le site de Focus on the Global South website http://focusweb.org (et son bulletin Internet Focus on Trade foù l’on trouvera de nombreux articles de Bello en français et en anglais.

Plusieurs douzaines d’articles de Walden Bello se trouvent aussi sur le site d’ESSF. Voir : BELLO Walden

Notes

1. « Nous avons voulu créer un institut d’observation de l’économie asiatique, liant les réponses politiques et écologiques dans une perspective plus vaste. L’étude des modèles de développement et autres modes de domination promus par la Banque mondiale, m’avait rendu de plus en plus conscient qu’on ne pouvait pas les affronter seulement au niveau national. Qu’il s’agisse de s’opposer au militarisme américain, à la Banque mondiale, au Fond monétaire international, ou aux firmes multinationales, il était indispensable de commencer par nouer des liens à l’échelle de la région. Si importants soient-ils, les mouvements nationaux doivent être combinés avec la création de mouvements régionaux et globaux, les paradigmes traditionnels de la solidarité internationale ne suffisent plus dans la situation actuelle » (Walden Bello, interview à la New Left Review, n°16, juillet 2002).

2. Walden Bello, interview paru dans la New Left Review n° 16, juilet 2002.

3. http://www.defendsison.be/pages php/0412300.php

4. Interview du dirigeant du Hamas Usamah Hammdan par Walden Bello, in Focus aon Trade, n° 106, déc 2004.

5. Walden Bello, Discours à l’Université à l’occasion du jour anniversaire de la fondation des Philippines, le 19 juin 2003.

6. Walden Bello, What is wrong with the Oxfam Trade Campaign, Focus on Trade n°77, avril 2002.

7. Walden Bello and Mary Lou Malig, « The 6th WSF in Caracas. A Shot in the Arm for Global Civil Society », Focus on Trade, n°116, février 2006.

P.-S.

* Publié dans Chiara Bonfiglioli and Sebastien Budgen (eds.), « La planète aletermondialiste », textuel, Paris 2006.

* Nicola Bullard travaille avec l’organisation Focus on the Global South à Bangkok, Thaïlande. Elle a participé au processus des forums sociaux mondiaux et édite le bulletin électronique « Focus on Trade » [http://www.focusweb.org].

Pas de licence spécifique (droits par défaut)