Nature, croissance, abondance

L’émergence de la question écologique ces dernières décennies et son caractère de plus en plus incontournable percute l’ensemble du mouvement socialiste. Ceux qui entendent définir les voies d’une solution progressiste à la question sociale, qui défendent la perspective d’une transformation sociale globale ne peuvent faire l’impasse sur cette nouvelle question. Ne serait-ce que parce que l’actualité et l’acuité de la crise écologique globale l’interdit. Il devient ainsi de plus en plus évident qu’il ne saurait s’agir d’une simple adjonction au programme existant, déjà bien malmené par les évènements de ces dernières années. Des révisions sont nécessaires, quant aux stratégies et aux tactiques de luttes, aux revendications mises en avant, mais aussi à la conception du socialisme lui-même.

Il apparaît en effet qu’il faut résister à deux tentations symétriques : celle qui consisterait à penser que la question sociale n’est plus désormais qu’une sous catégorie du combat écologique, qui formerait ainsi un nouveau « paradigme » (1) ; mais aussi celle qui s’emploierait à réduire la question écologique à une sous-catégorie du paradigme social. Non évidemment que les deux questions ne soient étroitement interconnectées, mais il convient de reconnaître qu’il s’agit de deux ordres distincts d’enjeux qui ne peuvent être réduits l’un à l’autre ni dans un sens ni dans un autre. Si en effet il ne saurait y avoir de réponse à la crise des rapports entre les hommes et la nature en dehors d’une réponse à la crise des rapports des hommes entre eux, la question écologique oblige à introduire des paramètres externes à toute problématique sociale et avec lesquels toute réponse sociale devra composer. La nature a des limites, des seuils et des mécanismes de régulation spécifiques, et les bouleversements qu’apporte l’homme à la biosphère ne change en rien cet état de fait. Il ne saurait donc y avoir de programme socialiste qui ne soit en même temps réponse à la crise écologique, puisque cette crise hypothèque la possibilité de construire le socialisme. En outre, temporalités sociales et temporalités écologiques ne coïncident pas, les rythmes longs des cycles écologiques sont très différents des rythmes de l’économie humaine, rendant la conciliation problématique. Plutôt que de nier cette tension, qui ne saurait disparaître même dans une autre société, il convient de reconnaître son existence afin de pouvoir la maîtriser et la minimiser. Le terme d’ « écosocialisme » découle de ce constat. Ce qui est donc à l’ordre du jour, c’est l’élaboration au travers des luttes et de larges échanges collectifs d’un programme écosocialiste conséquent. Indiquons par ailleurs que la question sociale doit être entendue comme incluant l’ensemble des oppressions et dominations, domination de classe, oppression de genre, oppressions nationales, oppression de minorités et de générations. Ce qui ne signifie pas que ces différentes oppressions aient la même fonction et la même centralité sociales, mais ce débat sera laissé de côté ici.

 Nature ou environnement ?

La nature existe t-elle se demandent certains ? La nature ne se réduit pas à la biosphère, mais comprend l’univers dans son ensemble. Cette remarque n’est pas sans importance puisque la vie sur terre est bien conditionnée à l’énergie reçue du soleil. Pas de soleil, pas de vie, pas d’humanité. Quant à la nature tel qu’on l’entend couramment (les roches, les arbres, les animaux, le vent, l’océan,...), la nature à laquelle l’être humain se coltine quotidiennement si l’on peut dire, elle ne peut être comprise sans faire appel à deux évènements clés : l’apparition de la vie tout d’abord, qui conditionne par exemple largement la composition chimique de l’atmosphère mais aussi le climat, et l’apparition de l’homme ensuite, qui a bouleversé profondément la biosphère (défrichage, disparition d’espèces, domestication, pollution,...). Il n’y a guère d’endroit sur la planète qui ne porte la marque indélébile de l’homme aujourd’hui. La nature a donc une histoire, et son histoire récente est indissociable des transformations réalisées par l’homme. Ce constat banal ne doit pas pour autant conduire à un effet de perspective : la « nature » n’est pas devenue un simple « environnement » modelé par l’homme à sa guise. Rien de plus faux que de prétendre que « l’Homme domine maintenant la Nature » (2). Si l’homme a la capacité de détruire les écosystèmes et même sa propre espèce, il ne domine nullement la nature. Il n’a d’ailleurs vraisemblablement pas la possibilité, le voudrait-il, de détruire toute vie à la surface de la Terre. Sa capacité de destruction excède de loin ses connaissances : s’il parvient à modifier les cycles biogéochimiques, celui de l’eau ou du carbone, il est bien loin de pouvoir les maîtriser et les restaurer. Il comprend fort mal les conditions d’apparition de la vie, de la diversification des organismes vivants, de la dynamique des écosystèmes, du lien entre hydrosphère, atmosphère et biosphère, etc...

La dynamique capitaliste actuelle de la civilisation humaine constitue incontestablement une fuite en avant non maîtrisée : l’homme perturbe les grands cycles biogéochimiques, réduit radicalement la diversité animale et végétale, déstabilise ou détruit certains écosystèmes, bouleverse le climat, épuise certaines ressources fossiles et minérales qu’il ne sait pas reconstituer. Il génère ainsi une crise écologique globale planétaire, mais n’échappe nullement dans le même temps aux lois de la physique et de la biologie. Notons que parler de crise prend son sens par rapport aux conditions d’existence et de vie de l’humanité : ces bouleversements constituent bien une crise écologique pour l’humanité. L’humanité est à cent lieux de maîtriser les déterminants naturels de son devenir, dont elle ne s’est pas affranchi et ne saurait s’affranchir. Ce constat a une portée politique : il implique de combattre l’irrationalité et l’irresponsabilité capitalistes, mais il doit aussi garantir contre un « socialisme » d’apprenti sorcier. Si tout n’est pas possible maintenant, tout ne sera donc pas possible après. Il suppose aussi de développer une critique multidimensionnelle du capitalisme comme civilisation. On ne saurait alors par exemple faire programme commun avec ceux qui entendent (et souvent ne font que prétendre) relancer l’économie pour créer de l’emploi sans se préoccuper des dégâts écologiques.

 Croissance ou besoins ?

Relancer la croissance dans le cadre du fonctionnement du capitalisme, c’est vouloir accroître le dynamisme d’un système économique qui produit des richesses en minant et détruisant les écosystèmes et en épuisant des ressources non renouvelables. La concurrence et la recherche du profit maximal inhérentes au système conduisent à produire toujours plus de marchandises jusqu’à ce que survienne une crise de surproduction. La marche productiviste du capitalisme se poursuit de manière incessante (3). Alors souhaiter la décroissance ? Mais la décroissance sous le capitalisme ce n’est guère mieux que la croissance : les phases de récession servent d’ordinaire à préparer la relance en créant de nouvelles conditions de rentabilité. Ces nouvelles conditions ont toutes les chances d’aller de pair avec une accentuation de l’exploitation salariale et de la destruction de la nature. Les périodes de crise économique sont propices à une remise en cause des législations sociales et environnementales comme le souligne James O’Connor . (4)

Plus fondamentalement, il convient de contester radicalement le discours selon lequel le progrès social serait proportionnel au taux de croissance. D’une part parce que ce discours évacue complètement la dimension écologique, et que l’on ne saurait dissocier progrès social et préservation de l’environnement, mais aussi parce qu’il n’y a pas de relation mécanique entre croissance et satisfaction des besoins sociaux. La croissance récente a par ailleurs largement montré qu’elle avait un « faible contenu en emploi » pour reprendre l’expression consacrée. Enfin le progrès social doit s’apprécier à l’échelle planétaire, non dans un cadre étroitement national. La critique du produit intérieur brut (PIB) qui sert à quantifier et à définir la croissance met en évidence les limites de cet indicateur : les « services » procurés par les ressources environnementales ne sont pas comptabilisés ; les dommages causés à l’environnement ne sont pas déduits ; toute exploitation d’une ressource naturelle augmente le PIB, et ceci même si cette ressource s’épuise ; les dépenses de protection de l’environnement sont comptabilisées tantôt en positif tantôt en négatif, ainsi les dépenses correspondant aux travaux de réparation d’un dommage à l’environnement correspondent à une augmentation du PIB (5). Ce qui sert d’alpha et d’oméga pour apprécier la santé d’une économie, a en réalité le caractère dérisoire de toute mesure marchande. La croissance de la valeur marchande de la richesse produite que mesure le PIB peut fort bien cacher une destruction sans commune mesure de la richesse naturelle. Sans commune mesure, parce que bien plus importante, mais aussi parce que non commensurable monétairement. Quelle est la valeur d’un écosystème détruit à jamais ? Quelle est la valeur « réelle » du pétrole que l’on dilapide et dont les réserves ne sont pas reconstituables à échelle humaine ?

Une critique radicale, à la fois écologique et sociale, de l’économie capitaliste suppose donc de refuser de communier avec les prêtres de la croissance. Or ce totem est au cœur non seulement du discours des organisations patronales et des partis politiques de droite mais aussi de la plupart des syndicats et partis de la gauche réformiste. « Le but de l’entreprise c’est de faire de la croissance » a ainsi pu proclamer sans surprise Ernest Antoine Seillère (6). A gauche le discours, malgré des affirmations écologistes de bon ton, reprend les vieilles antiennes. Ainsi la récente contribution pour le congrès à venir de François Hollande, actuel premier secrétaire du Parti Socialiste et de ses proches indique t-elle : « l’écologie n’est pas un »supplément« à notre programme. Elle le commande au même titre que la justice sociale et la démocratie. Cet impératif ne nous condamne pas à moins de croissance, au contraire, il suscite des activités nouvelles. Il n’est pas un retour en arrière, mais une confiance renouvelée dans le progrès et la science », et de détailler ensuite les conditions pour l’avènement d’une « croissance forte » en omettant toute considération environnementale (7). Voilà qui ressemble fort à l’improbable mariage de la carpe et du lapin : on se situe ici dans une perspective où l’on cherche à composer avec le système, en acceptant sa dynamique sous réserve d’improbables amendements. Pourquoi faut-il donc croître à tout prix ? Voilà qui n’est guère justifié, sinon par le fait que l’on enferme la perspective de son projet dans le cadre du capitalisme, en donnant l’illusion d’une possible relance écologiquement vertueuse. Au contraire si l’on pense que la croissance ne saurait être la mesure ni du progrès social ni de la préservation de l’environnement, on ne saurait s’y référer programmatiquement sauf à nuire considérablement à la clarté des objectifs fixés. Mais ne pas s’y référer, c’est aussi ne pas se revendiquer d’une décroissance qui comporte les défauts symétriques de ce qu’on prétend critiquer radicalement. Pas plus que le boom n’est synonyme de plein emploi, la récession n’équivaut à une moindre destruction de l’environnement. D’une part parce que l’instrument de mesure est mauvais, d’autre part parce que la récession accroît la pression à l’externalisation accrue des coûts environnementaux. Il faut donc refuser le piège de l’alternative biaisée croissance/décroissance en construisant un programme revendicatif et une perspective de transformation sociale basée sur l’exigence de la satisfaction écologique des besoins sociaux, en évitant de flirter avec une phraséologie keynésienne. Si l’on se réfère à une mesure en terme de PIB, cela signifie aussi bien des mesures accroissant le PIB tel que défini aujourd’hui (développement de services publics, construction d’infrastructures et de moyens de transport collectif ou de production d’énergie renouvelables, mais aussi travaux de démantèlement des centrales nucléaires,...) que des mesures le contractant (arrêt de la production d’énergie nucléaire, réduction drastique de la production d’engrais et de pesticides,...) et il semble bien incertain de dire qu’elle serait le signe de la résultante. Le progrès de la gratuité et de la démarchandisation dans toute une série de secteurs devrait d’ailleurs faire de cette valeur un indice de moins en moins pertinent. Il ne faut cependant pas sous-estimer la difficulté de la transition de besoins individuels que des décennies d’acclimatation marchande ont ancrés en chacun de nous vers des besoins redéfinis socialement et démocratiquement. S’il n’y a aucune garantie absolue du caractère écologiquement vertueux d’une société construisant le socialisme, il faut compter sur la dynamique de responsabilité de producteurs et de citoyens acteurs de la gestion et de la décision de ce qui les concerne, sur la dynamique du débat politique élargi à des cercles d’individus bien plus nombreux qu’aujourd’hui, ou encore sur les effets de la transformation du mode vie à partir de la libération d’une part importante du temps de travail et de la valorisation de tâches sociales permettant un recul du consumérisme individuel. En tout état de cause, la préservation de la nature et de l’environnement restera un enjeu de lutte, même si ce sera dans un cadre radicalement transformé.

 Abondance et limite naturelle

Même si nous sommes loin de les connaître avec exactitude, nous savons que le fonctionnement des écosystèmes ou des cycles biogéochimiques est marqué par des seuils et des irréversibilités. Au-delà d’un certain niveau de dégradation, un système biologique se met à fonctionner sur la base d’un régime radicalement différent sans que le retour à l’équilibre antérieur soit possible. Cela fait ainsi dix ans que les pêcheries de morue au large du Canada ne sont plus exploitées suite à une chute drastique du nombre de poissons pêchés, mais les morues ne sont toujours pas « revenues », certainement parce que suite à la baisse de leur nombre, le fonctionnement de la chaîne alimentaire a été bouleversé, rendant désormais impossible le retour de cette espèce. L’homme n’a aucune solution « technique » à cette question aujourd’hui. Or ce problème n’est pas isolé, il s’agit d’une question globale : la généralisation de la pêche industrielle, tout comme la hausse de la part du poisson dans le régime alimentaire de nombreux pays conduit à une surexploitation des ressources halieutiques. Le risque que des ruptures dans la régulation biologique des zones de pêches se multiplient est réel, avec des conséquences économiques, sociales, alimentaires et écologiques considérables. Par ailleurs l’aquaculture ne représente absolument pas une alternative écologique ni même sans doute une alternative économique durable à un effondrement éventuel des ressources (8). En l’état actuel des connaissances et des techniques, il ne saurait y avoir du poisson à volonté pour toute la planète en permanence. Et la démonstration pourrait être reproduite dans beaucoup d’autres domaines.

Il y a donc bien des limites naturelles auxquelles se heurte l’homme, et qu’il vaut d’ailleurs mieux qu’il ne heurte pas. Le dépassement d’une limite a en effet des effets bien difficiles à pronostiquer dans l’état actuel des connaissances. L’identification même de la limite est tout à fait problématique. Ainsi, il est désormais quasiment certain que la hausse de la concentration de gaz à effet de serre dans l’atmosphère est susceptible de provoquer des changements climatiques considérables : il y a toutefois une très grande incertitude sur leur ampleur possible et leur dynamique. L’écologie nous réapprend ainsi que l’activité humaine est subordonnée à des limites naturelles : l’économie ne saurait durablement ’affranchir des conditions naturelles qui la rendent possibles, elle est nécessairement englobée par la sphère naturelle, qui la dépasse et la détermine (9). Bien évidemment certaines limites peuvent reculer avec l’état des connaissances (plus exactement nous pouvons mieux connaître certaines limites).

Surtout, il convient de distinguer les limites naturelles, absolues dans un état de connaissance donné, et que la précaution commande de ne pas dépasser, des limites sociales, relatives, générées par le degré d’efficacité d’un mode de production et d’organisation sociale (10). La faim dans le monde résulte ainsi non pas d’un manque absolu de nourriture mais bien plutôt d’un problème de répartition des richesses et d’organisation sociale. Ce qui ne veut pas dire que la démographie ne constitue pas un problème : il semble en effet difficile d’imaginer qu’il n’y ait aucune limite à la capacité de la terre à nourrir et faire vivre de manière satisfaisante un nombre toujours plus grand d’être humains, même si la détermination de cette limite est sans doute impossible. Dire cela ce n’est pas retourner à Malthus, mais prendre acte de la finitude de notre planète. La reconnaissance - matérialiste - de l’existence de déterminations et de limites naturelles n’a pas pour effet de naturaliser le débat social. Une chose est la reconnaissance d’une limite, autre chose la mise en œuvre des potentialités existant en deçà de cette limite. Si le combat contre le capitalisme et son idéologie du marché naturel et de sa main invisible nous a appris à nous défier des discours de naturalisation, il faut également se défier d’un discours « socialisant » symétrique, constructiviste à l’excès, qui sous prétexte de se défier de certains discours sur la nature aboutit à nier l’évidence. La construction d’une autre société ne saurait prétendre échapper à des déterminations naturelles : au sens physique du terme, le socialisme est « sous contraintes ». Il faut donc sans doute, pour reprendre l’expression de Daniel Bensaïd renoncer au « joker de l’abondance ». Cette perspective d’un socialisme de l’abondance permet d’éviter de penser certaines des questions clés posées par une dynamique de transition. Comment amorcer un processus de désaliénation des besoins ? Comment satisfaire les besoins sociaux en préservant l’environnement ? Comment gérer puis dépasser cette tension, qu’il serait contre-productif de nier, entre l’écologique et le social ? Refuser de recourir à la catégorie problématique d’abondance, ce n’est pas, faut-il le dire, prêcher pour un socialisme de la pénurie et de l’austérité, mais pour un socialisme de la satisfaction écologique de besoins sociaux démocratiquement définis. Nulle abondance de richesse ne viendra éviter les choix politiques permettant de contenir la tension entre le social, l’économique et l’écologique.

 Un système productif à bouleverser

Le capital fonce aujourd’hui à toute vapeur en brûlant un pétrole qui disparaît à tout jamais. Outre la pollution générée, la dilapidation de cette ressource en empêche tout autre usage actuel et futur. La trajectoire historique du capitalisme, dopé aux énergies fossiles, est à moyen terme, peut-être à court terme, insoutenable. On ne saurait mieux illustrer ce avec quoi il est urgent de rompre : une irresponsabilité totale permise par l’aveuglement du profit mettant en œuvre des forces productives de manière irrationnelle. Tout projet socialiste doit être construit autour de la volonté de rompre avec un système productif dont les forces et les moyens ont été utilisés ou conçus pour maximiser la surexploitation de la force de travail humain et le pillage aveugle de la nature. Si ni les dégâts écologiques ni l’exploitation des êtres humains ne datent du capitalisme, celui-ci est le premier à mettre en œuvre de manière concomitante et simultanée un double processus rationalisé, sans cesse en extension, d’extorsion maximale de la plus value et de dilapidation de la nature. Si le salariat a par ses luttes réussi à limiter cette extorsion, la transformation de la nature en puits sans fond et en dépotoir à déchets et à polluants s’est poursuivie pendant des décennies avant qu’une prise de conscience écologique n’émerge. L’ampleur de la crise écologique engendrée constitue aujourd’hui l’une des condamnations les plus évidentes de ce système. Sa perpétuation ne cesse de miner les conditions naturelles d’un autre épanouissement de l’humanité et accumule les problèmes redoutables auxquels toute autre société aura à faire face. L’exaltation unilatérale du développement des forces productives fait l’impasse sur ce terrible bilan, où tout progrès est suivi de près par son cortège immédiat ou différé de régressions. Une alternative socialiste ne pourra accepter l’héritage de ce système productif, mais devra le transformer de fond en comble.

Notes

(1) Point de vue défendu par exemple par Alain Lipietz, Qu’est ce que l’écologie politique ?, La Découverte, 1999

(2) Selon l’affirmation de George Olivier, L’écologie humaine, PUF, 1975, p. 6

(3) Marx critique très tôt cette tendance du capitalisme. Voir par exemple Travail salarié et capital, Editions sociales, 1962, pp. 32-33 et 36-38 : « si un capitaliste, grâce une plus grande division du travail, à l’emploi et au perfectionnement de nouvelles machines, grâce à l’utilisation plus avantageuse et sur une plus grande échelle des forces naturelles, a trouvé le moyen de créer avec la même somme de travail ou de travail accumulé une somme plus grande de produits, de marchandises que ses concurrents ; (...) comment ce capitaliste va-t-il opérer ? (...) au fur et à mesure que sa production s’est étendue, le besoin de débouchés s’est également élargi pour lui. Les moyens de production plus puissants et plus coûteux qu’il a créés lui permettent bien de vendre sa marchandise meilleur marché, mais ils le contraignent en même temps à vendre plus de marchandises, à conquérir un marché infiniment plus grand de marchandises. (...) Telle est la loi qui rejette constamment la production bourgeoise hors de son ancienne voie et qui contraint toujours le capital à tendre les forces de production du travail, une fois qu’ils les a tendues, la loi qui ne lui accorde aucun repos et lui murmure continuellement à l’oreille : Marche ! Marche ! », pp. 37-38.

(4) Voir James O’Connor, Natural Causes, Essays in Ecological Marxism, Guilford Press, 1997, pp. 247-248

(5) On reprend ici Jean Philippe Barde, Economie et politique de l’environnement, PUF, 1992, pp. 138-145.

(6) Déclaration citée dans Liaisons sociales quotidien, Bref social n° 14121, mercredi 21 avril 2004, p. 4.

(7) Voir la contribution « Pour une alternative de gauche : vérité, volonté, unité » disponible en ligne sur le site du Parti Socialiste, notamment pp. 7-8. Les mêmes contradictions sont présentes dans la contribution présentée par Laurent Fabius et ses proches, « Agir à gauche », voir notamment pp. 4, 5, 6 et 9.

(8) D’une part parce que beaucoup de poissons d’élevage se nourrissent de poissons... qu’il faut bien pêcher, d’autre part à cause des problèmes de pollution générés.

(9) Sur ce point, on se reportera à René Passet, L’Economique et le Vivant, Economica, 2e édition, 1996, pp. 202-228 notamment.

(10) Pour une exploration fructueuse de la notion de limite naturelle dans le marxisme, voir Ted Benton, « Marxisme et limites naturelles : critique et reconstruction écologiques », in Capital contre Nature, Actuel Marx, PUF, 2003, pp. 24-55.

P.-S.

* Paru dans la revue « Critique communiste » n° 177 d’octobre 2005.

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