Il faut exfiltrer les « réfugiés Snowden » – A Hong Kong, des réfugiés ont hébergé le « lanceur d’alerte »... et sont réprimés

Un reportage révèle comment des réfugiés ont hébergé le lanceur d’alerte américain durant treize jours, et les répressions subies.

FRANCE 24 - LUNDI 9 SEPTEMBRE À 8 H 40 - DOCUMENTAIRE

On les appelle « les réfugiés Snowden ». En juin 2013, ils ont été, durant treize jours, les anges gardiens d’Edward Snowden, l’ex-contractuel de l’Agence nationale de sécurité américaine (NSA), en fuite à Hongkong après avoir révélé l’existence d’un système de surveillance mondiale créé par son pays. Mais si le lanceur d’alerte le plus célèbre au monde avait tout prévu, tel un joueur d’échecs, pour extraire les secrets de la NSA et organiser son départ des Etats-Unis, il n’avait en revanche aucun plan dès lors que sa présence sur l’île deviendrait publique.

France 24 consacrait, samedi 7 septembre à 22 h 10, un court documentaire à ces deux semaines-clés. Alors que Snowden est cloîtré dans son hôtel, le 21 juin 2013, l’avocat canadien Robert Tibbo décide de le cacher dans l’un des quartiers les plus pauvres, où vivent nombre de réfugiés, souvent demandeurs d’asile. C’est le seul lieu où il peut échapper aux regards alors que son visage apparaît sur tous les écrans de télévision.

Le geste des Canadiens

Il sera notamment hébergé dans le petit logis de Vanessa Rodel, qui a fui les Philippines après avoir été kidnappée, séquestrée et violée par un officier de l’armée. Un Sri-Lankais, Ajith Pushpakumara, s’improvise garde du corps – « Je lui ai dit, raconte-t-il, tu avais une vie de rêve, tu es stupide d’avoir fait ça ; il m’a répondu : “J’ai fait ce qui est juste” » –, avant son départ pour l’Amérique centrale. Mais ce voyage s’arrêtera à Moscou faute de passeport, invalidé par les Etats-Unis.

Snowden ayant quitté Hongkong, ces réfugiés font l’objet de persécutions administratives, leurs aides sociales sont coupées, ils sont arrêtés, relâchés, menacés d’expulsion. Même Me Tibbo doit quitter la ville. « Ils auraient pu me dénoncer à la CIA et recevoir beaucoup d’argent, ils auraient pu obtenir l’asile en échange, ils ne l’ont pas fait », indique l’ancien de la NSA, interrogé depuis Moscou. A ce jour, seul le Canada a accordé l’asile, le 25 mars, à deux d’entre eux, Vanessa Rodel et sa fille de 7 ans. Edward Snowden a alors salué ce geste des Canadiens, que leur puissant voisin, les Etats-Unis, risque de trouver inamical. Dans un entretien exclusif, dont l’intégralité est diffusée lundi 9 septembre par la chaîne d’information internationale, Edward Snowden lance un appel : « S’il vous plaît, accueillez ces personnes, protégez-les. »

Jacques Follorou

« Les Anges Gardiens de Snowden », (Fr., 2019, 17 min), à revoir sur France24 et YouTube.

• Le Monde. Publié le 9 septembre à 16h00 :
https://www.lemonde.fr/televisions-radio/article/2019/09/09/il-faut-exfiltrer-les-refugies-snowden_5508262_1655027.html


Le Canada accorde l’asile à deux « anges gardiens » d’Edward Snowden

Ottawa a accueilli une sans-papiers et sa fille, originaires des Philippines, qui avaient caché, à Hongkong, Edward Snowden, l’ex-contractuel de la NSA américaine en fuite.

La Canada a accueilli, lundi 25 mars, deux des sept sans-papiers qui avaient ­caché, à Hongkong, en 2013, Edward Snowden, l’ex-contractuel de l’Agence nationale de sécurité (NSA) américaine. En fuite après avoir révélé l’existence d’un système de surveillance des communications mondiales et d’Internet par son pays, il avait vécu treize jours dans un tout petit appartement avec des réfugiés, parmi lesquels se trouvaient Vanessa Rodel et sa fille de sept ans, à qui le ­gouvernement canadien vient d’accorder l’asile.

Après plus de deux ans de pro­cédure administrative, elles ont quitté Hongkong dans le plus grand secret. Ottawa a délivré un permis de voyage exceptionnel d’une journée car la mère et sa fille n’avaient pas de passeport valide. Bénéficiant d’un certificat de sélection du Québec, elles résideront, dans un premier temps, à Montréal, où elles auront le statut de résidentes permanentes.

Les autorités hongkongaises ont arrêtée Vanessa Rodel à plusieurs reprises. Ayant refusé de collaborer, elle risquait l’expulsion.

Originaire des Philippines, Vanessa Rodel risquait d’être expulsée vers son pays d’origine pour avoir hébergé Edward Snowden. Les autorités hongkongaises l’ont arrêtée et interrogée à plusieurs reprises. Ayant refusé de collaborer, elle s’est vu retirer son aide sociale et le droit d’envoyer sa fille à l’école. L’association For the Refugees, créée par des avocats montréalais, est alors intervenue, financièrement et juridiquement.

Vanessa Rodel est arrivée à Hongkong en 2002 pour fuir les Philippines après, dit-elle, avoir été kidnappée, séquestrée et violée par un officier de l’armée. Elle a d’abord été employée légalement comme domestique puis, faute de régularisation de ses titres de séjour, elle est entrée dans la clandestinité.

Des décisions prises « au cas par cas »

Son chemin croise celui d’Edward Snowden le 21 juin 2013, quand l’avocat canadien de l’ex-contractuel de la NSA, Robert Tibbo, décide de le cacher dans le petit logis de Vanessa Rodel situé dans l’un des quartiers les plus pauvres de Hongkong. C’est le seul lieu où il peut échapper aux regards alors que son visage apparaît sur tous les écrans de télévision. Une fuite qui s’est arrêtée brutalement à Moscou faute de passeport, invalidé entre-temps par les Etats-Unis.

Les avocats montréalais de ­Vanessa Rodel entendent désormais faire venir les cinq autres réfugiés ayant accueilli Edward Snowden, tous originaires du Sri Lanka, dont le père, le demi-frère et la demi-sœur de la fille de ­Vanessa Rodel. Interrogé par la presse, le premier ministre canadien, Justin Trudeau, a réaffirmé que les décisions concernant l’obtention du statut de réfugié au Canada étaient « toujours prises au cas par cas ».

Edward Snowden a salué, mardi, ce premier pas du Canada alors que les Etats-Unis risquaient d’y voir un geste inamical. « Il s’agit d’un cas, a-t-il déclaré aux médias locaux, où le Canada peut aider les Etats-Unis à agir pour le bien, non seulement pour ces familles, mais pour tous ceux qui croient aux droits de la personne. » Il a également demandé au premier ministre canadien d’accueillir ses cinq autres « anges gardiens » avant de glisser qu’un jour, il espérait pouvoir remercier Vanessa et sa fille, « en personne… sur le sol canadien ».

Jacques Follorou

• Le Monde. Publié le 27 mars 2019 à 11h12 - Mis à jour le 27 mars 2019 à 11h12 :
https://www.lemonde.fr/international/article/2019/03/27/le-canada-accueille-deux-anges-gardiens-d-edward-snowden_5441956_3210.html


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