REPORTAGE

« Big bang » de la gauche : « On ne peut pas y arriver seul, nous devons discuter, nous retrouver »

, par LAIRECHE Rachid

Réunis le temps d’un après-midi, un petit monde de gauche a tenté de se régénérer, malgré l’absence du PS et de La France insoumise.

Dimanche, à Paris, un petit monde de gauche s’est retrouvé au cirque Romanès, dans les bordures du XVIe arrondissement. Ils se connaissent presque tous. Des bisous, des sourires et un rêve : construire une force capable de prendre le pouvoir. C’est beau comme un été à la plage. Le petit monde a répondu à l’invitation de deux députées : la communiste Elsa Faucillon et l’insoumise Clémentine Autain. L’initiative porte un nom sans détour : le « big bang » de la gauche. Les organisatrices préviennent que c’est le début d’une histoire. Elles ont fixé plusieurs rendez-vous, notamment en septembre, afin de mettre en lien tous ceux qui poussent pour que la gauche se relève. Et préviennent : il ne suffit pas que les partis politiques se tapent dans la main, la force se trouve à l’extérieur, loin des logos et de la tambouille entre appareils.

« Moins d’éparpillement »

Sous le chapiteau, plusieurs figures : le patron de la CGT, Philippe Martinez, l’écologiste Esther Benbassa, le facteur révolutionnaire Olivier Besancenot et le communiste Stéphane Peu. Pour le moment, personne ne se raconte de bobards. Tous conscients que la gauche est souffrante et qu’un après-midi au cirque Romanès ne suffira pas à inverser la tendance. Le chemin est encore long. L’ancienne ministre socialiste qui milite à Génération·s, Dominique Bertinotti, explique : « Il faut semer des graines un peu partout, on ne peut pas y arriver seul, nous devons discuter, nous retrouver, peut-être que ça prendra du temps mais c’est nécessaire. » Guillaume Balas, ancien député européen, ajoute : « Génération·s sera présent partout, nous répondrons toujours présents pour discuter. » Le fidèle bras droit de Benoît Hamon espère que Yannick Jadot et les écolos ouvrent leurs portes afin de dessiner un avenir « vert et de gauche ».

Les présents analysent le calendrier. La prochaine élection, les municipales, approche – mars 2020. « L’objectif du big bang n’est pas de construire des listes aux municipales mais on tentera de faire en sorte qu’il y ait moins d’éparpillement, que la gauche mène des listes communes », souligne Clémentine Autain. Elle a également soufflé à ses copains : « Si on passe notre temps à s’insulter c’est l’avenir qu’on insulte. »

Dans un coin, à l’entrée du chapiteau, Olivier Besancenot ne voit pas tout à fait l’affaire de cette manière. Il souhaite faire les choses dans l’ordre : mener des combats communs, comme le référendum contre la privatisation d’ADP, avant de penser aux urnes. Esther Benbassa, elle, se balade avec ses grandes paires de lunettes sur le nez. L’écologiste est contente d’être là. Mais, comme tout le monde, elle ne crie pas victoire. Elle regrette l’absence de diversité. « Ici, on se connaît tous, c’est bien, mais pour changer les choses nous devons rencontrer des gens que nous ne connaissons pas, on doit travailler avec les quartiers populaires, avec les étudiants. Ce n’est pas simple mais c’est la seule manière de réussir », dit-elle.

Le peuple et les intellos

Sans surprise, il y a des absents. Les socialistes d’abord. Laurent Baumel qui représente l’aile gauche du PS est dans les parages mais il ne participe à aucune table ronde. Lorsqu’on gratte un peu, on comprend très vite que les socialistes ne sont pas les bienvenus dans le big bang. Enfin, pour le moment. Et bien évidemment, aucun membre – hormis la frondeuse Autain – de La France insoumise. Jean-Luc Mélenchon guette tout ça de loin et sans inquiétude. Selon lui, ce type de rendez-vous ne fonctionne plus. Le tribun ne veut plus entendre parler de rassemblement de la gauche. D’ailleurs, ça fait un bail qu’il n’emploie plus le mot « gauche ». Un député LFI analyse : « Le big bang, c’est la gauche qui refait le monde en sirotant des verres en terrasse. Nous, on souhaite d’adresser au peuple, aux ouvriers, aux dégoûtés de la politique, aux gens qui ne votent plus. C’est avec eux que nous pouvons prendre le pouvoir. » Comprendre : le peuple plus fort que les intellos. Clémentine Autain répond : le peuple et les intellos.

Au cirque Romanès, l’absence de Jean-Luc Mélenchon n’inquiète pas énormément. Une très grande majorité estime que le populisme insoumis a vécu ses plus belles heures lors de la dernière présidentielle et qu’il ne peut plus s’en sortir tout seul. Un présent : « La France insoumise reste une force importante mais elle n’est plus centrale, les choses ne tournent plus autour d’elle. Maintenant si on veut vraiment mettre un terme à la bataille entre la droite Macron et les fachos, nous devons travailler avec tout le monde, même Mélenchon s’il le souhaite. » La semaine prochaine, on retrouvera de nombreuses têtes dans la Nièvre, au Festival des idées organisé par le socialiste Christian Paul. Une graine de plus dans le jardin de la gauche, qui reste dans un sale état après des mois de tempête.

Rachid Laïreche photo [non reproduite] Albert Facelly pour Libération