Communiqué de presse

Prestige deux mois après : un bilan affligeant

COMMUNIQUÉ DE PRESSE

Mardi 21 janvier 2003

Le 19 novembre dernier, le pétrolier le Prestige sombrait au large des côtes de la Galice en Espagne.
Les conséquences écologiques pour les milieux marins et côtiers de cette catastrophe ne se mesurent sans doute pas de la même façon que celles des grandes pollutions précédentes qui ont
frappé les côtes françaises. Il est possible que les immenses nappes souillants les plages et les
rochers soient remplacées par une pollution chronique, insidieuse, durable et, au final, peut-être
plus grave encore...

La LPO qui depuis le premier jour a mis en place un réseau de surveillance et de collecte,
constate qu’après 60 jours de pollution, les oiseaux continuent à venir mourir sur les plages
du littoral atlantique.

Le bilan ci-après [1]montre clairement la répartition des échouages sur une large bande côtière qui
va des Pyrénées-Atlantiques à la Vendée. De même, le nombre d’espèces touchées par la pollution ne cesse de croître. Au premier rang desquelles le guillemot de Troïl (71%), le pingouin torda
(10%) et le macareux moine (8%). Ces 3 espèces – appelées « alcidés » – nichent en nombre très
réduit en France. C’est en Europe du Nord que se trouvent leurs plus grandes colonies. L’hiver
venu, une grande partie de ces oiseaux viennent hiverner dans les eaux du golfe de Gascogne, où
ils rejoignent d’autres oiseaux marins, comme le fou de Bassan, la mouette tridactyles, les puffins
ou les labbes. Des études, auxquelles participent la LPO, sont actuellement en cours pour déterminer avec précision la répartition de ces oiseaux dans le golfe.
Enfin, dans moins d’un mois, les oiseaux vont entreprendre leur migration de retour et certains
vont traverser alors la zone polluée...

La LPO déplore que la catastrophe du Prestige soit aussi le prétexte pour des bateaux peu
scrupuleux de pratiquer des dégazages sauvages qui contribuent encore plus à la pollution de
l’écosystème marin et à la mort des animaux.
Ainsi le récent dégazage constaté devant les côtes du Nord et du Pas-de-Calais, a fait des centaines de victimes et près de 250 oiseaux ont été admis dans des centres de soins. Pour information,
un fou englué a été décollé d’un rocher : il ne pouvait bouger que la tête. Il a fallu 10 minutes pour
le décoller. Mais c’est encore les alcidés qui ont payé le plus lourd tribu.

Encore une fois, la LPO s’associe à tous ceux qui sont victimes de cette nouvelle pollution comme
de toutes les pollutions par les hydrocarbures que subissent actuellement les côtes françaises :
pêcheurs, ostréiculteurs, tous les travailleurs de la mer en général, mais aussi ceux qui vivent du
tourisme littoral et enfin, les simples utilisateurs occasionnels comme les sportifs, les touristes et
les promeneurs amoureux des plages propres.

Les oiseaux touchés sont par ailleurs confrontés à des problèmes liés aux ressources alimentaires, lesquelles – pour des raisons diverses – connaissent une sévère pénurie. Ils n’avaient pas
besoin de cette nouvelle pollution.

Allain Bougrain-Dubourg

Président de la LPO


COMMUNIQUÉ DE PRESSE

Jeudi 2 janvier 2003

Pollution par les hydrocarbures : l’oiseau arrive toujours avant la marée (noire)

Selon le principe que les oiseaux arrivent toujours avant les nappes, les premiers oiseaux mazoutés
par le pétrole du Prestige ont été trouvés dès le lundi 30 décembre.
Les analyses sur les oiseaux mazoutés, pour déterminer la provenance du fioul, ont confirmé l’origine de
la pollution liée au Prestige. Déjà 80 oiseaux ont été recueillis dans les Pyrénées-Atlantiques, 30 à 50 dans
les Landes et 20 à 30 en Gironde. Parmi les espèces touchées se trouvent des guillemots de Troïl, des
fous de Bassan, des macareux moines, des mouettes tridactyles et des grands labbes.

Les précédentes catastrophes ont montré que les oiseaux sont souvent les avant-coureurs des pollutions
effectives des côtes par les hydrocarbures. Dans le golfe de Gascogne et en période hivernale, ces oiseaux
peuvent être très mobiles, notamment en fonction des conditions météorologiques défavorables.

C’est pourquoi, le littoral atlantique français étant sous la menace des nappes de pétrole échappées
du Prestige, la LPO a mis en place, dés le naufrage du navire, un réseau de surveillance concernant
les oiseaux marins ou côtiers.

Jusqu’à ce jour, les premiers oiseaux recueillis le long du littoral aquitain n’étaient pas des victimes directes
du Prestige. Comme des dizaines d’oiseaux à l’autre bout de l’hexagone, ils avaient été victimes des
déballastages sauvages. La même chose s’étant produite, début décembre 2002, sur les côtes orientales
anglaises avec des milliers de victimes. En effet, c’est au moment de ce type de drame écologique, que
les bateaux peu scrupuleux en profitent pour effectuer encore plus de déballastages clandestins, lesquels
sont responsables d’une pollution chronique qui touche l’ensemble des écosystèmes marins.

On peut craindre que la catastrophe du Prestige ne fasse des milliers de victimes sur les oiseaux marins
hivernants dans cette région du golfe de Gascogne, les nappes dérivantes observées le long du littoral du
nord de l’Espagne apportant leur lot d’oiseaux englués dans le pétrole quand elles atteindront les côtes.

La LPO, avec l’Union Française des Centres de Soins, Bretagne Vivante et Hegalaldia, a mis en place un
schéma d’organisation générale pour l’accueil des oiseaux en association étroite avec sa délégation
Aquitaine et celles couvrant la façade atlantique ; ceci en collaboration avec les pouvoirs publics tel que
le Ministère de l’Ecologie et du Développement Durable (direction de l’eau), la DIREN Aquitaine, les
préfectures des départements concernés (Pyrénées-Atlantiques, Landes, Gironde), l’Ecole Nationale
Vétérinaire de Nantes. Cette organisation a pour but d’assurer le transfert des oiseaux des centres de soins
médicalisés de transit vers l’Ecole Vétérinaire de Nantes.

La LPO remercie encore une fois toutes celles et tous ceux qui travaillent à ses côtés depuis le nau-
frage du Prestige. Il est à craindre que la course engagée contre cette nouvelle pollution s’apparente
plus à une course de fond qu’à un sprint.

Allain Bougrain-Dubourg

Président de la LPO