L’UE choisit le Rwanda pour relocaliser les demandeurs d’asile

L’Union européenne va conclure un accord avec le Rwanda pour tenir les demandeurs d’asile à l’écart de ses frontières. Déchirée sur la question des migrants, l’Europe poursuit une politique déjà expérimentée et critiquée, analyse The New York Times.

L’Union européenne s’apprête à conclure un accord financier avec le Rwanda pour que le pays accueille des demandeurs d’asile en provenance de Libye, afin qu’ils n’entrent pas sur le Vieux Continent. Un mécanisme dont l’UE est coutumière. Cette dernière, rappelle The New York Times, a déchiré le continent et entraîné une recrudescence du populisme en Europe :

“Depuis trois ans, et dans un contexte de montée des partis populistes hostiles aux migrants, l’Union européenne paye d’autres pays pour tenir à distance du continent les demandeurs d’asile.”

Une habitude européenne

En 2016, l’UE s’est engagée à verser 6 milliards d’euros à la Turquie pour empêcher les demandeurs d’asile d’entrer en Grèce. L’Union a aussi financé des garde-côtes libyens pour intercepter les bateaux de migrants en Méditerranée dans le but de les renvoyer en Afrique du Nord. Des centres de transit pour demandeurs d’asile ont également été ouverts au Niger.

“Pour ses détracteurs, cet accord avec le Rwanda ne va faire que renforcer une politique déjà moralement périlleuse, rapporte The New York Times, même s’il révèle à quel point la gestion de la crise des migrants par l’UE est devenue précaire.”

Au centre de l’attention, la Libye. Le pays nord-africain accueille un demi-million de migrants, “et seuls 51 000 sont enregistrés par l’agence des Nations unies pour les réfugiés. Cinq mille d’entre eux sont détenus dans des centres de détention sordides et insalubres.”

Conditions de vie désastreuses

Le recours aux centres est largement critiqué par les organisations humanitaires et de défense des droits de l’homme, rappelle The New York Times. Ainsi, en Libye, où “des dizaines de milliers de migrants et de demandeurs d’asile sont toujours pris au piège”, il existe des centres “contrôlés par une nébuleuse de milices, où les migrants sont réduits en esclavage ou contraints à la prostitution, et sont parqués dans des endroits où il n’y a pas assez de place ne serait-ce que pour dormir par terre”.

L’UE défend quant à elle l’usage de ces centres, mettant en avant le fait qu’ils offrent un statut de réfugiés aux migrants avant qu’ils n’entreprennent un voyage vers l’Europe. De plus, ils permettent aussi, selon l’UE, de démanteler les réseaux de passeurs.

La politique mise en place par l’Union européenne a réduit l’afflux de migrants en Europe, souligne le New York Times. “En 2016, 181 376 personnes ont traversé la Méditerranée de l’Afrique du Nord pour atteindre les côtes italiennes. L’an dernier, ce nombre a chuté à 23 485.”

Le Vieux Continent déchiré

Face au refus de nombreux pays membres de l’UE d’accueillir des demandeurs d’asile, Bruxelles “sollicite les pays prêts à accueillir les plus vulnérables”, constate le quotidien américain. Et ce “avec le soutien du président Macron”.

L’accord entre l’UE et le Rwanda doit être signé dans les prochaines semaines. Il est prévu que le pays d’Afrique de l’Est accueille dans un premier temps environ 500 migrants en provenance de Libye, en attendant qu’ils soient relogés dans de nouveaux foyers ou renvoyés dans leur pays d’origine.


The New York Times

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