Actes 43 et 44 des « gilets jaunes » : Nantes, ville choisie pour la convergence nationale Les luttes convergeront peut-être à Paris le samedi 21 septembre

Le 14 septembre, trente-cinq personnes ont été interpellées à Nantes, la ville choisie pour le rassemblement national. Des défilés avaient lieu aussi à Paris, Lyon, Toulouse et Marseille. La semaine précédente était l’occasion d’une rentrée timide dans la rue.

Pour leur rentrée, les « gilets jaunes » ont choisi Nantes, marquée par la mort de Steve Maia Caniço, comme point de rassemblement national. Près de 1 800 personnes y ont défilé pour l’acte 44 du mouvement, samedi 14 septembre, alors que des manifestations plus modestes avaient lieu dans plusieurs autres villes

« La police mutile, la police assassine »

Les manifestants s’étaient rassemblés vers midi pour un pique-nique place Général-Mellinet, à 14 heures, heure de départ de la manifestation non déclarée. « La police mutile, la police assassine », ont scandé les manifestants. Pour relancer le mouvement, un an après ses débuts, leurs slogans ont visé les forces de l’ordre, dans cette ville où Steve Maia Caniço a perdu la vie le soir de la Fête de la musique, à la suite d’une intervention policière particulièrement controversée.

Le ministre de l’intérieur, Christophe Castaner, a pris vendredi une première sanction en annonçant la mutation du commissaire divisionnaire chargé de l’intervention, estimant que ses décisions avaient « manqué de discernement ».

Des dégradations en centre-ville

Le cortège s’est ensuite dirigé vers le centre de Nantes et des heurts se sont produits avec la police, qui a fait usage de grenades lacrymogènes. De nombreux commerces et abribus ont été dégradés, des poubelles et un transformateur incendiés.

La maire socialiste de la ville, Johanna Rolland, a condamné ces manifestants « dont le seul objectif est de casser », et exprimé sa lassitude sur Twitter face à ces « samedis d’affrontement en centre-ville ».

Johanna Rolland

@Johanna_Rolland
Dégradations à Nantes aujourd’hui. Je condamne les actes de ceux dont le seul objectif est de casser. Nantes souhaite vivre autre chose et ne veut plus de samedis d’affrontements dans son centre-ville.

20:02 - 14 sept. 2019

A 20 heures, 35 personnes avaient été interpellées, selon la Direction départementale de la sécurité publique, qui a fait état de cinq blessés chez les forces de l’ordre. Vingt-deux cocktails molotov et dix mortiers ont également été découverts à proximité du point de rassemblement, tandis qu’une centaine de parapluies et un extincteur ont été saisis, selon la police.

Plus de 500 manifestants à Paris, une centaine à Orly

D’autres rassemblements de moins grande envergure ont eu lieu à travers la France. Environ 700 personnes, selon la police, ont manifesté à Nancy, point de rassemblement des « gilets jaunes » du Grand Est. Les manifestants ont crié « Macron démission », avant que des tensions n’éclatent en fin de parcours, les forces de l’ordre faisant usage de lacrymogènes et de grenades de désencerclement, selon un photographe de l’Agence France-Presse. La préfecture de Meurthe-et-Moselle a fait état de trois blessés légers.

A Paris, environ 500 personnes, encadrées de près par des forces de l’ordre en nombre, ont défilé dans le calme entre la porte de Choisy et le boulevard de Grenelle, près de la tour Eiffel, où elles se sont dispersées dans l’après-midi.

A l’aéroport d’Orly (Val-de-Marne), une centaine de « gilets jaunes » ont manifesté en début d’après-midi contre la privatisation d’Aéroports de Paris (ADP), qui gère les aéroports d’Orly et Roissy. Dans une ambiance bon enfant, ils ont distribué des tracts aux passagers dans le terminal 1, en les invitant à signer la pétition en ligne pour un référendum contre la privatisation d’ADP, aux cris de « Orly, Roissy n’ont pas de prix » ou « On garde Orly, prenez Balkany ! ».

Manifestations à Lyon, Toulouse, Marseille…

A Lyon, quelque 400 manifestants, dont beaucoup ne portaient pas de gilets jaunes, se sont rassemblés place Bellecour, bravant l’interdiction de la préfecture. Mobilisées en nombre, les forces de l’ordre ont procédé en début d’après-midi à « onze interpellations pour attroupements illégaux en vue de commettre une infraction et port d’armes illégal », selon la préfecture.

A Toulouse, plusieurs centaines de personnes ont manifesté, arpentant les grands boulevards et les rues commerçantes du centre, en scandant « Toulouse, Toulouse, soulève-toi ».

A Marseille, 200 personnes, dont une cinquantaine porteuses d’une chasuble symbolique, ont défilé derrière une banderole appelant à la « suppression de l’IGPN, au service du blanchiment des polices ».
Le mouvement a également rassemblé 200 personnes à Montpellier et 300 à Bordeaux, selon la police.

Le Monde avec AFP

• « 1 800 manifestants et des dégradations à Nantes ». Le Monde. Publié le 14 septembre 2019 à 15h27, mis à jour à 10h26 :
https://www.lemonde.fr/societe/article/2019/09/14/dix-huit-gilets-jaunes-interpelles-a-nantes_5510482_3224.html


 Les « gilets jaunes » font une rentrée timide dans la rue

Plusieurs groupes appellent à rejoindre le mouvement contre la réforme des retraites, mais la mobilisation reste faible pour l’instant.

Après un été sous les radars médiatiques, à l’exception de quelques coups d’éclat, comme le 14 juillet sur les Champs-Elysées à Paris ou lors du G7 fin août à Biarritz, le samedi 7 septembre devait marquer la « rentrée » des « gilets jaunes » – le routier Eric Drouet, figure du mouvement, utilisant lui-même ce terme dans ses dernières vidéos. Il y eut certes un léger regain comparé au milieu de l’été, mais la mobilisation fut comparable à celle des plus faibles samedis de juin.

Quelques milliers de manifestants ont fait leur retour dans le centre des grandes villes, selon le décompte des préfectures : plus de 16 000 en France, selon le « nombre jaune », un décompte mis en place par les « gilets jaunes ». Ils étaient entre 2 000 et 5 000 à Montpellier, plusieurs centaines à Rouen, Bordeaux, Lille, Strasbourg, Dijon… A Paris, le préfet de police, Didier Lallement, a compté « plus de 800 manifestants », « soit un chiffre assez bas mais très nettement supérieur à celui de la semaine dernière ». Eric Drouet a concédé dimanche soir en vidéo que ce n’était pas le « nombre » espéré.

Cela n’a pas empêché de renouer, notamment à Montpellier et à Rouen, avec les nuages de lacrymogènes et les scènes de heurts entre manifestants et forces de l’ordre. Plus d’une centaine de « gilets jaunes » ont été interpellés. Mais l’on était loin de l’amorce d’un « septembre noir pour le gouvernement » que nombre de « gilets jaunes » annoncent ces dernières semaines dans les médias et sur les réseaux sociaux, invitant à s’inspirer des manifestants de Hongkong.

« Nous serons là »

Pour contrer la décrue des mobilisations amorcée depuis le printemps, les délégués de groupes locaux de « gilets jaunes », réunis fin juin à Montceau-les-Mines (Saône-et-Loire), avaient appelé à converger avec d’autres luttes. « A chaque fois que les revendications seront communes, allant dans le sens d’en finir avec la misère, la précarité, la casse sociale, ou pour gagner de nouvelles conquêtes, nous serons là », indiquait le texte voté en assemblée, qui appelait entre autres à soutenir les personnels des urgences et à rejoindre la mobilisation contre la réforme des retraites à la rentrée.

En ce début de semaine, sur les principaux réseaux sociaux « gilets jaunes », on ne trouvait cependant guère d’appel à soutenir la journée d’action de la CGT pour la défense des hôpitaux le 11 septembre.

Les luttes convergeront peut-être à Paris le samedi 21 septembre : de nombreuses pages Facebook et plusieurs figures du mouvement relaient un appel à une mobilisation « sans précédent » dans la capitale. Suivie par 112 000 personnes, la page Cerveaux non disponibles, qui évoque un « rendez-vous avec l’histoire », demande ainsi à chacun de convaincre autour de lui ceux qui « sont dégoûtés du système et de son injustice » de descendre dans la rue ce jour-là.

C’est ce même samedi que Force ouvrière appelle à défiler contre la réforme des retraites. Et que les défenseurs de l’environnement organisent une nouvelle marche à la veille du sommet de l’ONU pour le climat. Dans une tribune en ligne, des groupes de « gilets jaunes » de toute la France, des comités locaux du mouvement écologiste Extinction Rébellion, des collectifs antifascistes ou encore le Comité Adama – qui soutient la famille d’Adama Traoré, mort en 2016 peu après son interpellation par des gendarmes – appellent au « rassemblement des forces », pour que « gilets jaunes » et écologistes manifestent, pour la première fois, dans un seul et même cortège.

Aline Leclerc

• Le Monde. Publié le 10 septembre 2019 à 12h00 - Mis à jour le 10 septembre 2019 à 12h04 :
https://www.lemonde.fr/politique/article/2019/09/10/les-gilets-jaunes-font-une-rentree-timide-dans-la-rue_5508601_823448.html


 « Gilets jaunes » : une rentrée sans grande ampleur, marquée par des violences

Pour leur « rentrée », quelques milliers de « gilets jaunes » se sont rassemblées dans plusieurs grandes villes, comme à Montpellier, où une voiture de police a été incendiée.

Pour leur « rentrée », quelques milliers de « gilets jaunes » se sont rassemblées dans plusieurs grandes villes, comme à Montpellier, où des heurts ont très vite éclaté et une voiture de police a été incendiée. Vers 20 heures, la préfecture faisait état de neuf interpellations, notamment pour des jets de projectiles et six blessés légers parmi les forces de l’ordre.

Selon la préfecture de l’Hérault, qui a compté 500 black blocs environ dans le cortège, ce sont des manifestants qui ont ouvert la porte du véhicule de police et y ont jeté un cocktail Molotov. Une fumée épaisse, irrespirable, a rapidement envahi une rue commerçante de Montpellier, où une voiture de police, sans occupants, a été incendiée. Plusieurs devantures de commerces ont aussi été vandalisées, notamment celle de l’assureur MMA.

Le cortège a rassemblé 2 000 (selon la préfecture) à 5 000 manifestants (selon les organisateurs) au plus fort de la manifestation. De nombreux manifestants présents au début du rassemblement, comme Odile, jeune aide-soignante, qui s’enthousiasmait : « C’est la rentrée des “gilets jaunes” ! », ont répondu à un appel national à manifester à Montpellier, une ville dans laquelle la mobilisation est forte depuis le début du mouvement.

Manifestation interdite à Rouen

Plusieurs heurts ont également éclaté à Rouen à l’occasion d’une manifestation lancée par les « gilets jaunes » et soutenue par la CGT de Seine-maritime, conduisant à 26 interpellations et 111 verbalisations, a-t-on appris auprès de la préfecture.

Au plus fort de la manifestation, environ 500 personnes ont défilé à Rouen. Le préfet de la région Normandie avait pourtant pris un arrêté interdisant toute manifestation et tout rassemblement dans le centre-ville de Rouen samedi de 10 heures à 22 heures, comme c’est le cas depuis le début du mouvement des « gilets jaunes », « pour protéger les commerces », dans une ville où cette fronde sociale a été particulièrement vive.

« Deux cortèges se sont réunis et ont tenté d’entrer dans le périmètre [interdit] pour se diriger vers la Banque de France, lieu qui a fait déjà l’objet de plusieurs dégradations », a déclaré le sous-préfet de permanence, Jehan-Eric Winckler, à l’Agence France-presse (AFP).

« Les manifestants ont jeté des projectiles sur les forces de l’ordre. Des sommations ont été faites et il y a eu l’utilisation de gaz lacrymogènes en réponse aux jets de projectiles. Les manifestants ont été éconduits et remis à l’extérieur du périmètre », a-t-il ajouté, sans préciser le nombre de manifestants présents.

« Une reprise du mouvement qui n’a jamais été mort »

A Toulouse, le cortège, de plusieurs centaines de « gilets jaunes », selon un journaliste de l’AFP, était bien plus important que les derniers samedis, traduisant, selon de nombreux manifestants, une « reprise » de la mobilisation. « C’est normal qu’il y ait plus de monde, c’est une reprise du mouvement qui n’a jamais été mort », a assuré Francis, un retraité toulousain de 66 ans. « Et ça va être de pire en pire ! », prédit-il. Sur une des portes de l’Hôtel de ville, un homme a collé un carton sur lequel on pouvait lire : « Ça prendra le temps que ça prendra mais nous on lâchera pas. »

A Lille, quelque 650 manifestants, selon la police, 1 500 selon des représentants des « gilets jaunes », défilaient dans une ambiance bon enfant, derrière une banderole annonçant la « rentrée sociale » et la « convergence des luttes » des gilets « jaunes », « rouges », « roses » et « verts ». A Strasbourg, environ 350 « gilets jaunes » selon la préfecture manifestaient depuis la mi-journée dans le centre-ville.

107 interpellations à Paris

A Paris, épicentre des manifestations du samedi pendant plusieurs mois, plus de 800 « gilets jaunes » se sont réunis, a indiqué à la presse Didier Lallement, préfet de police de Paris, soit « un chiffre assez bas mais très nettement supérieur à celui de la semaine dernière ». Les forces de l’ordre ont procédé à 107 interpellations, a indiqué dans la soirée la préfecture de police, qui a par ailleurs annoncé que les rassemblements seraient de nouveau interdits dans le quartier des Champs-Elysées dimanche.

A Bordeaux, un temps « place forte » du mouvement, plusieurs centaines de « gilets jaunes » ont manifesté. Certains manifestants ont regretté de n’avoir pu approcher le Parc des expositions, au nord de la ville, où se tient pendant deux jours, sous très haute surveillance policière, « le campus des territoires » de La République en marche (LRM). Cinq personnes ont été interpellées et quatre placées en garde à vue, selon la préfecture.

Le Monde avec AFP

• Le Monde. Publié le 07 septembre 2019 à 15h40 - Mis à jour le 08 septembre 2019 à 06h45 :
https://www.lemonde.fr/societe/article/2019/09/07/a-rouen-heurts-lors-d-une-manifestation-a-l-appel-des-gilets-jaunes-et-de-la-cgt_5507720_3224.html


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