Nouvelles scènes de violences à Hongkong le 14 juillet après un rassemblement pacifique

, par CEBRON Valentin

Des affrontements ont à nouveau éclaté dimanche soir entre la police et les manifestants antigouvernement, peu après une marche réunissant 115 000 personnes, selon les organisateurs.

A Hongkong, le mouvement de révolte ne faiblit pas. Les violences non plus. Des affrontements ont à nouveau éclaté dans la soirée du dimanche 14 juillet entre policiers et manifestants, en marge d’une nouvelle mobilisation massive contre le projet de loi controversé sur l’extradition vers la Chine continentale. Un face-à-face d’une brutalité « sans précédent » depuis le début de la contestation entamée il y a cinq semaines, selon le South China Morning Post, un quotidien hongkongais publié en anglais.

Les heurts les plus violents ont eu lieu dans un centre commercial, où une centaine de protestataires se sont réfugiés pour fuir une charge policière. C’est lorsque la police est entrée dans l’enceinte du bâtiment, au rez-de-chaussée, qu’elle a essuyé des jets de projectiles provenant des niveaux supérieurs.
Les forces de l’ordre ont ensuite monté les étages pour procéder à de nombreuses interpellations. Coups de matraque, cris de foule, vêtements arrachés, manifestants en sang et policiers à terre… Un officier de police aurait même eu un doigt partiellement arraché, d’après le commissaire Stephen Lo. « J’ai entendu dire que cet officier avait tenté de crever les yeux d’un manifestant, qui a ensuite voulu se débattre », explique Yuyu Leung, une étudiante française d’origine hongkongaise de 20 ans, venue protester avec sa famille lors de la manifestation du 14 juillet.

« Provocation des forces de l’ordre »

Au total, 30 personnes ont été admises à l’hôpital, dont 28 demandant des soins en urgence, a indiqué un porte-parole des hôpitaux. Lundi matin, sept d’entre elles étaient toujours hospitalisées, deux dans un état grave.
La cheffe de l’exécutif local pro-Pékin, Carrie Lam, évoque plus de dix policiers blessés. Le commissaire fait lui état de 40 arrestations à l’issue de ces affrontements. « [Les policiers] faisaient leur devoir, se montraient professionnels, faisaient preuve de retenue. Mais ils ont été attaqués gratuitement par des émeutiers », a martelé Carrie Lam en conférence de presse lundi matin. Et d’ajouter : « La primauté du droit a été la pierre angulaire du succès de Hongkong… et pour la défendre, le peuple et le gouvernement de Hongkong doivent tous deux respecter la loi. »

Côté manifestants antigouvernement, on exige le retrait du terme « d’émeutiers ». C’est, au contraire, la police qui a eu recours à un usage disproportionné de la force. Un peu plus tôt dans la journée, une marche avait réuni près de 115 000 manifestants – chiffre des organisateurs – dans le district de Sha Tin, au nord de Hongkong. Une marche pacifique pour protester contre les autorités.

« De 15h30 à 17h30, tout s’est déroulé très calmement », raconte Yuyu Leung. Pendant près de deux heures, les manifestants ont défilé en scandant des slogans tels que « Carrie Lam, démission ! »
Les premiers signes de tension sont apparus en fin d’après-midi, au moment où les policiers antiémeutes ont débarqué en lançant des gaz lacrymogènes. « Ils ont dit aux gens d’évacuer alors qu’ils bloquaient toutes les issues », déplore la jeune fille. Même son de cloche pour Ai Lau, un designer de 29 ans : « Il n’y aurait rien eu de tel sans leur provocation. La police a violemment dispersé la foule. Tous ces actes de violence ont été provoqués ou incités par les forces de l’ordre », insiste-t-il.

Nouvelle manifestation le 21 juillet

Ai Lau est en colère. Comme bon nombre de résidents hongkongais, il se bat contre l’emprise croissante de Pékin sur l’ancienne colonie britannique, rétrocédée à la Chine en 1997. « J’ai l’impression que nos manifestations ne changent rien. Le gouvernement ne nous écoute pas, même après deux millions de personnes dans les rues. Mais je continuerai à protester pour notre liberté. Pour notre prochaine génération. Je ne veux pas que Hongkong devienne la Chine », explique-t-il.

Hongkong vit depuis le 9 juin dernier une immense vague de contestation populaire. À l’origine, le projet de loi autorisant les extraditions vers la Chine, qui a depuis été suspendue.
Les revendications se sont ensuite élargies et les protestataires réclament désormais
- le retrait total de ce projet de loi,
- une enquête indépendante sur les violences policières
- la démission de Carrie Lam.
Plus globalement, les manifestants dénoncent la « sinisation » croissante de ce territoire semi-autonome.

Malgré l’immense crise que traverse la région administrative spéciale depuis cinq semaines, la dirigeante ne semble pas lâcher de lest. Lundi matin, elle a en outre rejeté l’idée d’une démission.
Beaucoup de Hongkongais ne comptent rien lâcher non plus. Une nouvelle manifestation est d’ailleurs prévue le 21 juillet prochain.

Valentin Cebron