Le créationnisme s’étend en Europe

Après avoir obtenu d’être enseigné dans certains Etats des Etats-Unis au même titre que la théorie de l’évolution de Darwin [1], le créationnisme s’introduit en Europe. Guy Lengagne, dans un rapport intelligent et courageux au Conseil de l’Europe, dénonce les « dangers du créationnisme dans l’enseignement » [2]. Mais, signe de la montée de l’irrationnel dans nos sociétés, ce rapport vient d’être refusé le 26 juin dernier (par 64 voix contre 46).

Le créationnisme

Le courant créationniste est né aux Etats-Unis lorsque des groupes d’inspiration religieuse ont entrepris de balayer l’argumentation scientifique issue des découvertes de Darwin pour expliquer l’histoire à la lumière exclusive des textes religieux et de la Genèse. Les plus durs d’entre eux affirment que le monde a été créé en exactement six jours, tandis que d’autres acceptent un processus à plus long terme, mais toujours conduit par un « créateur ». C’est le “Dessein intelligent” — “Intelligent design” —, dont les représentants se rencontrent aussi bien dans les milieux chrétiens que musulmans.

Aux Etats-Unis, les lobbys créationnistes se battent pour faire reconnaître cette doctrine au même titre que la théorie de l’évolution, qui, selon eux, n’est qu’une « hypothèse parmi d’autres ». Le 1er août 2005, le président George W. Bush a déclaré que les thèses du dessein intelligent devaient être « correctement enseignées » dans les écoles américaines. Depuis, la polémique n’a cessé d’enfler aux Etats-Unis. Dans une vingtaine d’Etats, les adversaires de Darwin ont obtenu une limitation de l’enseignement de la théorie de l’évolution. Dans l’Ohio, le Minnesota et le Nouveau-Mexique, les critiques du darwinisme ont fait leur apparition officielle dans les programmes scolaires.

Quelques extraits du rapport de Guy Lengagne

En France : L’offensive d’Harun Yahya : Au début de l’année 2007, le créationniste turc Harun Yahya, a fait parvenir dans de très nombreux établissements scolaires français et centres de documentation, son ouvrage intitulé « L’Atlas de la Création ». En réponse, le ministre de l’Education nationale, Gilles de Robien, a demandé aux recteurs d’académies de veiller à ce que ce livre « qui ne correspond pas au contenu des programmes établis par le ministère, ne figure pas dans les centres de documentation et d’information des établissements scolaires ». Hervé Le Guyader, professeur de biologie de l’évolution à l’Université Paris VI, a été chargé par l’Inspection générale de l’Education nationale d’analyser de façon détaillée cet atlas. Hervé Le Guyader juge ce livre « beaucoup plus dangereux que les initiatives créationnistes précédentes, souvent d’origine anglo-saxone ». Selon lui, le luxe de l’ouvrage et la méthode employée par l’auteur peuvent « s’avérer redoutablement efficace pour un public non averti ». La teneur scientifique de ce livre lui semble par ailleurs « d’un pauvreté affligeante ». L’Atlas de la Création a également été envoyé à de nombreux journalistes.

En Pologne : La théorie de l’évolution et le darwinisme ont été publiquement remis en cause à l’automne 2006 par le vice-ministre polonais de l’Education et député de Lodz, Miroslow Orzechowski, rattaché à la Ligue des familles polonaises (LPR, parti d’extrême droite ultracatholique). Il a déclaré que « la théorie de l’évolution est un mensonge, une erreur qu’on a légalisé comme une vérité courante ». Il a ajouté qu’« il ne faut pas enseigner les mensonges, tout comme il ne faut pas enseigner le mal à la place du bien et la laideur à la place de la beauté ». Enfin, selon lui, la théorie évolutionniste n’est « qu’une histoire à caractère littéraire qui pourrait servir de trame à un film de science fiction ». Peu avant cela, au début du mois d’octobre 2006, Maciej Giertych, eurodéputé LPR, père du ministre polonais de l’Education Roman Giertych, avait demandé le retrait de la théorie de Darwin des programmes scolaires, prétextant qu’elle n’est pas « soutenue par des preuves ».

En Italie : Letizia Moratti, alors ministre italienne de l’Enseignement et de la Recherche de Silvio Berlusconi, a proposé en février 2004, dans le cadre d’une réforme de l’éducation et notamment des programmes scolaires, un décret visant à abolir l’enseignement de la théorie de l’évolution dans l’enseignement primaire et secondaire. On ne trouvait plus, dans les programmes scolaires, les cours portant sur la théorie de l’évolution. Les communautés scientifiques et journalistiques italiennes se sont alors mobilisées. En avril 2004, une commission a été chargée de réfléchir à la question. En février 2005, le rapport de cette commission a été rendu, celui-ci rappelle que l’étude de l’évolution est essentielle pour une vision globale de la vie, ainsi que l’importance des sciences naturelles dans la culture moderne. Par ailleurs, le rapport souligne que l’enseignement des théories darwiniennes permet de prévenir le racisme et l’eugénisme. Depuis lors, aucun nouveau décret n’a été publié. La réforme des programmes scolaires serait toujours en cours, mais ne devrait pas permettre la suppression des théories darwinienne de l’enseignement.

Aux Pays-Bas : En 2005, la ministre néerlandaise de l’Education de l’époque, Maria Van der Hoeven, a suscité le trouble en proposant l’organisation d’un débat sur l’enseignement des théories de l’évolution dans les écoles de son pays. Pourtant, six ans auparavant, une trêve avait été conclue entre les différents partis politiques de façon à ce que le darwinisme figure au programme de tous les établissements scolaires des Pays-Bas, y compris ceux d’appartenance confessionnelle que l’Etat finance, sans exercer pour autant un contrôle idéologique. Lors d’une interview, Maria Van der Hoeven a estimé que les théories de Charles Darwin n’étaient pas complètes et que de nouveaux éléments avaient été mis en évidence depuis, notamment par les tenants de l’Intelligent Design. Cependant, la ministre a annoncé qu’elle n’entendait pas introduire les thèses créationnistes dans les programmes scolaires, souhaitant seulement confronter ses partisans à ceux de l’évolution. L’initiative de la ministre Van der Hoeven n’a reçu qu’un très faible écho, y compris dans son propre parti, l’appel chrétien démocrate (CDA). Le D66, parti de centre gauche, allié du CDA, est totalement opposé au fait de placer sur un pied d’égalité le créationnisme et le darwinisme. Le VVD, parti libéral de droite, est du même avis.

Aux oubliettes ?

Le rapport sur les dangers du créationnisme dans l’éducation, qui vient d’être présenté ci-dessus, et dont vous venez de lire quelques extraits, a été refusé le 26 juin dernier (par 64 voix contre 46), et renvoyé en commission — aux oubliettes ? [Vous trouverez des compléments dans les deux articles ci-dessous].

Le rapporteur de la Commission de la culture et de l’éducation de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe, Guy Lengagne, a vivement regretté cette décision. « Je ne peux y voir qu’une manœuvre de ceux qui veulent, par tous les moyens, lutter contre la théorie de l’évolution et imposer les idées créationnistes. Nous assistons aux prémisses d’un retour au Moyen Age, et trop de membres de l’Assemblée des droits de l’homme ne s’en aperçoivent pas ».


 Créationnisme : le Conseil de l’Europe veut-il enterrer Darwin ?

Par Jean Etienne, Futura-Sciences

Guy Lengagne, ancien député français mais toujours membre du Conseil de l’Europe, enrage. Il affirme que la docte assemblée, qui selon Robert Schuman devrait être un « laboratoire d’idées », évolue mal, frappée d’une maladie invalidante qui frappe de plus en plus nos sociétés : le retour de l’irrationnel. Et pour cause, car son rapport, qui dénonce très intelligemment et avec courage les « dangers du créationnisme dans l’enseignement » a été refusé le 26 juin dernier (par 64 voix contre 46), et renvoyé en commission, c’est-à-dire en pratique dans les oubliettes.

« Nous assistons aux prémices d’un retour au Moyen Age », affirme Guy Lengagne, qui se dit à la fois stupéfait, effrayé et choqué, de même que la commission qui a longuement travaillé sur ce rapport et qui n’hésite pas à parler de censure, donc d’une violation des libertés d’expression (et même de pensée), le plus primordial des droits de l’homme. Ce qui, dans une Assemblée qui multiplie les leçons sur la liberté et sur les périls risquant de menacer la santé, physique comme mentale, de nos sociétés, pose un sérieux problème.

Guy Lengagne ne voit cependant pas dans ce refus une volonté de l’Assemblée elle-même, mais plutôt le résultat de manœuvres concertées de ceux qui veulent par tous les moyens, autant religieux que sectaires, lutter contre la théorie scientifique de l’évolutionnisme et imposer les idées créationnistes qui relèvent de la croyance.

Le créationnisme

Le courant créationniste est essentiellement né aux Etats-Unis il y a une vingtaine d’années (du moins dans sa version moderne) lorsque des groupes d’inspiration religieuse ont entrepris de balayer l’argumentation scientifique issue des découvertes de Darwin pour expliquer l’histoire à la lumière exclusive des textes religieux et de la Genèse. Les plus durs d’entre eux affirment que le monde a été créé en six jours, et pas une seconde de plus ou de moins, tandis que d’autres acceptent un processus à plus long terme, mais toujours conduit par un « créateur ». C’est l’intelligent design, dont les représentants se rencontrent aussi bien dans les milieux chrétiens que musulmans.

Mais aujourd’hui, ces thèses sans la moindre base scientifique se répandent progressivement en Europe, quelquefois en suivant des canaux pseudo-religieux.

C’est ainsi qu’en Pologne, le ministre de l’éducation Miroslaw Orzechowski (extrême-droite), qui avait déjà décidé de mettre à l’index des programmes scolaires certains auteurs comme Goethe, Kafka, Dostoïevski entre autres, a condamné publiquement le darwinisme à l’automne dernier, comparant la théorie scientifique à la trame d’un mauvais film de science-fiction.

En Italie, la ministre de l’éducation Letizia Moratti, sous le gouvernement Berlusconi, a déposé en 2004 une proposition de décret destiné à abolir l’enseignement de l’évolutionnisme dans le primaire et le secondaire. Mais grâce à une véritable mobilisation de scientifiques, c’est la proposition de décret qui a été finalement abolie… Et la ministre a remis sa démission.

Au Royaume-Uni, après l’approbation par Tony Blair en 2006 de l’enseignement créationniste dans certains établissements de la High Scholl et trois jours de rassemblements d’adeptes venus du monde entier, le plus important syndicat de professeurs du pays, le NUT (National Union of Teachers) a demandé que soit mise en place une barrière légale afin d’entraver la progression de ce que Guy Lengagne, mais il est loin d’être le seul, qualifie de « cancer mortel pour la pensée scientifique ».

En Allemagne, des professeurs d’un lycée privé reconnu par l’Etat ont décidé d’enseigner que les différents types d’animaux sont l’œuvre directe d’un « créateur ». Le tollé et les protestations des parents devant cette orientation qui se voulait antiscientifique n’ont réussi qu’à obtenir… l’approbation du gouvernement, sous le prétexte qu’aucune infraction aux programmes scolaires n’avait été constatée.

Atlas de la Création

Début 2007, un luxueux ouvrage apparemment scientifique, l’Atlas de la Création, était envoyé par la poste aux recteurs d’universités de France ou d’écoles supérieures, dont la plupart s’empressaient d’ailleurs de le mettre à la disposition des étudiants. On les comprend, car l’aspect de l’œuvre, dont le contenu et l’illustration évoquaient un contenu de très haut niveau, n’appelait aucune méfiance au premier abord. Mais une lecture plus attentive dévoilait les intentions de l’éditeur, un Turc nommé Harun Yahya, qui étaient de détruire la théorie évolutionniste de Darwin par de multiples exemples, notamment en démontrant, photos en couleurs à l’appui, que nos espèces contemporaines se rencontraient déjà abondamment dans les fossiles, et donc que l’évolution telle que décrite par les (vrais) chercheurs était fausse.

Las, un examen plus approfondi dévoilait de nombreux trucages. Certaines photos de fossiles ainsi mises en corrélation n’avaient aucun rapport entre elles, quelquefois même appartenaient à des espèces différentes, dont certains caractères étaient habilement mis en valeur au détriment d’autres.

Très rapidement, le livre a été retiré des rayonnages (mais quelquefois conservés à l’intention des étudiants effectuant des recherches sur les sectes religieuses, selon nos sources), tandis que le ministre de l’Education Nationale Gilles de Robien adressait un avertissement déclarant que « ce livre est dangereux et ne correspond pas aux programmes scolaires ». Quelques mois plus tard, le même ouvrage débarquait en Belgique et en Suisse, où sa diffusion était aussitôt interdite dans les établissements scolaires.

La Science recule-t-elle ?

Alors que le Président du Conseil de l’Europe, le sénateur belge Luc Van Den Brande connu pour son catholicisme ultra, déclarait ironiquement « Le Conseil de l’Europe n’est pas une Académie scientifique mais une organisation politique », Guy Lengagne ne tarissait pas de mots extrêmement durs envers cette décision qu’il assimile à une véritable censure et à une victoire décisive pour les créationnistes et néocréationnistes (l’« intelligent » design). « Nous avons eu affaire à de violentes oppositions de la part d’un parlementaire russe, soutenu par des Hongrois ; il assimilait l’évolutionnisme au stalinisme, au nazisme et au terrorisme ! », assurait-t-il avec insistance en quittant la réunion dans le brouhaha général, clamant « J’ai honte de ce Conseil de l’Europe où j’ai passé dix ans de ma vie ! ».

Lors d’une conférence de presse organisée le même jour à la hâte, Guy Lengagne déclarait « La cible première des créationnistes contemporains, essentiellement d’obédience chrétienne ou musulmane, est l’enseignement. […/…] Nous sommes en présence d’une montée en puissance de modes de pensée qui, pour mieux imposer certains dogmes religieux, s’attaquent au cœur même des connaissances scientifiques », poursuit-il. Et de s’inquiéter de la montée en puissance des fondamentalistes religieux au travers du mouvement créationniste, qui selon le rapport original n’a rien à voir avec l’enseignement de base du fait religieux tel qu’il est pratiqué depuis des siècles, mais semble plutôt conçu pour fédérer entre elles les énergies d’extrémistes se prétendant d’inspiration divine, aussi bien catholiques qu’islamistes.

Le rapport devrait être à nouveau présenté en octobre, cette fois par la députée luxembourgeoise Anne Brasseur, qui ne manquera pas de se faire l’écho de l’inquiétude de son prédécesseur Guy Lengagne. Espérons que le Conseil de l’Europe sera alors sorti de sa torpeur.


 Le créationnisme se développe y compris... à Strasbourg

Crime contre l’esprit démocratique au Conseil de l’Europe

Daniel RIOT, 27.06.2007

Carton rouge pour le président de l’Assemblée du Conseil de l’Europe ? Guy Lengagne, député (socialiste) français quitte la vie parlementaire en lui en donnant un. On le comprend et l’approuve. Ce qui doit être, selon la formule de Robert Schuman, un « laboratoire d’idées », évolue mal, en effet. Et c’est symptomatique d’une des maladies qui frappent nos sociétés : le retour de l’irrationnel. Descartes, réveilles-toi, ils sont devenus fous ! Et lâches, en plus. Ou inconscients…

« Nous assistons aux prémisses d’un retour au Moyen-Age », constate Guy Lengagne, mathématicien de profession, en se disant « stupéfait », « effrayé » et « choqué » après le renvoi en commission (dans les oubliettes), par l’Assemblée, de son rapport dénonçant avec intelligence, pertinence et courage les « dangers du créationnisme dans l’éducation ». La commission intéressée (qui a beaucoup travaillé sur ce rapport ) proteste, invoque même des « irrégularités ». Mais le mal est fait. Et la presse (queqlues exceptions mises à part) a bien tort de ne pas faire un large echo à cette affaire.

Cela s’appelle de la censure, donc une violation des libertés d’expression (et même de penser), du premier des droits de l’homme. Dans et par cette Assemblée qui se veut le Temple de la démocratie pluraliste, qui multiplie les leçons en « droits de l’homme » et dont la raison d’être est de jouer les veilleurs des périls qui peuvent menacer la santé (y compris mentale) de nos sociétés , c’est plus que grave.

Ce n’est évidemment pas l’ensemble de l’Assemblée qui est ainsi discréditée. Le système démocratique est ainsi fait qu’il peut être menacé par une minorité d’activistes qui sait jouer sur l’apathie irresponsable d’une majorité, ou par des jeux d’influences et d’entrisme soigneusement orchestrés. Les lobbies n’ont pas que des visées économiques ou financières…

Guy Lengagne a raison : « Je ne peux y voir qu’une manœuvre de ceux qui veulent, par tous les moyens, lutter contre la théorie de l’évolution et imposer les idées créationnistes »

Qu’est ce qui gêne les grands prêtres du « créationnisme » qui, avec d’énormes moyens financiers (américains surtout), ont une influence croissante dans les courants les plus extrémistes, fondamentalistes, intégristes des trois monothéismes ?

Que distinction soit faite nettement entre ce qui n’est qu’une croyance (le créationnisme) et ce qui est une théorie scientifique, l’évolutionnisme. Dans l’enseignement, les croyances relèvent de l’instruction religieuse ou de l’étude des religions, non dans les matières scientifiques. Cette logique est rejetée par ceux qui font tous les procès en sorcellerie à Darwin, en le caricaturant, et qui veulent imposer leurs dogmes.

Tout est bon au niveau des arguments : en Russie, dans quelques ex-pays de l’Est (Hongrie notamment) des courants de pensée voient dans l’évolutionnisme l’origine du stalinisme et de l’hitlérisme. Refrains connus chez ceux qui rejettent les apports des Lumières… en cherchant des explications trop simples pour être crédibles.

Ce rejet de la théorie darwinienne de l’évolution des espèces par la sélection naturelle et cette défense de « l’idée » que le monde a été créé par Dieu (soit en six jours selon le récit de l’Ancien Testament, soit grâce à l’intervention d’un « dessein intelligent" pour les néo créationnistes ».) font de plus en plus de ravages dans les têtes.

Une recherche de l’Université du Michigan, parue en 2006 dans la revue Science, montre qu’environ 1/3 de la population américaine ne croit pas à l’évolution des espèces (de laquelle est issue l’humanité) alors que dans des pays comme l’Islande, le Danemark, la Suède et la France, 80% ou plus des adultes acceptent le concept d’évolution. La Turquie, un pays à prédominance musulmane, est le seul pays européen où le concept d’évolution est moins accepté qu’aux États-Unis. Au Japon, 78% acceptent le concept d’évolution.

Aux USA, 15 à 20 % des enseignants américains évoqueraient à l’école la possibilité que le monde ait été créé en sept jours. Près d’un Américain sur deux pense que l’humanité a moins de 10000 ans d’existence, quand les scientifiques lui en donnent largement plus d’un million.

38 % des citoyens prônent un abandon de l’enseignement des thèses évolutionnistes et le président George Bush, comme les neo-conservateurs si influents dans les milieux politiques défendent l’idée d’un double apprentissage. Lors d’un récent débat télévisé, trois des dix candidats républicains à la Maison Blanche ont reconnu qu’ils ne croyaient pas à la théorie de l’évolution. Le seul fait que la question soit posée dans un tel contexte est révélateur…

Les campagnes créationnistes se multiplient en Europe. Le rapport évoque notamment le cas de l’écrivain turc Harun Yahya qui a publié un « Atlas de la Création » de 750 pages qui a été gratuitement distribué dans des écoles en France, en Suisse, en Belgique et en Espagne. Et ailleurs.

« Dans plusieurs pays européens, les ministres de l’éducation ont remis en question l’enseignement du darwinisme. Le rapport cite la Pologne où, à l’automne 2006, le vice-ministre de l’éducation a déclaré : »La théorie de l’évolution est un mensonge, une erreur qu’on a légalisé comme une vérité courante".

En 2004, en Italie, la ministre de l’enseignement a proposé d’abolir cet apprentissage dans le primaire et le secondaire. Sa collègue serbe a dû démissionner après avoir ordonné aux écoles d’abandonner l’enseignement de cette théorie. En 2005, la ministre néerlandaise a proposé l’organisation d’un débat sur l’enseignement des théories de l’évolution.«  »Tous ces faits correspondent à un reflux de la science au profit du religieux ; or, vouloir priver les citoyens de l’accès à la connaissance scientifique est une des atteintes les plus graves aux droits de l’homme", assure M. Lengagne. Il a raison. « Le cancer est plus développé que je ne croyais », insiste-t-il en voyant son rapport condamné à être archivé, donc politiquement brûlé. Avant d’être examiné et discuté. « On se voile la face, on refuse de regarder. La fuite devant la réalité est un vrai fléau de ce temps ».

’’Il est essentiel que l’Europe prenne maintenant la tête en matière de défense de nos valeurs communes dans le monde’’ a exhorté René van der Linden, le Président de cette docte Assemblée, grand responsable de cette censure inadmissible de l’esprit, de l’intelligence et des valeurs proclamées.
Comme se plait à dire l’ami Tomi Ungerer, «  nous avions le siècle des Lumières. Aujourd’hui nous n’avons que l’électricité ». Avec des plombs qui sautent de temps à autres. Le bureau de l’Assemblée du Conseil de l’Europe a disjoncté.Et trop de parlementaires présents dans l’hémicycle au moment de l’adoption de l’ordre du jour ne se sont pas vus se transformer en ombres… « Veilleur, où en est la nuit ? »