Dérèglement climatique : 2018, quatrième année la plus chaude de l’histoire

, par GARRIC Audrey

Les températures des quatre dernières années sont les plus élevées jamais enregistrées depuis 1850, en raison des émissions records de gaz à effet de serre.

C’est, une fois de plus, une mauvaise nouvelle sur le front du dérèglement climatique. L’année 2018 a été la quatrième la plus chaude depuis le début de l’ère industrielle, a confirmé, mercredi 6 février, l’Organisation météorologique mondiale (OMM). Elle se classe derrière 2016, suivie de 2017 et 2015 ex-aequo. Ces quatre années affichent les températures les plus élevées jamais enregistrées depuis les premiers relevés en 1850. « Elles s’inscrivent clairement dans la tendance au réchauffement sur le long terme causée par les concentrations atmosphériques records de gaz à effet de serre », indique l’institution onusienne.

L’OMM compile des millions de données issues de cinq instituts : la NOAA (Administration américaine pour les océans et l’atmosphère), le Goddard Institute de la NASA, le centre Hadley britannique, les relevés européens de Copernicus et ceux du service japonais de météorologie. Cette synthèse sur l’état du climat, dont l’OMM livre traditionnellement les premiers chiffres mi-janvier avant un rapport définitif en mars, a été retardée par le « shutdown » du gouvernement des Etats-Unis, qui a suspendu le travail des agences du pays.

[Vidéo" non reproduite ici.]

 + 1 °C par rapport à l’époque préindustrielle

Dans le détail, la température moyenne à la surface du globe s’est établie à près de 14,7 °C en 2018, dépassant de quelque 1 °C celle de l’époque préindustrielle (1850-1900) et de 0,38 °C la normale de la période de référence 1981-2010 (estimée à 14,3 °C). Avec 1,2 °C de plus qu’à l’époque préindustrielle, 2016, marquée par l’influence d’un puissant El Niño (températures anormalement élevées des eaux de surface dans l’est du Pacifique Sud), conserve le statut d’année la plus chaude.

A l’inverse, les premiers mois de 2018 ont été marqués par un épisode La Niña de faible intensité (température anormalement basse des eaux équatoriales de surface dans le centre et l’est de l’océan Pacifique), qui a quelque peu ralenti le réchauffement.

Température moyenne des terres et des océans en 2018, par rapport à la période de référence 1981-2010. NOAA

« Il est bien plus important d’examiner l’évolution à long terme de la température, qui accuse une tendance à la hausse, que d’opérer un classement entre les différentes années, rappelle Petteri Taalas, le secrétaire général de l’OMM, dans un communiqué. Les vingt-deux dernières années comptent les vingt années les plus chaudes jamais enregistrées, et le rythme du réchauffement constaté ces trois dernières années est exceptionnel, tant à la surface des terres que dans l’océan. »

 Phénomènes météorologiques extrêmes

« Les températures ne représentent qu’une partie du problème, poursuit-il. Les phénomènes météorologiques extrêmes ou à fort impact ont frappé une multitude de pays et des millions de personnes l’année dernière, avec des conséquences désastreuses pour les économies nationales et les écosystèmes. »

Ces effets du réchauffement ne seront détaillés qu’en mars par l’OMM. Mais son rapport préliminaire, publié fin novembre 2018, donnait un aperçu de l’aggravation du dérèglement climatique cette année-là : les océans ont continué de se réchauffer, la concentration de gaz à effet de serre a atteint de nouveaux pics – alors que les émissions, elles, sont reparties à la hausse [1] –, le maximum annuel de la banquise arctique, observé à la mi-mars, figure au troisième rang des plus faibles jamais enregistrés et le minimum saisonnier de l’Antarctique, atteint à la fin février, est l’un des deux plus bas jamais constatés.

« L’Arctique se réchauffe à un rythme deux fois plus rapide que la moyenne mondiale et une quantité de glace considérable a déjà fondu. Ces changements se répercutent sur les régimes météorologiques de l’hémisphère Nord en général », explique Petteri Taalas.

« Les effets du réchauffement planétaire à long terme se font déjà sentir : inondations côtières, vagues de chaleur, précipitations intenses et changements dans les écosystèmes », confirme Gavin Schmidt, directeur du Goddard Institute for Space Studies de la NASA.

Les tempêtes se sont multipliées dans l’hémisphère Nord en 2018, avec 70 événements en date du 20 novembre (dont les ouragans Florence et Michael, ou le typhon Mangkhut) contre 53 pour la normale. Les inondations ont également affecté de nombreux pays, comme l’Etat du Kerala, dans le sud-ouest de l’Inde [2], où 1,4 million de personnes ont dû être évacuées en août, et le Japon, où les pluies torrentielles ont fait au moins 230 victimes. Une grande partie de l’Europe a également connu une chaleur et une sécheresse exceptionnelles au cours de l’été, de même que l’Australie sur une grande partie de l’année. Enfin, 2018 a été marquée par des feux de forêts meurtriers, à Athènes en juillet ou encore en Californie en novembre [3].

Les Etats-Unis ont subi à eux seuls quatorze catastrophes météorologiques et climatiques majeures entraînant 91 milliards de dollars (80 milliards d’euros) de pertes directes, soit le quatrième record enregistré outre-Atlantique, selon la NOAA.

En France métropolitaine, l’année passée s’est avérée la plus chaude depuis le début du XXe siècle, avec 1,4 °C au-dessus de la moyenne de référence, devant 2014 (+1,2 °C) et 2011 (+1,1 °C), selon le bilan publié par Météo-France le 8 janvier [4]. L’été, en particulier, s’est classé au deuxième rang des plus chauds derrière 2003, qui avait entraîné 15 000 décès.

L’année 2019 ne devrait pas interrompre la série de records et d’événements climatiques extrêmes. En janvier, alors qu’une chaleur extrême sévissait dans l’hémisphère Sud, en particulier en Australie [5], une vague de froid intense s’abattait sur une partie de l’Amérique du Nord [6].

Audrey Garric