La démocratie participative peut-elle revitaliser la politique ?

Depuis son origine en Grèce, la démocratie était conçue comme la participation directe de tous les citoyens aux délibérations et décisions. C’est le même principe que défendait le fondateur de la pensée démocratique moderne, Jean-Jacques Rousseau. C’est avec les grandes révolutions modernes, en Angleterre, Etats-Unis et France que la pratique de la démocratie représentative va s’établir. Elle est, dans une certaine mesure, inévitable dans les grandes sociétés modernes. Les perversions de la représentation ne datent pas d’aujourd’hui, mais elles se sont considérablement aggravées sous le règne du néo-libéralisme : formation d’une caste politique fermée et souvent corrompue, soumission aux intérêts des élites privilégiées, exclusion des femmes et des immigrés, etc. (la liste est longue !).

La démocratie participative, telle qu’elle fonctionne, notamment dans certaines communautés indigènes auto-gérées en Amérique Latine - par exemple, dans les régions zapatistes du Chiapas – est une nouvelle forme de gestion politique qui brise avec les structures bureaucratiques officielles. C’est un exemple passionnant, mais qui se prête difficilement à une gestion à l’échelle nationale.

Un autre cas de figure intéressant, le plus connu internationalement, est bien entendu le budget participatif dans certaines villes brésiliennes gérées par des coalitions de gauche - par exemple Porto Alegre. Il y a eu aussi la tentative d’étendre le budget participatif à toute une province du Brésil, le Rio Grande do Sul, sous le gouverneur de gauche Olivio Dutra. Ce sont des expériences importantes mais avec certaines limites : participation minoritaire, gestion purement locale et concernant une partie seulement des recours municipaux. En tout cas, ces tentatives sont plus intéressantes que leurs équivalents en Europe, où il s’agit, sauf rares exceptions, de conseils purement consultatifs et pas décisionnels.

Apparaît ainsi, peu à peu, l’idée que la démocratie représentative doit être combiné avec des formes de démocratie directe, qui permettent la participation directe des citoyens dans les délibérations et décisions politiques les concernant. Cette idée me semble fertile et prometteuse, même si les modalités concrètes restent encore largement à définir.

Reste que la crise de la démocratie représentative parlementaire actuelle a des sources structurelles, des racines plus profondes : l’impuissance des structures politiques établies, parlementaires ou autres, à affronter effectivement les problèmes économiques et sociaux. Dans la logique du capitalisme néo-libéral, les vraies décisions sont de moins en moins prises par les « représentants élus », et de plus en plus par les marchés financiers, les grandes banques et entreprises multinationales, et, en ce qui concerne les pays du Sud, le FMI et la Banque Mondiale. On ne pourra sauver la démocratie politique qu’en instaurant la démocratie économique !

P.-S.

* Paru dans l"Humanité.