Elections européennes : à un an des municipales, dans trois quarts des grandes villes françaises, le parti du maire a obtenu moins de 15 % des voix

A un an des municipales, les résultats du 26 mai sont préoccupants pour les élus locaux, en particulier ceux des Républicains et du Parti socialiste.

Beaucoup de maires de grande ville peuvent être inquiets. Les résultats des élections européennes dans leur commune montrent que la recomposition du monde politique en cours depuis 2017 n’épargnera pas les municipalités.

A Lille, bastion de Martine Aubry, le Parti socialiste (PS) n’a obtenu que 8,3 % des suffrages. A Toulouse, où la droite de Jean-Luc Moudenc avait repris la ville à la gauche en 2014, Les Républicains (LR) n’ont réuni que 7,4 % des voix. A Issy-les-Moulineaux, la liste UDI, qui avait pourtant obtenu le soutien du maire André Santini, a plafonné à 4,2 %.

A moins d’un an des élections municipales, les élus de droite comme de gauche ont assisté, impuissants, à la débâcle de leur camp dans leur propre fief. Selon notre analyse, les formations politiques des maires en exercice ont pris l’eau dans les trois quarts des cent plus grandes villes de France.
Sans préjuger de la dynamique d’un scrutin dont la campagne n’a pas encore véritablement commencé, ce constat montre tout de même que la tâche s’annonce difficile pour beaucoup de sortants.


Méthodologie

Pour réaliser cette analyse, nous avons listé les maires des cent villes les plus peuplées de France. Chacun d’entre eux a été relié à une étiquette politique en tenant compte de son appartenance à un parti et de sa consigne de vote au scrutin européen de 2019. Nous avons ensuite relevé le score obtenu par cette tendance politique le 26 mai dans leur commune. Huit élus nous sont apparus « inclassables » et n’ont pas été positionnés sur notre infographie.

Attention, cette analyse ne tient pas compte des coalitions municipales actuelles et ne préjuge pas de la campagne de 2020, chaque situation locale étant particulière.

Dans les cent villes que nous avons étudiées :

• soixante-quinze maires ont pu constater que la liste emmenée par leur parti totalisait moins de 15 % des suffrages exprimés – leur score est inférieur à 10 % dans 55 villes et inférieur à 5 % dans une dizaine d’entre elles ;

• dans dix-sept villes seulement, la liste conduite par le parti de l’édile a dépassé les 15 % des suffrages ;

• huit villes ont été écartées de l’analyse, le ou la maire étant « non inscrit(e) » ou difficile à rattacher à un parti.

Résultats obtenus aux européennes par le parti des maires dans les grandes villes

Retrouvez ci-dessous les scores réalisés dans les plus grandes villes de France par la liste correspondant à la couleur politique de leur maire. Les noms et précisions apparaissent au survol.

[Graphique non reproduit ici.]

Ce graphique représente les scores réalisés dans les plus grandes villes françaises par la liste correspondant à la couleur politique de leur maire.

De forts contrastes dans les villes des maires LR

La droite, qui avait conquis de nombreuses municipalités en 2014, est aux manettes de quarante-quatre des cent premières villes françaises. Mais Les Républicains y ont subi un recul spectaculaire aux élections européennes.
Dans bien des cas, le parti n’atteint même pas les 8,5 % de son score national dans ces grandes villes. C’est notamment le cas à Marseille, Argenteuil, Le Havre, Perpignan, Roubaix ou encore Villejuif.

C’est finalement dans l’Ouest parisien que la droite traditionnelle résiste le mieux, avec par exemple 12,5 % à Rueil-Malmaison (Hauts-de-Seine), fief de Patrick Ollier ou 16,9 % chez Patrick Balkany, à Levallois-Perret. A Versailles, la ville dont François-Xavier Bellamy est adjoint, LR a obtenu 27,7 % des voix, mais arrive tout de même en deuxième position, devancé par La République en marche (LRM).

Les maires PS n’améliorent guère le score national

Le PS est en danger dans bon nombre de ses terres historiques. Les vingt-trois villes administrées par un maire socialiste affichent certes des résultats légèrement supérieurs à la moyenne du mouvement, mais seules quatre dépassent les 10 % : Saint-Nazaire (10,1 %), Rennes (10,9 %), Cherbourg (11,7 %) et Saint-Denis de La Réunion (13,3 %).

Partout ailleurs, les socialistes souffrent, et ce n’est pas uniquement à cause de la percée du Rassemblement national et de LRM, mais aussi de celles des écologistes. Ainsi, à Nantes, où l’extrême droite a obtenu 8,4 % des voix, la liste menée par Raphaël Glucksmann termine à 9,4 %, très loin derrière LRM (26,3 %) et les écologistes (24,4 %).

A Paris, les socialistes (8,2 %) terminent loin de LRM (32,9 %) et d’Europe Ecologie-Les Verts (EELV, 19,9 %).

Les bastions PCF résistent

Dans les six grandes villes encore tenues par le Parti communiste français (PCF), la base électorale semble plutôt bien implantée. Les scores y dépassent nettement les 2,5 % réalisés par Ian Brossat : 8,6 % à Montreuil, 9,7 % à Saint-Denis et Aubervilliers (Seine-Saint-Denis), et 10,4 % à Champigny-sur-Marne (Val-de-Marne), la ville de Christian Fautré.

Le sort enviable des maires ralliés à LRM

Plusieurs maires se sont ralliés ou rapprochés de la majorité présidentielle. Dans leurs villes, la liste LRM a enregistré de très bons scores : 24 % à Besançon, 26,6 % à Orléans et 28,2 % à Angers, dont les maires ont appelé à voter LRM aux élections européennes, et 28,8 % à Lyon, ville de Gérard Collomb, l’un des rares maires de grandes villes officiellement membres de LRM.

Dans les villes dirigées par un maire UDI – Amiens, Annecy, Issy-les-Moulineaux (Hauts-de-Seine) –, la liste portée par Jean-Christophe Lagarde n’a pas dépassé les 4,2 %, à l’exception notable de Drancy (Seine-Saint-Denis), où la liste UDI est arrivée en tête avec 28,9 % des suffrages. Une ville dirigée par… Aude Lagarde, l’épouse de la tête de liste.

Dynamique de succès pour les rares élus écologistes et d’extrême droite

A Grenoble, ville conquise en 2014 par l’écologiste Eric Piolle, la liste EELV réalise un score de 22,4 %, supérieur de près de neuf points à la moyenne nationale.

A Béziers, la ville de Robert Ménard, le succès est plus net encore : le Rassemblement national recueille 37,6 % des suffrages, soit quatorze points de plus que son score sur l’ensemble de la France.

Ces résultats annoncent-ils de nouveaux bouleversements lors des municipales de 2020 ? Les élections locales peuvent obéir à des logiques particulières et donc surprendre. Une chose est sûre, toutefois : le faible score de LR et du PS entrera forcément en compte dans la réflexion des élus sortants qui souhaiteront se représenter. Qu’il s’agisse du choix de leur étiquette ou des éventuelles alliances avec d’autres formations politiques.

Anne-Aël Durand, Adrien Sénécat et Léa Sanchez

• Le Monde. Publié le 28 mai 2019 à 16h55, mis à jour le 29 à 10h14. :
https://www.lemonde.fr/politique/article/2019/05/29/la-majorite-lance-une-operation-seduction-en-direction-des-elus-de-droite-moderee_5468839_823448.html


Municipales : Macron chasse du côté des maires de droite

La majorité tente de rallier des membres des Républicains et de l’Union des démocrates et indépendants dans l’optique du scrutin de 2020.

Ils veulent capitaliser sur les résultats des élections européennes. Après être parvenus à attirer une large part de l’électorat de centre droit lors du scrutin du 26 mai, le président de la République, Emmanuel Macron, et ses soutiens lancent une « OPA » en direction des élus Les Républicains (LR) et de l’Union des démocrates et indépendants (UDI) dans l’optique des municipales de mars 2020.

Aux yeux des responsables de la majorité, l’heure est venue d’attirer les maires de droite modérée, mal à l’aise avec la ligne idéologique portée par le patron de LR, Laurent Wauquiez, et inquiets par l’affaiblissement de leur formation. « Les élus LR qui partagent nos idées doivent réfléchir à construire avec nous, plutôt que de rester dans un parti qui se recroqueville », affirme l’ex-juppéiste Marie Guévenoux, en charge de la préparation du scrutin des municipales à La République en marche (LRM).

Le rapport de force est en ce moment favorable aux macronistes, puisque la liste Renaissance – composée de LRM, Agir, le MoDem et les radicaux – a terminé deuxième, avec 22,4 % des voix contre seulement 8,5 % à LR et 2,5 % à l’UDI, présidée par Jean-Christophe Lagarde. « C’est le moment d’ouvrir la porte et de plumer Wauquiez, tout en allant chercher les maires divers droite, dont beaucoup sont en position d’attente à l’UDI », décrypte un responsable de la majorité.

Défaite historique pour la droite républicaine

Cette offensive se traduit par plusieurs appels de la part des soutiens de M. Macron. Dans un texte que Le Monde s’est procuré [1], mardi 28 mai, les cofondateurs d’Agir, le parti de centre droit allié au chef de l’Etat, « appellent solennellement les élus locaux de la droite et du centre droit » à les rejoindre. « Aujourd’hui, il est de notre responsabilité de ne pas laisser la droite se recroqueviller sur sa frange la plus conservatrice et identitaire et ainsi faire le jeu du Rassemblement national », écrivent les membres de la formation présidée par le ministre de la culture, Franck Riester.

Au sein de LRM, les élus venus de la droite sont en première ligne pour attirer leurs anciens collègues dans les filets de la Macronie. C’est notamment le cas du député des Hauts-de-Seine, Thierry Solère, proche du premier ministre. Lui aussi « appelle tous les maires de droite et du centre, qui ne se reconnaissent pas dans les valeurs de Laurent Wauquiez, à rejoindre la majorité présidentielle pour les municipales et à soutenir le gouvernement ». « C’est le moment pour eux », insiste-t-il au surlendemain d’une défaite historique pour la droite républicaine. Un message également entonné par le ministre des comptes publics, Gérald Darmanin, et par Aurore Bergé, eux aussi ex-LR ralliés à M. Macron. « Toutes celles et ceux qui se retrouvent sur notre projet, qu’ils soient de droite, du centre ou écologistes, sont les bienvenus », appuie la porte-parole du parti présidentiel.

« Notre attractivité est renforcée pour les municipales »

Un vrai retournement de situation. Début mai, trois grands maires LR jugés « Macron-compatibles » (Jean-Luc Moudenc à Toulouse, Christian Estrosi à Nice et Arnaud Robinet à Reims) avaient tourné le dos au camp Macron en soutenant François-Xavier Bellamy. Cette décision avait semé le doute au sein du parti présidentiel : la marque LRM n’était-elle plus attrayante ?

Depuis dimanche soir, les macronistes se montrent rassurés. « Notre attractivité est renforcée pour les municipales, juge le patron de LRM, Stanislas Guerini. Cela doit nous permettre de discuter plus facilement avec des élus qui voudraient nous rejoindre. » « La configuration est plus simple pour convaincre des maires LR, abonde Marie Guévenoux. On va pouvoir leur dire : “Vos dirigeants vous représentent mal, vous êtes d’accord avec une grande partie de la politique que nous menons, et en plus, vos électeurs sont devenus nos électeurs…” » « A nous de poursuivre la logique de rassemblement des progressistes, tant au niveau national que local », ajoute M. Guerini, qui a prévu d’envoyer, d’ici peu, un courrier de remerciement à chaque élu local ayant soutenu LRM aux européennes.

D’après les macronistes, les résultats de dimanche ont brusquement changé l’atmosphère. « On est devenus beaucoup plus désirables qu’avant », savoure l’un d’eux. Plusieurs élus LRM venus des rangs de la droite affirment recevoir, depuis dimanche soir, « de nombreux messages et de coups de fil d’élus de droite », qui cherchent désormais à obtenir une investiture du parti présidentiel. Question de survie politique. « Des élus LR, qui nous méprisaient hier, se disent désormais qu’il faut nous considérer en voyant le score de LR dans leur commune », explique l’un d’eux. Un autre ironise : « A neuf mois des municipales, un maire, c’est comme un lapin à l’ouverture de la chasse : il a peur ! »

« Les élus de droite doivent faire un choix clair »

Dans de nombreuses villes ancrées à droite, comme Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine), Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône), ou Les Sables-d’Olonne (Vendée), la liste macroniste a en effet réalisé de gros scores dimanche, tandis que LR s’est effondré. « La plupart des maires de droite ne vont pas demander l’investiture des Républicains », a alerté Valérie Pécresse, chef de file du mouvement Libres ! au sein de LR, mardi, sur France 2.

A Nice (11,7 %), Toulouse (7,4 %) et Reims (8,6 %), la droite a aussi sombré. De quoi faire réfléchir les trois maires LR ayant refusé d’endosser la liste de la majorité aux municipales. Les dirigeants de LRM semblent, eux, fixés sur le sujet. S’ils jugent encore possible de trouver un accord avec MM. Estrosi et Moudenc, ils sont en revanche décidés à faire battre M. Robinet, en investissant un candidat face à lui. Une option notamment préconisée par Gérald Darmanin, lundi soir, lors du bureau exécutif de LRM, pour faire « un exemple », et dissuader des maires de droite de jouer un double jeu. « Notre mouvement doit rester dans une logique d’ouverture en accueillant les nouveaux venus, et en même temps se faire respecter en présentant des candidats là où c’est pertinent, souligne Aurore Bergé. Les élus de droite doivent faire un choix clair. »

Au sein même de l’exécutif, le choix de MM. Moudenc, Estrosi et Robinet de rester fidèle à leur famille d’origine a été peu apprécié. Edouard Philippe a lui-même ironisé sur leur cas, mardi matin, lors de la réunion des députés LRM, en lâchant : « J’avais dit que la poutre n’avait pas fini de travailler. La poutre a manifestement tellement travaillé… qu’elle est tombée sur deux ou trois ! »

Alexandre Lemarié

• Le Monde. Publié le 29 mai 2919 à 05h14, mis à jour à 10h47 :
https://www.lemonde.fr/politique/article/2019/05/29/la-majorite-lance-une-operation-seduction-en-direction-des-elus-de-droite-moderee_5468839_823448.html