Les manifestations du 1er Mai : enjeux, panorama à chaud et clarifications

Ce Premier Mai, 164 500 personnes ont défilé en France, selon le ministère de l’intérieur, de nombreux affrontements ont eu lieu à Paris.

Dans la capitale, les manifestations ont été marqués des tensions entre forces de l’ordre et black bloc. Le ministre de l’intéreur, Christophe Castaner, a annoncé que l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière, à Paris, a été « attaqué » par des dizaines de manifestants.

Syndicalistes, autonomes, « gilets jaunes », écologistes… de nombreuses organisations et collectifs ont appelé à la mobilisation à l’occasion de ce mercredi 1er mai, à Paris et dans de nombreuses villes de France, dans un contexte tendu par plus six mois de crise sociale et vingt-quatre samedis de manifestation des « gilets jaunes ».

Ce 1er-Mai marque également la date anniversaire du début des « affaires Benalla », du nom de l’ex-chargé de mission de l’Elysée mis en examen notamment pour avoir, comme Le Monde l’a révélé en juillet 2018, molesté un manifestant ce jour-là place de la Contrescarpe, à Paris. De nombreux manifestants sont donc venus affublés d’un masque reprenant le visage d’Alexandre Benalla et des organisations appelaient à constituer un « Benalla bloc », notamment au sein du cortège syndical parisien.

En tout, 164 500 personnes ont manifesté dans toute la France selon le ministère de l’intérieur. La CGT a, elle, comptabilisé 310 000 personnes.

Tour d’horizon de la mobilisation

A Paris, le premier cortège pour le climat, principalement constitué de « gilets jaunes », s’est élancé à 11 heures de la place d’Italie en direction de Montparnasse, d’où est parti en début d’après-midi le rassemblement syndical.

Très vite, la tension est montée : à la mi-journée, parmi les manifestants, des centaines de militants radicaux encagoulés et vêtus de noir ont commencé à scander leurs slogans habituels, comme « tout le monde déteste la police » ou « ah ah, anti, anticapitaliste », avant d’envoyer des projectiles vers les forces de l’ordre. Dans une ambiance tendue, les CRS ont répondu par des grenades de désencerclement et des gaz lacrymogènes, notamment autour de la brasserie La Rotonde, pour éviter un sort comparable à celui du Fouquet’s sur les Champs-Elysées le 16 mars. La Rotonde est en effet un lieu symbolique pour Emmanuel Macron, puisqu’il s’agit du restaurant où le chef de l’Etat avait célébré, le 23 avril 2017, sa qualification au second tour de l’élection présidentielle.

[Vidéo intégrée]

Arthur Carpentier
@Arthur_Crpt
Le cortège aura progressé à peine 500m avant la première charge, à l’initiative du black bloc #1erMai

A quelques kilomètres de Montparnasse, place de l’Odéon, les syndicats dits « réformistes » (CFDT, CFTC, UNSA), s’étaient mobilisés dans le calme dans la matinée.

Côté participation, le cabinet Occurrence estime que 40 000 personnes ont manifesté à Paris dans le principal défilé, soit sensiblement plus que le décompte du ministère de l’intérieur (28 000), mais moins que le chiffrage de la CGT (80 000). Une vingtaine de médias, dont Le Monde, s’associent à ce décompte indépendant, qui utilise des capteurs positionnés sur le parcours des manifestations (vous trouverez plus d’informations sur sa méthodologie ici).

Pour ce 1er-Mai, le comptage a été réalisé boulevard Raspail, à côté du métro Vavin, et a pu être effectué dans de bonnes conditions, selon Occurrence. Cette estimation est supérieure à ce qu’anticipait hier la Place Beauvau – les prévisions étaient de quelque 115 000 manifestants dans toute la France, dont 25 000 à 35 000 à Paris. La préfecture de Paris a annoncé avoir effectué 19 785 contrôles préventifs, 336 interpellations en fin de journée.

Dans un communiqué diffusé en fin de journée, le ministère de l’intérieur estime que « l’important dispositif et la stratégie de maintien de l’ordre qui ont été mis en œuvre dans la capitale ont démontré leur efficacité » à Paris, malgré les nombreux affrontements entre certains manifestants et les forces de l’ordre. Dans ce texte le ministère de l’intérieur se félicite également que « le cortège syndical [ait] pu s’élancer comme prévu à 14 h 30 et progresser notamment jusqu’à la place d’Italie ». Or selon nos journalistes sur place, le défilé des syndicats a mis du temps avant de s’élancer et a été arrêté à de nombreuses reprises à cause notamment des affrontements entre forces de l’ordre et black blocs.

Des manifestants ont fait irruption à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière

Des dizaines de participants au défilé du 1er-Mai ont fait brièvement irruption mercredi dans l’hôpital parisien de la Pitié-Salpêtrière (13e arrondissement), et certains ont même tenté de pénétrer dans un service de réanimation avant d’être délogés par la police, a dénoncé la direction de l’établissement.

Certains des intrus avaient des « gestes violents et menaçants », a raconté à France Inter la directrice de l’hôpital Marie-Anne Ruder, qui était présente sur place lors de l’incident. Le personnel est « profondément choqué que l’hôpital puisse devenir une cible », a-t-elle ajouté. Le directeur général de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP), Martin Hirsch, a fait part de son « plein soutien » aux équipes de l’hôpital, « qui ont empêché la mise en danger de patients » par « une bande de manifestants/casseurs ». Une plainte va être déposée, a-t-il annoncé.

Les intrus « se sont précipités vers le service chirurgical » et ont tenté d’y rentrer « alors que s’interposaient les personnels des services médicaux, les infirmières, internes (...) qui tenaient la porte avec toute la force qu’ils pouvaient avoir en criant ’attention, ici il y a des patients’ », a raconté M. Hirsch sur BFM-TV.

En province, des rassemblements dans le calme, sauf à Lyon et Toulouse
Si la situation a été tendue à Paris, la plupart des défilés se sont terminés dans le calme en région.

A Marseille, le défilé du 1er-Mai s’est déroulé dans une ambiance bon enfant, en présence du chef de file de La France insoumise (LFI), Jean-Luc Mélenchon, et de la tête de liste LFI aux élections européennes, Manon Aubry. Les manifestants se sont dispersés dans le calme autour de 13 h 30. Selon la préfecture, ils étaient 5 500, dont 1 200 « gilets jaunes ».

A Nantes, le défilé s’est également terminé dans le calme. Le service d’ordre de la CGT a rapidement canalisé la vingtaine de militants de « Nantes révoltée » présents, leur rappelant le caractère pacifique de cette journée du 1er-Mai. Les 5 000 personnes présentes – selon les syndicats, 3 500 selon la police – se sont dispersées autour de 13 heures ou ont rejoint le pique-nique organisé devant la Maison des syndicats.

Idem à Bordeaux, où un cortège de 6 400 personnes – dont 1 300 « gilets jaunes » selon la préfecture − s’est dirigé dans une ambiance détendue jusqu’à la Bourse du travail, où un pique-nique et un concert étaient organisés. Le début de la manifestation n’avait pourtant pas commencé sous les meilleurs auspices, la préfecture ayant refusé le parcours proposé par la CGT lors de sa demande de manifestation.

Selon Les Dernières Nouvelles d’Alsace, pas loin de 2 000 personnes sont rassemblées à Strasbourg (2 500 selon la CGT, 1 600 selon la police) – dont moins d’une centaine de « gilets jaunes ». Le défilé s’est déroulé dans le calme. Même constat à Nancy, où les manifestants sont 2 000 selon France Bleu Sud Lorraine.

Des heurts ont en revanche éclaté à Lyon, entre un petit groupe de black blocs et de forces de l’ordre devant l’Hôtel-Dieu, à l’approche de la place Bellecour. Les gaz lacrymogènes ont répondu aux jets de bombes de peinture. Une personne a été interpellée. Le reste des manifestants – 6 200 selon la préfecture, 9 500 selon les syndicats – s’est dispersé dans le calme.

A Toulouse, la manifestation s’est déroulée dans le calme malgré quelques tensions à la fin du défilé. Les « gilets jaunes » ont défilé avec des écologistes, des fonctionnaires, des autonomes, ou encore des militants de différents partis politiques (NPA, la France insoumise, le Parti communiste français) et des syndicalistes ( CGT, Solidaires, FSU, Unef...).

La CGT faisait état de 20 000 personnes défilant dans les rues.

@AudreySommazi
Les GJ moins nombreux sont dispersés. Ici, un groupe, bloqué par la gendarmerie au pied du Pont-Neuf dans le quartier Saint-Cyprien, ne peut rejoindre le centre-ville de Toulouse.

Le Monde avec AFP

• Le Monde. Publié le 01 mai 2019 à 17h01, mis à jour hier à 09h13 :
https://www.lemonde.fr/societe/article/2019/05/01/manifestations-du-1er-mai-des-tensions-a-paris-des-manifestations-dans-le-calme-dans-les-autres-villes_5457071_3224.html


 Pour les syndicats, la double défaite du 1er-Mai

Ciblées par les forces de l’ordre, marginalisées par les « gilets jaunes », impuissantes face aux violences, les organisations ont montré leur faiblesse, mercredi, lors du défilé parisien.

Peut-on encore manifester pacifiquement aujourd’hui à Paris lors d’un défilé syndical ? La question se pose au lendemain d’un 1er-Mai où les organisations de salariés – CGT en tête – se sont fait totalement déborder par les manifestants lambda, « gilets jaunes » et militants radicaux adeptes de la tactique du black bloc, avec un cortège émaillé de violences. Déjà, l’édition 2018 avait été marquée par un niveau élevé de heurts.

La Journée internationale des travailleurs reste un marqueur fort pour les syndicats, mais mercredi, dans la capitale, ces derniers ont été réduits à l’état de figurants, relégués au second plan, incapables d’encadrer le cortège.

Le point d’orgue : Philippe Martinez, numéro un de la centrale de Montreuil (Seine-Saint-Denis), obligé d’être temporairement exfiltré de la manifestation par son service d’ordre. Du jamais-vu. Pour Stéphane Sirot, historien et spécialiste des mouvements sociaux à l’université de Cergy-Pontoise, ce 1er-Mai a été « un concentré de la perte d’influence des syndicats ». « Vous retirez les “gilets jaunes”, que reste-t-il numériquement dans les cortèges ? », souligne-t-il.

« La pratique répressive a rarement été aussi forte »

Si les pouvoirs publics ont pu se féliciter dans la soirée de mercredi du déroulement de la journée avec une casse et un nombre de blessés limité, cela a été au prix d’une utilisation massive des gaz lacrymogènes lancés indifféremment dans la foule des manifestants – syndicats compris.
Ces derniers n’ont pas été épargnés, et M. Martinez lui-même s’est retrouvé à plusieurs reprises à devoir se protéger la bouche. La CGT comme Solidaires, coorganisateur de la manifestation, ont accusé les forces de l’ordre de les avoir délibérément pris pour cible. Ce qui aurait été inimaginable, même au plus fort de la contestation contre la loi travail en 2016.

« Ce qui s’est passé mercredi marque le fait que la CGT n’est plus l’organisation hégémonique dans le mouvement social, même si elle reste une force puissante », note Jean-Marie Pernot, de l’Institut de recherches économiques et sociales. « Ça interroge aussi sur la manière pour les pouvoirs publics de gérer les rassemblements en n’établissant plus de ligne de partage entre les manifestants, même si ces derniers sont mélangés, pointe M. Sirot. La pratique répressive a rarement été aussi forte, même en Mai-68. »

Autre signe de l’affaiblissement syndical : l’importance du cortège de tête. Le 1er-Mai, à Paris, c’est là que l’on trouvait la majorité des manifestants. Un cortège sans mot d’ordre, presque sans pancarte, sans drapeau, ni signe de reconnaissance politique.

Cette pratique qui s’est développée lors du mouvement contre la loi travail en 2016 s’est propagée jusqu’à devenir la nouvelle manière de manifester, alors même qu’elle était, jusqu’alors, l’apanage des mouvements radicaux se réclamant notamment de l’anarchisme, de l’antifascisme et de l’autonomie.

Revendications syndicales éclipsées

Le cortège de tête a, en ce printemps, un fort coagulant : le rejet des violences policières qui ont marqué les différents actes de la mobilisation des « gilets jaunes » depuis le début du mouvement en novembre 2018. Le slogan le plus repris, aussi bien par ces derniers que par les manifestants sans affiliation ou par les éléments les plus politisés, était ainsi « tout le monde déteste la police ».

Face à la presse, Philippe Martinez a eu beau mettre en avant les points de convergence avec les « gilets jaunes » – augmentation du smic, rétablissement de l’impôt de solidarité sur la fortune, plus de services publics –, aucun ne s’est imposé dans ce défilé, et les revendications syndicales ont été complètement éclipsées.

Mercredi, on a même pu assister à une mue du cortège de tête. Il y a un an, les militants qui composent le black bloc, entièrement revêtus de noir, cagoules ou masques compris, avaient étonné les observateurs par leur nombre. L’incendie du McDonald’s boulevard de l’Hôpital et les heurts avec la police sont restés dans les mémoires.

Cette année, rien de tout ça. Le « bloc » est resté marginal, composé de quelques centaines de gens en coupe-vent noirs. On trouvait donc un peu de tout dans cette partie du cortège, et pas simplement des radicaux, loin de là.

« Risque de radicalisation des mouvements sociaux »

Il faut dire que le rituel d’affrontement systématique ne fait plus l’unanimité dans la gauche extraparlementaire. Le site Lundimatin, proche du Comité invisible (collectif anonyme auteur, entre autres, de L’insurrection qui vient, La Fabrique, 2007), très lu dans les milieux militants, avait publié, le 29 avril, un article remarqué. Trois « émeutiers » y donnaient leur vision de la situation, alors que des groupes Facebook appelaient à faire de Paris « la capitale de l’émeute ».

« L’année dernière, pour nous, c’était du pur spectacle, le niveau zéro de la stratégie », assènent ces militants radicaux. Ils ajoutaient : « Ce que veulent la Préfecture [de police de Paris] et le gouvernement, c’est la démonstration de l’écrasement final, militaire, d’un mouvement qu’ils présenteront comme réduit à “une poignée d’extrémistes”, “gilets jaunes”, blacks blocs et manifestants énervés étant désormais tous logés à la même enseigne. (…) Nous déguiser en noir pour nous isoler a priori du reste de toute la manifestation et signaler notre présence et notre localisation à la Préfecture nous semble être l’exact contraire d’une bonne idée. » En clair : ne pas offrir à l’adversaire l’occasion d’une victoire sur le terrain. De quoi promettre encore des manifestations agitées.

Quant à la stratégie du gouvernement, elle reste risquée, d’autant plus avec des syndicats affaiblis. Outre un face-à-face dangereux avec la rue, elle tend, pour M. Sirot, « à polariser de plus en plus la société française ». « Plutôt que de favoriser une sortie par le haut, cela crée une situation de tension qui ne cesse de prospérer », souligne-t-il.

« Il y a un risque de radicalisation des mouvements sociaux avec une prime à la violence, d’autant que le signal est venu d’en haut », ajoute M. Pernot. Et de rappeler qu’en cinq mois Emmanuel Macron a lâché 17 milliards d’euros aux « gilets jaunes » quand les syndicats, qu’ils soient réformistes ou contestataires, n’ont quasiment rien obtenu si ce n’est le fait d’être encore plus marginalisés. « Et pour l’instant, il n’y a pas de front unitaire, Macron est tranquille », rappelle aussi le politologue. Vu le gouffre qui sépare actuellement les différentes organisations syndicales, c’est peu de le dire.

Abel Mestre et Raphaëlle Besse Desmoulières

• PLe Monde Publié aujourd’hui à 06h20, mis à jour à 09h12 :
https://www.lemonde.fr/politique/article/2019/05/03/pour-les-syndicats-la-double-defaite-du-1er-mai_5457650_823448.html


 « Gilets jaunes » : la crainte d’une convergence avec des militants adeptes de la stratégie du black bloc

Depuis le début du mouvement, ces groupes radicaux sont présents à Paris, d’abord en « observateurs » et, de plus en plus, dans l’action.

C’est la grande peur du gouvernement : une convergence − voire une entente − entre des « gilets jaunes » et des membres de la gauche extraparlementaire, celle qui adopte la stratégie du black bloc.

Ce groupe affinitaire réunissant des militants radicaux et se réclamant de l’antifascisme, de l’anarchisme ou de l’autonomie, dont certains revêtent une tenue entièrement noire, masques ou cagoules compris, est désigné comme responsable d’une bonne partie des violences et des dégradations matérielles qui ont eu lieu sur les Champs-Elysées lors de l’acte XVIII, samedi 16 mars.

Toulouse et dans une douzaine d’autres villes

Le ministre de l’intérieur, Christophe Castaner, a d’ailleurs fustigé mardi au Sénat l’« immense complaisance » des manifestants envers les groupes radicaux. Sur les 10 000 personnes recensées par Beauvau, « il y avait 1 500 ultras et 8 500 casseurs », a-t-il lancé, pointant « les black blocs [qui] ne sont pas un épiphénomène », mais « une menace constante, puissante et répétée ».

Depuis le début du mouvement, ces groupes radicaux sont présents lors des manifestations parisiennes du samedi. Au départ, ils avaient attendu, « observé », les premières mobilisations, craignant une trop forte présence de l’extrême droite. Puis ils se sont décidés à y participer activement, chaque semaine dans la capitale, mais aussi dans des actions plus spécifiques, comme des actions de blocage, par exemple au marché international de Rungis.

Par définition, cette mouvance politique n’est pas structurée de manière pyramidale ou hiérarchique : chaque groupe a sa propre autonomie, décide de ses modes d’action et de la stratégie à adopter. Il n’y a donc pas eu de « coordination » générale avec les « gilets jaunes » pour décider d’agir samedi sur les Champs-Elysées, mais plutôt des rencontres au long cours, des situations propices pour passer à l’acte, notamment en raison de ce qu’ils appellent « la répression policière ».

« Environnement policier hostile »

« On a des liens avec certains groupes de “gilets jaunes” en banlieue. De là est venue l’idée d’échanges de pratiques d’autodéfense face à un environnement policier hostile », expliquent Camille et Alex (prénoms modifiés), qui militent dans la mouvance « antifasciste autonome ». En clair, ces échanges servent à définir quel matériel apporter en manifestation (masques ou lunettes de natation, coupe-vent noirs, casques, masques à gaz, mais aussi marteaux brise-vitre, par exemple), comment fabriquer une banderole renforcée (notamment des manches de pioche, qui maintiennent la bannière et peuvent servir en cas d’affrontement avec la police).

Le 16 mars, continuent ces antifascistes, était un objectif de longue date et certains groupes Facebook avaient prévenu que l’ambiance serait tendue. « On voulait fêter la fin du grand débat et répondre au discours sur l’essoufflement du mouvement. Ça a marché : le préfet a sauté, et le grand débat a été mis en échec. Il n’y a pas la même volonté pour l’acte XIX », jure Camille. Alex continue :

« Sur les blocages, on discute, les gens sont amenés à la politique. Ils sont favorables à ces actions. Samedi dernier, les gens acclamaient quand le Fouquet’s était attaqué, on se serait cru à un contre-sommet du G8 ! »
Selon leur récit, ils ont dû même intervenir pour calmer certaines ardeurs de manifestants un peu trop exaltés. « Nous ne sommes pas des éléments exogènes, il n’y a pas d’un côté l’extrême gauche et de l’autre les “gilets jaunes”. On vient aux assemblées générales, sur les blocages, on parle politique avec eux, tient à préciser Camille. La question hégémonique du mouvement est aujourd’hui sur le social, c’est normal qu’il y ait un rapprochement avec des militants qui se préoccupent de cette question. »

Lire aussi « Gilets jaunes » : « L’usage de la violence est toujours un calcul risqué »

Agé d’une petite quarantaine d’années, Guy (le prénom a été modifié) répète aussi que « samedi, sur les Champs, il n’y avait rien, mais absolument rien d’organisé ou prévu ». Lui évolue dans une sphère proche du Comité invisible, collectif anonyme auteur, entre autres, de L’insurrection qui vient et de Maintenant (La Fabrique, 2007 et 2017). Il poursuit :

« Le phénomène réel, c’est une radicalisation des “gilets jaunes”. Les pillages de samedi, il faut les interpréter au regard de l’absence quasi complète de pillages au début du mouvement. Les “gilets jaunes” respectaient les magasins, les travailleurs, etc., mais plus maintenant. »
Un cap aurait donc été franchi. Avec comme moteur une « une violence qui leur est infligée en premier lieu. Le Fouquet’s, c’est deux minutes après qu’un mec se prenne un Flash-Ball dans la gueule. Les pillages, c’est à chaque fois dans des reflux de gazages ». Pour lui, c’est évident :
« Dans leur grande majorité, les “gilets jaunes” n’acceptent pas l’idée d’être gazés. Pour eux, ce n’est pas un truc de maintien de l’ordre anodin, c’est une offense et une humiliation et ça leur fait péter les plombs et ça légitime à leurs yeux le fait de répliquer. »

Abel Mestre

• Le Monde. Publié le 23 mars 2019 à 09h30 - Mis à jour le 23 mars 2019 à 11h24 :
https://www.lemonde.fr/politique/article/2019/03/23/gilets-jaunes-la-crainte-d-une-convergence-avec-les-militants-radicaux_5440189_823448.html


 Les forces de l’ordre satisfaites du déroulement de la journée du 1er-Mai

Contrôles préventifs, harcèlement des black blocs : la stratégie offensive des autorités a été mal vécue par de nombreux manifestants.

La journée avait valeur de crash-test pour le ministère de l’intérieur et sa nouvelle « doctrine de maintien de l’ordre ». Au lendemain d’un 1er-Mai 2019 qui s’annonçait particulièrement tendu, les autorités se réjouissent finalement du bilan des opérations de sécurité, surtout à Paris, épicentre des difficultés.

Sur le plan comptable, les chiffres bruts parlent plutôt en faveur de la place Beauvau. Avec près de 20 000 contrôles préventifs, les forces de police et de gendarmerie ont arrêté en amont – ou dissuadé – une partie des casseurs attendus dans le cortège. Ainsi, 361 personnes ont été interpellées tout au long de la journée et 27 ont été verbalisées sur les périmètres interdits autour des Champs-Elysées et de Notre-Dame de Paris.

Christophe Castaner avait par ailleurs anticipé la veille la présence de « 1 000 à 2000 militants radicaux » renforcés par des « milliers d’ultra-jaunes ». Finalement, les forces de l’ordre n’ont recensé que « 800 à 1 000 personnes venues en découdre », selon les chiffres donnés par le ministre de l’intérieur mercredi soir.

Efficacité de la tactique

Le bilan humain est moins lourd qu’attendu, avec des militants très remontés et des forces de l’ordre qui avaient annoncé leur volonté d’aller « au contact ». Il reste cependant conséquent au niveau national : 24 personnes ont été blessées parmi les manifestants et 14 parmi les forces de l’ordre. Du côté des dégâts matériels, une série de commerces ont été vandalisés et du mobilier urbain incendié au long du parcours principal, qui allait de Montparnasse à place d’Italie. Mais il n’y a pas eu de casse spectaculaire comme l’année passée, avec l’incendie d’un restaurant McDonald’s et d’une concession automobile. Des militants ont bien tenté de s’en prendre au commissariat du 13e arrondissement mais ont été repoussés.

« C’est clairement un satisfecit compte tenu des risques qui étaient attendus, assure une source à la préfecture de police. Notre stratégie a été payante, notamment le fait d’empêcher la constitution des groupes de black blocs en leur rentrant dedans dès qu’ils tentaient de se former. » Une analyse partagée par une source policière haut placée : « On a été très mobiles, très offensifs, très percutants. Cela nous a permis d’éviter le scénario où plusieurs centaines de personnes tentent de s’agréger, pour constituer une masse de manœuvre difficile à gérer ensuite. A aucun moment de la journée, on a perdu l’ascendant. »

Autre motif de satisfaction, les clivages habituels entre la Préfecture de police de Paris, qui pilote le dispositif, et la direction générale de la police nationale, qui fournit le gros des troupes, semblent avoir été mis de côté. « On bosse très bien ensemble depuis quelques épisodes, on a préparé les services de concert, avec de l’écoute et du dialogue, c’est un beau travail en commun », se félicite un policier de haut rang, qui insiste sur l’alliance entre les unités de force mobile spécialisées dans le maintien de l’ordre (CRS et gendarmes mobiles principalement) et des unités en civil, chargées des interpellations. Les brigades de répression de l’action violente, qui se déplacent à moto, ont également été très actives.

Plusieurs sources pointent en outre l’efficacité de la tactique qui consiste à donner une grande autonomie aux troupes sur le terrain plutôt que d’avoir des consignes qui remontent systématiquement à la salle de contrôle. Un arrêté avait été pris en ce sens, pour donner une grande latitude « aux représentants de l’autorité ». Une formulation vague que certains contestent sur le plan du droit. « C’est une délégation de pouvoir très large à des représentants qui ne sont pas nommés, et qui peuvent prendre des mesures réglementaires complémentaires : c’est tout simplement illégal », s’insurge le professeur de droit public à l’université de Grenoble-Alpes, Serge Slama.

Si les autorités se satisfont du bilan chiffré et de l’évolution de la stratégie du maintien de l’ordre, le ressenti sur le terrain des manifestants est tout autre. Nombre d’entre eux estiment avoir été empêchés de défiler. « Le cortège syndical a pu s’élancer comme prévu à 14 h 30 et progresser normalement jusqu’à la place d’Italie », annonçait mercredi soir le ministère de l’intérieur. Une version largement démentie par plusieurs reporters du Monde présents dans le cortège, qui a été coupé à plusieurs reprises par des cordons de force l’ordre. Les nombreuses grenades lacrymogènes et désencerclantes ont souvent visé le cortège syndical, pourtant bien identifié, tandis que des policiers ont été aperçus braquant des lanceurs de balle de défense (LBD) à hauteur de tête.

« Je regrette vraiment que la journée du 1er-Mai ait été volée par la violence de quelques-uns », a déclaré Christophe Castaner, en visite à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière, mercredi soir. Un constat partagé par de nombreux manifestants, mais qui considéraient que les forces de l’ordre en étaient en partie responsables.

Nicolas Chapuis

• Le Monde Publié le 2 mai 2019 à 11h21, mis à jour hier à 11h28 :
https://www.lemonde.fr/societe/article/2019/05/02/les-forces-de-l-ordre-satisfaites-du-deroulement-de-la-journee-du-1er-mai_5457348_3224.html?xtmc=castaner&xtcr=12


 La Pitié-Salpêtrière : la thèse de l’« attaque » s’effondre, les gardes à vue levées

Une trentaine de personnes qui s’étaient introduites dans l’enceinte de l’hôpital en marge du défilé du 1er-Mai ont été relâchées, jeudi. L’opposition appelle Christophe Castaner à la démission.

A peine ouverte, l’enquête sur l’intrusion de quelques dizaines de personnes dans l’hôpital de La Pitié-Salpêtrière, en marge de la manifestation parisienne du 1er-Mai, pourrait déjà se dégonfler.

Alors que le directeur de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP), Martin Hirsch, avait alerté dès mercredi en fin de journée sur « une tentative d’intrusion violente dans le service de réanimation chirurgicale » perpétrée par « une bande de manifestants/casseurs », tous les éléments, notamment vidéo, recueillis par Le Monde plaident en faveur d’une autre thèse : celle de nombreux manifestants s’étant réfugiés dans l’enceinte hospitalière pour s’abriter des gaz lacrymogènes. Parmi eux, 32 ont été interpellés et placés en garde à vue pour « participation à un groupement en vue de commettre des dégradations ou des violences ».

D’après les informations du Monde, seuls deux d’entre eux présentent un profil proche de celui des black blocs et sont défavorablement connus des services de police. Les autres ont davantage à voir avec des manifestants lambda qui ont tenté de se mettre à l’abri, à l’image d’un groupe de jeunes étudiants en économie et en médecine.

Jeudi 2 mai, toutes les gardes à vue ont été levées.

Un air devenu irrespirable

L’enquête se poursuit. Confiée à la sûreté territoriale de Paris, elle revêt un caractère éminemment sensible, à la suite des accusations d’« attaque » et d’« agression » contre l’hôpital proférées par le ministre de l’intérieur, Christophe Castaner, et dont la réalité n’est pas établie.

Le déroulé des événements, reconstitué par Le Monde, semble même écarter cette hypothèse. Mercredi vers 16 h 30, au 97, boulevard de l’Hôpital, à l’arrière du bâtiment Gaston-Cordier, dans lequel se trouvent le service de réanimation, la salle de réveil, l’accueil des polytraumatisés et les urgences, une grille métallique a été forcée par des manifestants.

Selon de nombreux témoignages, après l’usage de gaz lacrymogènes et un air devenu irrespirable, des dizaines de manifestants cherchaient des endroits de repli. « Il y a eu à un moment donné un gazage massif devant l’hôpital, avec un mouvement de foule important qui partait de l’opposé du trottoir de la Pitié, vers l’établissement », décrit Olivier Cammas, syndicaliste USAP-CGT à la Pitié-Salpêtrière, qui manifestait à cet endroit du cortège, à côté d’une camionnette syndicale.

Une fois franchie l’enceinte de l’hôpital, véritable ville miniature avec ses 90 bâtiments s’étalant sur 33 hectares, la petite cinquantaine de manifestants présents n’ont pas semblé faire preuve d’hostilité. Des images de la scène, filmées par des employés de l’hôpital et diffusées jeudi sur les réseaux sociaux, montrent des personnels soignants en train de fumer et de discuter, au premier étage, au niveau d’une entrée du service de réanimation, lorsque la grille cède. Alors que certains manifestants tentent de fuir les policiers en empruntant une passerelle, les soignants ferment la porte d’accès et expliquent, pendant quelques petites minutes, qu’il n’est pas possible de se réfugier dans ces locaux.

Les manifestants sont évacués par les policiers, sans heurt. « Cela a été très court, on ne s’est pas senti en danger plus que ça », a résumé devant plusieurs journalistes Gwenaelle Bellocq, une soignante présente sur les lieux à ce moment.

Prudence de la ministre de la santé, Agnès Buzyn

Des versions qui modèrent les propos initiaux de Martin Hirsch et de Marie-Anne Ruder. La directrice de l’hôpital, présente sur les lieux mercredi contrairement à M. Hirsch, avait affirmé aux journalistes avoir fait face à une « certaine agressivité et violence verbale » de la part des personnes entrées dans l’établissement. « Je pense qu’ils ont répondu très rapidement avant de connaître le déroulé complet, et que ce ne sont pas les soignants les plus choqués, mais bien la direction qui a craint des débordements », estime une infirmière.

Présents jeudi midi lors d’un point presse organisé autour de la ministre des solidarités et de la santé Agnès Buzyn devant le service de réanimation, M. Hirsch et Mme Ruder n’ont pas souhaité s’étendre sur les événements du 1er-Mai. La ministre a apporté son soutien aux équipes médicales, saluant leur « sang-froid ». Mais elle a refusé de commenter le terme d’« attaque » employé par M. Castaner, préférant rester prudente. « Je ne suis pas là pour qualifier les circonstances de cette tentative d’intrusion. (…) L’enquête nous dira qui a fait quoi », a-t-elle répété.

Aucun dégât n’a été constaté au service de réanimation ou à ses abords, à la suite de l’entrée des manifestants dans l’hôpital. Jeudi, la direction de l’AP-HP a tout de même fait savoir qu’elle déposait deux autres plaintes, après « une effraction dans la nuit du 30 avril au 1er mai qui a entraîné des dégradations importantes sur les murs et les mobiliers », et la disparition, mercredi après-midi, d’un vidéoprojecteur au service de chirurgie digestive. « A ce stade aucun lien ne peut être fait entre ces deux constatations et l’intrusion des manifestants », précisait-elle toutefois.

Yann Bouchez et Nicolas Chapuis

• Le Monde. Publié aujourd’hui à 06h21, mis à jour à 09h03 :
https://www.lemonde.fr/societe/article/2019/05/03/la-pitie-salpetriere-la-these-de-l-attaque-s-effondre-les-gardes-a-vue-levees_5457654_3224.html


 Incidents à la Pitié-Salpêtrière : Castaner contredit par une vidéo, l’opposition veut des explications

Contrairement aux affirmations du ministre de l’intérieur, des vidéos montrent que l’intrusion de manifestants dans l’hôpital résulte d’une volonté d’éviter une charge de police. Des figures de l’opposition appellent à sa démission.

Après la publication, jeudi 2 mai sur Facebook, d’une vidéo contredisant les propos de Christophe Castaner au sujet des incidents survenus à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière lors des manifestations du 1er-Mai à Paris, l’opposition a accusé le ministre de l’intérieur de mentir et a demandé sa démission.

Mercredi soir, le ministre de l’intérieur, Christophe Castaner, avait tweeté : « Ici, à la Pitié-Salpêtrière, on a attaqué un hôpital. On a agressé son personnel soignant. » Une trentaine de personnes ont été placées en garde à vue à la suite de cette intrusion pour « attroupement en vue de commettre des dégradations ou des violences », puis relâchées jeudi soir. L’enquête, ouverte par le parquet de Paris, se poursuit cependant.

Christophe Castaner
@CCastaner
Ici, à la Pitié-Salpêtrière, on a attaqué un hôpital.
On a agressé son personnel soignant. Et on a blessé un policier mobilisé pour le protéger.
Indéfectible soutien à nos forces de l’ordre : elles sont la fierté de la République
.

Or, d’après les différents témoignages recueillis par Le Monde et des nouvelles images publiées jeudi, l’intrusion d’une foule hétérogène dans la cour de l’hôpital, tout comme la tentative d’une partie des manifestants de pénétrer dans le service de réanimation, semble avant tout le fruit de la cohue liée à l’intervention des forces de l’ordre.

Ces dernières ont fait usage de gaz lacrymogène en quantité importante, entraînant un mouvement de foule. Plusieurs manifestants interrogés par Le Monde affirment dès lors être entrés non pas pour attaquer l’hôpital, mais pour se réfugier dans sa cour, ce qui est cohérent avec les images filmées depuis l’intérieur.

Castaner « doit démissionner »

Après la publication d’images et de témoignages des manifestants et du personnel soignant venant contredire l’affirmation du ministre de l’intérieur, les différents partis d’opposition ont demandé des explications, voire sa démission.

« M. Castaner est un menteur, en plus d’être un incompétent », a lancé un peu plus tôt à Marseille le chef de file des « insoumis », Jean-Luc Mélenchon, sur Franceinfo, accusant le ministre de l’intérieur d’avoir « inventé » l’attaque de l’hôpital parisien. Pour Adrien Quatennens, député La France insoumise du Nord, « après cet acte-là, M. Castaner ne peut pas rester et doit démissionner ». Et de poursuivre, au micro d’Europe 1 :

« C’est extrêmement grave : dans une démocratie, un ministre de l’intérieur qui instrumentalise à ce point la presse et fait porter le chapeau à un mouvement social (…) ne peut pas rester, ça a le mérite d’être clair. »

« S’il s’agit d’un mensonge délibéré dans le seul et unique but de disqualifier et salir une mobilisation sociale, le ministre de l’intérieur doit être démis de ses fonctions sans délai », a aussi estimé Benoit Hamon (Génération·s), demandant que « le gouvernement produise les preuves de ce qu’il affirme ».

Pour le porte-parole des députés communistes, Sébastien Jumel, « M. Castaner se sert de la parole ministérielle comme d’un LBD [lanceur de balles de défense]. Mais par Pitié-Salpetriere que le ministre garde son sang froid, tienne des propos mesurés sur des infos circonstanciées et arrête de dégoupiller des grenades verbales d’enfumage politique ! »

« Le ministre de l’intérieur doit cesser de mettre de l’huile sur le feu et doit maintenant s’expliquer sur ses déclarations démenties par les faits », a écrit Bruno Retailleau, président du groupe Les Républicains au Sénat sur Twitter.

« Le gouvernement pris en flagrant délit de #FakeNews, assez de cette propagande ! Castaner a manipulé les faits pour discréditer ses opposants : il doit démissionner. Il y a suffisamment de violences à condamner pour ne pas en inventer », a jugé de son coté Nicolas Dupont-Aignan.

« Les détenteurs de la parole publique ne sont-ils pas tenus à plus de prudence et de sérieux dans leurs déclarations ? Ce gouvernement se discrédite chaque jour davantage », a déclaré Philippe Olivier, conseiller de Marine Le Pen et candidat sur la liste Rassemblement national aux élections européennes.

De son côté, Yannick Jadot, tête de liste d’Europe Ecologie-Les Verts aux européennes, a demandé une « commission d’enquête parlementaire » sur les incidents à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière, accusant Christophe Castaner et le gouvernement de « souffler en permanence sur les braises de la violence ».

Buzyn prudente

Jeudi matin, en marge d’un déplacement en Charente, Edouard Philippe a aussi dénoncé l’intrusion « totalement irresponsable » d’une trentaine de manifestants dans l’hôpital parisien, sans reprendre à son compte l’hypothèse d’une attaque.

La ministre de la santé, Agnès Buzyn, a été interpellée jeudi au Sénat par le président du groupe socailiste, Patrick Kanner : « Faut-il suivre les conclusions de M. Castaner ou faut-il plutôt vous suivre, puisque vous avez été beaucoup plus prudente ? », a-t-il demandé. « Il y a une enquête en cours (…) et je pense qu’il y a eu différents temps », a répondu la ministre :
« C’est-à-dire un temps à l’entrée de l’hôpital, au niveau des grilles, puis un temps sur une passerelle qui menait à une réanimation, et donc je pense que l’enquête clarifiera les responsabilités, la volonté d’agression ou pas, en fonction de ces différents moments. »

Le Monde avec AFP

• Le Monde. Publié le 2 mai 2019 à 20h08, mis à jour à 22h00 :
https://www.lemonde.fr/politique/article/2019/05/02/incidents-a-la-pitie-salpetriere-castaner-contredit-par-une-video-l-opposition-demande-des-explications_5457544_823448.html


 Manifestations du 1er-Mai : la CGT dénonce « une répression inouïe et sans discernement »

Son secrétaire général, Philippe Martinez, a été contraint de quitter le cortège alors que les gaz saturaient le défilé, sous les huées de certains manifestants.

Alors que les manifestations du 1er-Mai à Paris ont notamment été marquées par les affrontements entre les black blocs et les forces de l’ordre, la CGT et Solidaires ont déploré le dispositif sécuritaire mis en place. Le leader de la CGT, Philippe Martinez, coincé entre des black blocs et les tirs de grenades lacrymogènes, a été contraint de quitter le cortège quelques minutes, insulté par des manifestants virulents. Dans le viseur des responsables syndicaux : le ministre de l’intérieur, Christophe Castaner, et le préfet de police de Paris, Didier Lallement.

« La police a chargé la CGT, une CGT bien identifiée, fait grave. Pour un ministre de l’intérieur qui nous avait dit “je maîtrise la situation, j’ai changé le préfet, vous allez voir ce que vous allez voir”, eh bien, on a vu », a-t-il dit aux médias, une fois revenu dans le cortège de tête, visiblement très énervé. « Il y a un problème et avec le préfet et avec M. Castaner », a-t-il ajouté. « Des coups [ont été] portés à des camarades de la CGT bien identifiés » par des forces de l’ordre, a-t-il assuré sur Franceinfo en fin de journée.

M. Castaner lui a adressé « un message », a-t-il ajouté. « Il me demandait si j’allais bien, comme s’il s’inquiétait de ma santé » et le secrétaire général ne lui a « rien » répondu, prévoyant plutôt de « lui écrire ». Du côté de la France insoumise, Jean-Luc Mélenchon a fustigé « une forme d’incompétence, d’incapacité à doser l’usage de la force de la part de monsieur Castaner ».
« La CGT n’a jamais été la cible des policiers et gendarmes »

Plus tôt, la CGT avait dénoncé dans un communiqué « une répression inouïe et sans discernement » de la part des forces de l’ordre, en réponse aux « actes de violence de certains ». La préfecture de police a ensuite répondu à M. Martinez sur Twitter :

« La CGT n’a jamais été la cible des policiers et gendarmes qui ont assuré leur mission avec détermination face à des casseurs violents. »

« Le patron de la CGT, au lieu de s’attaquer injustement à nos collègues, ferait mieux de les défendre, de les soutenir et surtout les remercier de l’avoir protégé !, a lancé un porte-parole du syndicat de policiers Alliance. Et ce n’est pas son service d’ordre dépassé qui pourra nous contredire ! N’en déplaise à celui-ci, les policiers ont fait leur travail avec professionnalisme. »

Eric Beynel, porte-parole de Solidaires, a accusé de son côté la police d’avoir « essayé de voler » le 1er-Mai aux organisations syndicales. « On n’a pas arrêté d’être harcelés par les forces de l’ordre. J’ai dû répondre à une interview avec un masque à cause des gaz lacrymogènes » juste avant le départ de la manifestation parisienne, a-t-il raconté à l’AFP par téléphone.
Alors que la manifestation parisienne touchait à sa fin et qu’éclataient de nouveaux incidents, notamment autour de la place d’Italie, Force ouvrière (FO) a réagi à son tour, condamnant dans un communiqué « l’enchaînement de la violence dans le cadre de la manifestation syndicale à Paris, dont ont été victimes certains de ses militants en tête du cortège ».

En fin de journée, dans un communiqué, le ministère de l’intérieur s’est par ailleurs félicité que « le cortège syndical [ait] pu s’élancer comme prévu à 14 h 30 et progresser notamment jusqu’à la place d’Italie ». Or selon nos journalistes sur place, le défilé des syndicats a mis du temps avant de s’élancer et a été arrêté à de nombreuses reprises à cause notamment des affrontements entre forces de l’ordre et black blocs.

Le Monde avec AFP

• Le Monde. Publié le 01 mai 2019 à 18h49, mis à jour le 2 à 18h27 :
https://www.lemonde.fr/politique/article/2019/05/01/manifestations-du-1er-mai-la-cgt-denonce-une-repression-inouie-et-sans-discernement_5457102_823448.html


 Castaner sur la Pitié-Salpêtrière : « Je n’aurais pas dû employer le terme “attaque” »

Edouard Philippe a renouvelé sa confiance à son ministre de l’intérieur, accusé par l’opposition d’avoir « menti » après l’intrusion de manifestants dans l’hôpital parisien le 1er-Mai.

Mercredi 1er mai. Il est 20 h 18, indique l’horloge de BFM-TV. Christophe Castaner prend la parole face aux caméras et micros réunis devant l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière, dans le 13e arrondissement de Paris. La traditionnelle manifestation syndicale, à laquelle se sont joints « gilets jaunes » et black blocs, finit de se disperser. Flanqué de son secrétaire d’Etat, Laurent Nunez, et du préfet de police de Paris, Didier Lallement, le ministre de l’intérieur dénonce l’intrusion, quelques heures plus tôt, de manifestants dans l’enceinte de l’établissement.

« Des gens ont attaqué un hôpital, lance M. Castaner. Des infirmières ont dû préserver le service de réanimation, nos forces de l’ordre sont immédiatement intervenues pour sauver le service de réanimation. » Environ une heure plus tard, le ministre publie un message destiné aux 190 000 abonnés de son compte Twitter :

« Ici, à la Pitié-Salpêtrière, on a attaqué un hôpital. On a agressé son personnel soignant. Et on a blessé un policier mobilisé pour le protéger. »
« Je n’aurais pas dû employer le terme “attaque” »

Sur quels éléments se fonde-t-il pour parler d’« attaque » ou d’« agression » ? Le lendemain matin, en tout cas, sa collègue ministre des solidarités et de la santé, Agnès Buzyn, ne reprend pas ces termes à son compte et parle plutôt d’« exaction », « inqualifiable » et « indigne » à ses yeux. « Il y a peut-être des personnes qui ont voulu se réfugier, d’autres qui ont voulu commettre des vols. Les circonstances seront plus claires quand les personnes auront été interrogées », estime la ministre, au micro d’Europe 1. « Les soignants étaient sous tension, c’est un endroit stratégique pour un hôpital, un service de réanimation. Après, il n’y a pas eu de violences ou d’agressions », relève-t-on dans l’entourage de Mme Buzyn.

Vendredi matin, Christophe Castaner lui-même a reconnu lors d’une conférence de presse : « Je n’aurais pas dû employer le terme “attaque” », mais plutôt celui « d’intrusion violente », évoqué devant lui par des responsables de l’hôpital parisien, dont le personnel était « choqué », et qui est « plus adapté » aux faits. « Accepter de revenir sur ses mots, ça ne me pose aucun problème, a-t-il poursuivi. C’est naturel aussi qu’un homme politique soit un homme qui (…) puisse se dire qu’une situation a évolué. » Pour autant, le ministre de l’intérieur a estimé que « cet incident, au lieu d’être nié dans une polémique absurde, devrait tous nous émouvoir ».

En début d’après-midi, le directeur de l’AP-HP, Martin Hirsch, a par ailleurs souhaité préciser, dans un courriel envoyé à tous les personnels de l’établissement, que ni lui ni la ministre de la santé n’avaient employé le mot « attaque » pour qualifier les événements :

« Nous avons parlé de “tentative d’intrusion”, ce qui est exact. Je n’ai jamais évoqué de “personnel agressé”, dans aucune déclaration. Et, de même, à la question qui m’a été posée sur le fait de savoir s’il y avait eu des dégradations, j’ai toujours répondu que non. Il m’a été également demandé s’il y avait un lien entre l’intrusion et la recherche d’un policier blessé. J’ai répondu que ce n’était pas le cas et qu’il n’y avait rien qui le laissait penser. »

Et Martin Hirsch d’ajouter : « Que certains rappellent que nous sommes exclusivement au service de la santé et des patients et non pas au service d’un quelconque autre intérêt ne me choque absolument pas. Je le partage. »

De fait, les différents témoignages et vidéos diffusés tout au long de la journée sur les réseaux sociaux, que ce soit par des manifestants ou des membres du personnel de la Pitié-Salpêtrière, ont battu en brèche le scénario d’une attaque caractérisée. Certes, une grille d’entrée a bien été forcée. Mais les manifestants – 32 personnes ont été placées en garde en vue, mercredi, puis libérées jeudi – semblaient chercher à se replier de manière chaotique pour échapper aux charges de la police.

« Inacceptable »

Il n’en fallait pas plus pour que l’opposition cible Christophe Castaner. Le président des sénateurs socialistes, Patrick Kanner, a annoncé sur Twitter son intention de solliciter la convocation du ministre devant la commission des lois du Sénat.

Patrick Kanner
@PatrickKanner
Nouvelle bavure du Ministre de l’Intérieur ?L’analyse objective des faits à la Pitié-Salpêtriere et leurs commentaires pour le moins hasardeux justifient pleinement la convocation que je vais solliciter de Mr Castaner devant la commission des lois du http://xn--snat-bpa.PKsénat.PK

Son homologue à l’Assemblée nationale, Valérie Rabault, demande elle aussi l’audition de M. Castaner devant la commission des lois de l’Assemblée, estimant « nécessaire » que le ministre s’explique sur ses déclarations. Les parlementaires communistes ont fait les mêmes demandes et souhaitent également « la création d’une commission d’enquête parlementaire pour que toute la lumière soit faite sur les événements du 1er-Mai ».

« Il y a un an : les mensonges de Benalla. Cette année : le mensonge de Castaner sur la pseudo-attaque de la Pitié-Salpêtrière. La vérité, première victime des hommes de main de Macron », a déclaré jeudi Jean-Luc Mélenchon, chef de file de La France insoumise (LFI). « Christophe Castaner attise la violence. C’est inacceptable », a dénoncé de son côté Yannick Jadot, tête de liste d’Europe Ecologie-Les Verts (EELV) aux élections européennes, évoquant « des personnes qui cherchent refuge ». A Beauvau, on assume les déclarations du ministre :

« Les faits sont là. L’enceinte de l’hôpital a été forcée, des individus ont tenté de s’introduire dans un service de réanimation. C’est un incident très grave. Il est navrant de constater qu’au lieu de condamner clairement ces faits inadmissibles certains préfèrent jouer sur les mots pour entretenir une polémique indigne. »

Du côté de la majorité, un front semble se former autour du ministre, malgré la tourmente. « Il y a un émoi légitime, un hôpital, c’est une enceinte sacrée de la République », affirme de son côté Benjamin Griveaux, député (La République en marche) de Paris. « Quand on défonce une grille d’hôpital, c’est une attaque grave, abonde son collègue (LRM) parisien Mounir Mahjoubi. Que des manifestants se soient glissés après pour se protéger, peut-être. » Vendredi après-midi, le premier ministre, Edouard Philippe, a renouvelé sa confiance à Christophe Castaner :

« S’agissant des polémiques qui ont agité le monde médiatico-politique pendant les vingt-quatre dernières heures, je crois savoir que le ministre de l’intérieur a corrigé son propos. Il a sans doute eu raison de le faire en choisissant le terme qu’il a utilisé. Et je n’ai pas d’autres commentaires à faire sinon qu’il a évidemment, et comme depuis le début, toute ma confiance. »

Interventions mises en scène

Il n’empêche, les propos du ministre lui reviennent aujourd’hui tel un boomerang. Et pas seulement du côté gauche. « Le ministre de l’intérieur doit cesser de mettre de l’huile sur le feu et doit maintenant s’expliquer sur ses déclarations démenties par les faits », a tweeté Bruno Retailleau, président du groupe Les Républicains au Sénat. « Le vrai problème n’est pas que M. Castaner emploie un mot ou un autre, mais qu’il n’ait toujours pas compris que le rôle du ministre de l’intérieur n’est pas de commenter et de publier hâtivement des photos sur Twitter, mais de diriger vraiment la Place Beauvau », cingle Guillaume Larrivé, député (LR) de l’Yonne.

« Le ministre de l’intérieur doit cesser de mettre de l’huile sur le feu et doit maintenant s’expliquer sur ses déclarations démenties par les faits », a tweeté Bruno Retailleau

Ce n’est pas la première fois que la stratégie de communication de M. Castaner est critiquée. Très réactif et friand des interventions mises en scène face caméra, principalement destinées aux chaînes d’information en continu, le ministre de l’intérieur a pris l’habitude de réagir à chaud après chaque événement lié aux « gilets jaunes ». La décision de se rendre à la Pitié-Salpêtrière a d’ailleurs été prise en fin d’après-midi, mercredi, immédiatement après les premières recensions de l’incident. Un CRS blessé au visage, auquel Christophe Castaner souhaitait rendre visite, avait par ailleurs été évacué dans le même hôpital.

En amont de ce 1er-Mai, la Place Beauvau avait opté pour une stratégie de la tension en avertissant très largement sur les risques de débordements, quitte à surévaluer le nombre de militants radicaux finalement présents dans le cortège. A la fin de la journée, la communication devait principalement être axée sur la « réussite » globale des opérations de maintien de l’ordre. Un répit pour les autorités largement mises en cause dans ce domaine depuis le début de la mobilisation des « gilets jaunes ». Las, la sortie intempestive du ministre, démentie par les nombreuses vidéos, a achevé de gâcher une « séquence » politique qui s’annonçait pourtant à son avantage.

Nicolas Chapuis et Olivier Faye

• Le Monde. Publié le 3 mai 2019 à 10h22, mis à jour à 18h05 :
https://www.lemonde.fr/politique/article/2019/05/03/affaire-de-la-pitie-salpetriere-castaner-sous-le-feu-des-critiques_5457698_823448.html


 L’intrusion de 200 « gilets jaunes » dans un commissariat de Besançon : une information erronée

Contrairement à ce qu’ont annoncé plusieurs médias nationaux, aucune tentative d’effraction n’a été constatée. Il s’agissait en fait d’une dizaine d’individus « qui ont pénétré de quelques mètres sur le parking du commissariat ».

C’est l’histoire d’un emballement médiatique qui est presque passé inaperçu. Une information selon laquelle un groupe de « gilets jaunes » aurait tenté de pénétrer par force dans un commissariat de Besançon (Franche-Comté) le 1er mai a été relayée par plusieurs médias. Sauf que, comme l’a démontré France 3, cette information est erronée.

Tout a démarré le mercredi 1er mai, en début d’après-midi, alors que des milliers de personnes défilent dans les rues de la capitale franc-comtoise en ce jour de Fête des travailleurs. France Info fait alors état de « 200 à 300 “gilets jaunes” » qui « ont tenté de faire intrusion dans un commissariat de Besançon ». Le site cite la préfecture du Doubs qui affirme que « seuls quelques-uns ont tenté de rentrer dans le commissariat ». « Nous n’avons pas le nombre exact, tout s’est passé très vite », a-t-elle précisé. L’information est alors reprise par d’autres confrères.

franceinfo plus
@franceinfoplus
#1erMai : 200 à 300 #giletsjaunes ont tenté de faire intrusion dans un commissariat de Besançon

RTL, qui cite également la préfecture, précise que de « plusieurs dizaines à une centaine de “gilets jaunes” ont alors tenté de s’introduire par effraction dans le commissariat de police voisin en passant par le parking situé à l’arrière du bâtiment ». Le Parisien (qui rectifiera son article plus tard) écrit que « les policiers ont été pris pour cible en marge du défilé du 1er-Mai, à Besançon ». BFMTV, citant une source policière, avance à son tour que « plus de 200 “gilets jaunes” ont tenté de s’introduire dans le commissariat ».

Enfin, Le Figaro parle de « l’incident le plus notable » en France en cette journée de manifestations. « Arrivant à hauteur du parking du conseil départemental, ils ont tenté une première fois de pénétrer dans le commissariat de police en passant par l’arrière du bâtiment. Quelque temps après, une poignée de “gilets jaunes” ont de nouveau voulu forcer le passage, au niveau cette fois de la grille d’entrée. Dans les deux cas, des projectiles ont été jetés sur les membres des forces de l’ordre qui protégeaient le bâtiment. »

Sur les réseaux sociaux, cette information a trouvé un certain écho auprès de quelques internautes qui ont relayé cette supposée tentative d’intrusion.

POURQUOI C’EST FAUX

Un groupe de 200 « gilets jaunes » a-t-il vraiment cherché à s’introduire par effraction dans un commissariat ? Non, selon France 3 Bourgogne Franche-Comté. Dans un article publié dès le lendemain, jeudi 2 mai, la chaîne s’est renseignée auprès de la préfecture du Doubs. Celle-là même qui avait informé les médias nationaux. Or, auprès de France 3, la préfecture plaide une erreur de communication :

« Il y avait bien 200 “gilets jaunes” aux abords du commissariat, mais on n’a jamais dit que 200 “gilets jaunes” avaient tenté de s’y introduire. J’ai passé la fin de la journée à essayer de courir après les numéros de téléphone des journalistes en leur disant que ce n’était pas la vérité ! »

Un témoin interrogé par la chaîne locale et présent aux abords du commissariat abonde : « Nous étions à l’arrière du commissariat et certains “gilets jaunes” sont entrés sur le parking. Quand les policiers ont vu qu’ils étaient acculés, ils ont riposté à l’aide de bombes lacrymogènes. Mais aucune grille n’a été forcée. » Une version confirmée par la police de Besançon : « Il n’y a pas eu d’intrusion au niveau du commissariat, ni devant, ni derrière, soyons clairs. »

Le journal local franc-comtois Factuel avait tenté d’alerter sur cette méprise le jour de la manifestation. Dans une série de tweets publiée en fin d’après-midi, Factuel écrivait : « La tentative d’intrusion dans le commissariat de Besançon se résume à une dizaine de personnes qui ont avancé de quelques mètres sur le parking. »

Factuel.info
@Factuelinfo
· 1 mai 2019
En réponse à @Factuelinfo
La seconde tentative évoquée, dont nous n’avons pas été témoin, correspond selon la préfecture à 3-4 personnes qui sont allées voir quelques instants devant les grilles de l’entrée principale. Au moment où les gendarmes mobiles gazaient et reprenaient le terrain.

Factuel.info
@Factuelinfo
Alors quand on entend sur @franceinfo que 200 #GiletsJaunes ont tenté de pénètrer dans le commissariat de #Besancon en deuxième titre après la manif #1erMai à Paris, on est étonnés...

La préfecture émet tout de même une réserve. Dans les colonnes de L’Est républicain, la préfecture affirme qu’il s’agit tout de même à ses yeux d’une « intrusion » d’une « dizaine d’individus ». Elle dit aussi regretter « ces violences et ces tentatives d’intrusion ».

Assma Maad, Les décodeurs

• Le Monde. Publié aujourd’hui à 17h03, mis à jour à 17h18 :
https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2019/05/03/l-intrusion-de-200-gilets-jaunes-dans-un-commissariat-de-besancon-une-information-erronee_5458005_4355770.html


 1er-Mai : trois enquêtes ouvertes par le parquet pour des affaires mettant en cause des policiers

La « police des polices » a été saisie après la diffusion, sur les réseaux sociaux, de vidéos sur lesquelles des membres des forces de l’ordre s’en prennent à des manifestants.

Nombreux tirs de gaz lacrymogènes, bousculades, sans parler de l’« intrusion » à la Pitié-Salpêtrière qui s’est transformée en affaire politique après les déclarations du ministre de l’intérieur… la manifestation du 1er-Mai à Paris a été particulièrement mouvementée.

Deux jours plus tard, trois membres des forces de l’ordre font l’objet d’enquêtes de l’inspection générale de la police nationale (IGPN), ou « police des polices », après la diffusion de vidéos sur les réseaux sociaux. Le parquet a ouvert trois enquêtes judiciaires pour violences par personne dépositaire de l’autorité, avec arme pour d’eux d’entre elles (pavé et matraque).

Le policier lançant un pavé

Le préfet de police de Paris, Didier Lallement, a décidé de saisir l’IGPN sur le cas d’un policier filmé en train de lancer un pavé.

[Vidéo intégrée]

LINE PRESS
@LinePress
#Paris #1erMai heurts violents. Quand un policier renvoie un pavé à l’expéditeur. #Giletsjaunes #1erMai2019 #Giletsjaunes2019

La scène concernée s’est déroulée lors d’un face-à-face des forces de l’ordre et des manifestants, alors que la situation est confuse boulevard de l’hôpital, dans le 13e arrondissement de Paris.

Sur la vidéo, on voit plusieurs fonctionnaires armés de boucliers et de lanceurs de balle de défense (LBD) faire face à un attroupement, tandis qu’à leurs pieds des pavés ont été descellés. Les images montrent ensuite un fonctionnaire d’une compagnie républicaine de sécurité (CRS), jeter un pavé en direction des manifestants. La vidéo ne montre pas où le pavé est tombé.

« S’il y a faute, il y aura sanction, sanction administrative et sanction judiciaire », a déclaré le ministre de l’intérieur, Christophe Castaner, lors d’un point presse en marge d’un déplacement à Toulon. « Je n’ai pas à apprécier les images, on n’a toujours qu’un petit morceau d’image. En tout cas ce que j’ai vu me paraît suffisant pour déclencher cette enquête et je le dis sans aucun état d’âme. »

Le policier mettant sa matraque dans le pantalon d’un homme

Selon une information de BFM-TV confirmée au Monde, le préfet de police de Paris a également saisi l’IGPN après la diffusion d’une vidéo montrant un policier mettant sa matraque dans le pantalon d’un homme interpellé.
Vidéo intégrée

David Dufresne
@davduf
allo @Place_Beauvau - c’est pour un signalement - 748

Images difficiles. Un policier manie sa matraque télescopique dans le pantalon d’un manifestant maîtrisé au sol.

Paris, Bd du Montparnasse métro Vavin,, #1erMai, 14h38, source : vidéo reçue par courriel.

Sur les images, publiées sur Twitter par le journaliste David Dufresne, on voit des policiers se tenir autour d’un homme assis par terre avant que l’un d’entre eux introduise sa matraque télescopique dans le pantalon de l’individu interpellé, en direction de ses fesses. Les faits ont eu lieu boulevard du Montparnasse, devant le restaurant Le Dôme.
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Le policier giflant un manifestant

Enfin, l’IGPN est saisie après la diffusion d’une troisième vidéo, également tournée boulevard du Montparnasse. Sur ces images, relayées par David Dufresne, on voit un policier gifler à deux reprises un homme. Ce dernier est ensuite bousculé, de même qu’une femme aux cheveux blancs.

[Vidéo intégrée]

David Dufresne
@davduf
allo @Place_Beauvau - c’est pour un signalement - 747

Violences et rétention non réglementaire.


 Macron promet d’agir contre les violences policières visant les journalistes

Emmanuel Macron a reçu vendredi Christophe Deloire, le secrétaire général de Reporters sans frontières (RSF), et lui a assuré qu’il agirait contre les violences policières visant les journalistes.

Selon M. Deloire, « 90 violences policières au moins ont été constatées » contre la presse depuis le début des manifestations des « gilets jaunes ». « Il est essentiel que des ordres soient passés pour y mettre fin et pour que soient sanctionnés ceux qui ont perpétré des violences délibérées », a ajouté le dirigeant de RSF. « Le président de la République nous a paru sensible à cette question. Il a été très à l’écoute et a dit qu’il ferait en sorte que des actions soient prises. Il a dit qu’il ne se contenterait pas de faire passer un message au ministre de l’intérieur ».

L’Elysée a confirmé de son côté que le chef de l’Etat suivrait ce dossier « de très près » et « dans un avenir proche ».

https://www.lemonde.fr/societe/article/2019/05/03/l-igpn-saisie-apres-une-video-montrant-un-policier-lancant-un-pave_5457803_3224.html
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