Hongkong s’enfonce dans une spirale de violence – « Rester unis à tout prix »

Un jeune opposant a été blessé par balle par un policier et un homme transformé en torche humaine, lundi, après avoir critiqué les manifestants.

C’est sans doute l’un des avertissements les plus fermes émis à l’attention des manifestants par le gouvernement, alors que le mouvement de contestation vient d’entrer dans son sixième mois : « S’il y avait encore la moindre illusion qu’en aggravant la violence, le gouvernement de la région administrative spéciale de Hongkong finirait par céder à la pression et aux soi-disant demandes politiques [des manifestants], je le déclare ici haut et fort : cela n’aura pas lieu », a indiqué, l’air sombre, la chef de l’exécutif Carrie Lam, flanquée de quatre ministres, lundi soir, alors que des heurts violents prolongeaient une des pires journées de chaos du mouvement, marquée par deux accidents très graves.

« La consigne est de rester unis à tout prix et d’excuser les erreurs quand il y en a »

Vers 7 heures et demie du matin, à un carrefour de Sai Wan Ho (est de l’île), un policier de la circulation, aux prises avec un manifestant, a tiré à bout portant sur un autre, âgé de 21 ans, non armé, qui s’approchait. La balle a perforé le foie et le rein droit du jeune homme, dont la vie est en danger. Quelques heures plus tard, sur une passerelle de métro, à Ma On Shan (Nouveaux Territoires), un homme, qui avait eu maille à partir avec les manifestants auxquels il reprochait leur vandalisme, a été aspergé d’un liquide inflammable puis mis à feu comme une torche, d’un coup de briquet. Ce Hongkongais de 57 ans est également en état critique. Cette attaque barbare, classée « tentative d’assassinat » par la police, n’a pas provoqué de sérieuses remises en cause ou de débats dans le camp des manifestants où « la consigne est de rester unis à tout prix et d’excuser les erreurs quand il y en a », comme nous l’explique un membre actif du mouvement, qui ajoute que le tir de la police sur l’étudiant quelques heures plus tôt avait donné à certains radicaux une soif de vengeance.

Plus tard, à Mongkok, où de nouveaux heurts avaient lieu, un homme soupçonné de prendre les manifestants en photo pour la police a également été brutalement roué de coups par les protestataires, qui justifient désormais leurs actes violents comme une reprise dans leurs propres mains d’une justice qui, selon eux, ne s’exerce pas ou plus.

En dépit de ces circonstances alarmantes et d’une tension qui monte, de jour en jour, alors que la situation économique se détériore, le gouvernement maintient sa ligne intransigeante : restaurer l’ordre d’abord et avant tout avec, comme seul outil, la police, qui use de tactiques de plus en plus hostiles et agressives. Les réseaux sociaux pullulent d’anecdotes et de clips montrant des scènes indignes d’une force de police respectable. Ces abus ne sont pourtant jamais dénoncés par un gouvernement qui soutient infailliblement sa police. Cette dernière a toutefois elle-même annoncé qu’un motard qui avait foncé à plusieurs reprises dans un groupe de manifestants, lundi matin, avait été mis à pied. Des tensions ont également vu le jour à plusieurs reprises entre la police et les autres services de secours publics, les pompiers et les ambulanciers qui ont, eux, la sympathie des manifestants.

La nécessité d’une commission d’enquête indépendante sur l’attitude de la police semble donc plus urgente que jamais. Surtout depuis que les experts internationaux, sollicités en septembre pour renforcer la commission d’enquête interne de la police (IPCC), ont eux-mêmes fait savoir, samedi, qu’ils estimaient que les moyens et la structure de l’IPCC ne lui permettaient pas de mener à bien cette mission. Cela n’a pas empêché Carrie Lam de réitérer, lundi soir, sa confiance dans l’IPCC pour conduire à bien ces travaux « complexes et difficiles ».

Soutien minimum de Pékin

Depuis le 4e plénum du ­comité central du Parti communiste, fin octobre, au cours duquel la situation à Hongkong a été largement discutée, suivi une semaine plus tard de la convocation de Carrie Lam à Pékin, la consigne du gouvernement central à la chef de l’exécutif semble d’être de durcir la répression. Les « louanges », lundi 4 novembre, à Shanghai, du président Xi Jinping à l’égard de Carrie Lam s’assimilent toutefois davantage, selon divers observateurs, au soutien minimum que la chef de l’exécutif est en droit d’attendre d’un gouvernement dont elle exécute fidèlement les ordres, qu’à un véritable blanc-seing. Quelques jours plus tard, Zhang Xiaoming, directeur de l’agence chinoise en charge de Hongkong et Macao, a, pour sa part, expliqué l’existence de « forces radicales séparatistes » par l’absence de mise en œuvre de l’article 23, un article de la mini-Constitution censé sanctionner toute action non patriotique (trahison, sécession, sédition…) mais que les Hongkongais ont rejeté en masse en 2003.

Or, le pouvoir central n’a de cesse de rappeler son importance – ce qui indiquerait que Pékin pousse pour sa promulgation. L’arrestation, le 8 novembre, de sept parlementaires de l’opposition, semble s’inscrire dans la même stratégie d’intimidation par les tribunaux. Les parlementaires, qui ont obtenu une libération provisoire lundi après-midi, sont accusés d’interférences et d’échauffourées lors d’une session du Parlement.

Malgré la multiplication des actes de vandalisme, et l’intolérance des manifestants à l’égard de ceux qui ne partagent pas leurs vues, le manque de professionnalisme de trop nombreux policiers stimule en parallèle l’hostilité croissante de la population à l’égard de la police, maintenant le soutien des Hongkongais au mouvement. « Je n’aime pas ce qui se passe. Mais je comprends le désespoir et la colère des jeunes », nous déclarait lundi après-midi une femme en hauts talons, qui débarrassait quelques briques jonchant l’une des rues de Central, le quartier le plus emblématique de la place financière internationale qu’est Hongkong.

Florence de Changy (Hongkong, correspondance)