« Shutdown » aux Etats-Unis  : Trump et Wall Street dans la tourmente

Depuis le 22 décembre à minuit, le gouvernement fédéral des États-Unis est partiellement paralysé : c’est le shutdown, la fermeture d’une partie de l’administration.

Trump veut plus de 5 milliards de dollars pour construire son mur, « solide, beau et sûr », à la frontière avec le Mexique. Faute d’une majorité suffisante, la veille de Noël, au Sénat, il n’a pas pu les obtenir et a usé de son droit de veto pour refuser le budget. En conséquence, 800 000 fonctionnaires sont au chômage technique.

Le 3 janvier, la nouvelle majorité démocrate s’est installée au Congrès, duquel Nancy Pelosi a été élue présidente. Le bras de fer se poursuit sans compromis en vue après plusieurs rencontres de négociations. Trump se déclare prêt à poursuivre le shutdown pendant des mois ou même une année ! Il a évoqué aussi la possibilité de décréter l’état d’urgence pour pouvoir construire le mur en se passant de l’accord du Congrès. « Il s’agit de sûreté, il s’agit de sécurité pour notre pays […]. Nous n’avons pas le choix. »

L’enjeu est pour lui politique : plier les Démocrates à son absurde obsession sans avoir de défection dans les rangs républicains, affirmer son pouvoir. Il pourrait aussi obliger les Démocrates à se soumettre à un compromis, par exemple négocier un échange entre le financement du mur et un accord pour protéger d’expulsion de jeunes immigréEs arrivéEs mineurEs sur le territoire américain, les Dreamers, qu’Obama avait autorisé à rester et que Trump avait remis en cause.

Les Démocrates pris au piège

« Le président Trump plonge le pays dans le chaos » : l’accusation portée par Nancy Pelosi est largement partagée dans la population mais, au-delà de de la personnalité de Trump et de sa façon d’imposer son pouvoir, une telle situation n’est rendue possible que par l’instabilité d’un système et la panique de ses dirigeants. Aucun vote, aucune majorité parlementaire, pas plus qu’une procédure de destitution, ou impeachment, ne peuvent y apporter remède. Et, faute d’une autre politique, les Démocrates sont pris au piège du chantage de Trump.

Wall Street est dans le rouge, et a connu un mois de décembre catastrophique, comme la plupart des places boursières dans le monde. L’effondrement d’Apple est symptomatique de la fébrile instabilité du capital, que la guerre commerciale avec la Chine accentue. L’effet des baisses massives d’impôts qui ont dopé l’économie étatsunienne s’estompe. La dette atteint des sommets, en particulier celle de l’État fédéral. Ce qui laisse à penser que la question du budget et du shutdown n’est pas près de trouver une issue. Quoi qu’il se passe dans les semaines à venir, la question pourrait rebondir d’ici mars lorsque sera discuté le relèvement du plafond de la dette publique au-delà duquel le budget ne peut être accepté.

C’est aussi ce contexte qui permet de comprendre la décision de Trump d’annoncer le retrait des 2000 soldats US, chiffre officiel, présents dans le nord de la Syrie, en donnant un feu vert à Erdogan contre les Kurdes. Coup de force là encore de Trump, qui a agi au mépris de son administration, comme en témoignent les démissions du général Mattis, son secrétaire à la Défense, puis de Brett McGurk, l’émissaire étatsunien au sein de la coalition internationale. Pour faire marche arrière trois semaines plus tard, ou faire semblant, tant la parole de Trump-le-menteur n’a plus le moindre crédit...

« L’Amérique ne veut plus continuer à être le gendarme du monde », avait-il tweeté lors de sa visite auprès des troupes US en Irak. Le fond est bien là : la première puissance mondiale est devenue incapable d’assurer l’ordre du capitalisme financier mondialisé, ni de le réguler un tant soit peu, pas plus qu’elle ne régule son propre désordre économique et financier. « America first » ou le chaos de l’économie de marché mondialisée...

Yvan Lemaitre