Dans plus de 120 pays : « Je sèche et la planète aussi » : plus d’un million de jeunes manifestent pour le climat

Etudiants, lycéens et collégiens se sont mobilisés dans plus de 120 pays, vendredi, dans le cadre d’une deuxième grève scolaire internationale.

« Les calottes sont cuites », « Je sèche et la planète aussi », « Les bronzés ne feront plus de ski ». Brandissant leurs pancartes et leur humour, malgré la gravité de la situation, plus d’un million d’étudiants, de lycéens et de collégiens ont une fois de plus séché les cours pour défiler dans plus de 120 pays. Une deuxième grève scolaire internationale pour le climat, après celle du 15 mars qui avait réuni près de 1,8 million de jeunes, un record.

La demande de ce mouvement baptisé « Fridays for Future » est toujours la même : appeler les dirigeants politiques à lutter davantage contre la crise écologique et climatique. « Nous avons le sentiment que de nombreux adultes n’ont pas encore complètement compris que nous, les jeunes, ne pouvons pas arrêter la crise du climat tout seuls », ont écrit la jeune égérie du mouvement, la Suédoise Greta Thunberg, et son alter ego allemande, Luisa Neubauer, dans une tribune publiée jeudi par le journal allemand Süddeutsche Zeitung.

 Interpeller « les politiques »

En Europe, la mobilisation, qui se tenait au milieu du scrutin du 23 au 26 mai, avait pour but de faire des « élections européennes des élections climatiques ». De fait, en dépit de quelques railleries ou accusations de manipulation, les jeunes sont parvenus à inscrire la question du climat à l’agenda politique. A Bruxelles, l’un des hauts lieux de la mobilisation sur le continent, où 7 500 à 10 000 manifestants ont défilé vendredi, la jeune Flamande Anuna De Wever s’est dite « émue et super fière de [sa] génération ».

« Nous avons démontré au cours des derniers mois que le climat était un thème extraordinairement important, et j’espère que l’électeur en tiendra compte », a déclaré la figure de proue du mouvement belge, dans une allusion au scrutin fédéral et régional de dimanche en Belgique, qui se tient en même temps que les élections européennes. « Les manifestants ont fait leur travail, les experts aussi, c’est désormais aux politiques qu’il appartient d’agir. »

Allemagne également, où ils étaient 320 000 à défiler, la même attente prévaut vis-à-vis des dirigeants. Les manifestants qui affluent sur la vaste esplanade de Munich disent tous la même chose. Le même « sentiment d’urgence », la même volonté d’interpeller « les politiques » qui vont « trop lentement » (pour les plus modérés) ou qui sont « vendus aux lobbys » (pour les plus politisés).

Certains, comme Reka Baumgärtner, 12 ans, sont là contre la volonté de leurs parents. « Ils trouvent ça ridicule que je manifeste à mon âge, ils disent que ça ne sert à rien », raconte-t-elle. « Au contraire, c’est notre seule façon de nous faire entendre, vu qu’on est trop jeunes pour voter », l’interrompt son camarade David Ammon, 13 ans.

Max Hennies, étudiant en science politique de 21 ans, s’est drapé dans une grande cape aux couleurs du drapeau européen. « La question du climat fait partie de ces quelques sujets qu’on ne peut traiter qu’au niveau européen, voire international », explique le jeune homme, qui croit plus que jamais en la politique depuis que Les Verts, aux élections régionales bavaroises d’octobre 2018, ont obtenu 17,6 % des voix, doublant leur score par rapport à 2013, dans une des régions les plus conservatrices d’Allemagne.

 « Ce n’est pas la fin »

En France, les jeunes mobilisés restent malgré tout sceptiques quant à l’impact du mouvement sur les élections. Pour Sam et Maxence, en 1re à Paris, l’écologie peine à peser car elle apparaît comme un « truc de bobo » et semble « plus abstraite que le pouvoir d’achat ». « Mais ceux qui galèrent aujourd’hui à acheter à manger seront bientôt les mêmes [qui galéreront] à cause du climat », assurent les deux lycéens, venus défiler aux côtés de 15 000 jeunes.

Alors, ils sont de plus en plus nombreux à radicaliser leur discours. « Je suis anticapitaliste, mais surtout contre le système productiviste », explique Solène Heredia, 19 ans, étudiante en économie à Dauphine. Elle l’affirme : « J’irai voter pour les plus radicaux sur le terrain de l’écologie, mais il faut aussi multiplier les actions de désobéissance civile. » En prélude à la manifestation, une centaine de jeunes avaient décroché le portrait officiel d’Emmanuel Macron dans la mairie du 19e arrondissement pour dénoncer l’inaction du chef de l’Etat.

L’enjeu est désormais de savoir comment durer, alors que le mouvement s’est essoufflé ces dernières semaines, particulièrement dans l’Hexagone. Deux nouvelles grèves climatiques sont prévues le 21 juin à Aix-la-Chapelle (Allemagne) et le 27 septembre à New York. Pour Anuna De Wever, empruntant une formule de Winston Churchill, « ce n’est pas la fin. Ce n’est même pas le début de la fin. Mais c’est peut-être la fin du début ».

Thomas Wieder (Munich, envoyé spécial) , Audrey Garric , Rémi Barroux et Jean-Pierre Stroobants (Bruxelles, bureau européen)