Au royaume du Bhoutan, la démocratie ne fait guère d’émules

, par CHIPAUX Françoise

Islamabad, correspondante

La démocratie menacerait-elle « le bonheur national brut » promis à ses sujets par l’ancien roi du Bhoutan Jigme Singye Wangchuck ? En imposant des élections parlementaires aux 670 000 Bhoutanais, la monarchie a créé des sujets de discorde. La population, troublée, a eu bien du mal à se laisser convaincre des bienfaits d’un partage des pouvoirs.

« Comment tout cela va-t-il finir ? Deviendrons-nous comme l’Inde ou, pire, comme le Pakistan ? Les gens vont-ils descendre dans la rue chaque fois qu’un politicien le leur demande ? », interrogeait, inquiète, Phuntso Lhamo, une étudiante de 23 ans qui attendait, lundi 24 mars, son tour pour voter.
Sujets obéissants, les Bhoutanais se sont toutefois rendus nombreux aux urnes. Tshewang Dema, une femme de 65 ans, peut sûrement se prévaloir du record mondial du civisme puisqu’elle a marché quatorze jours pour atteindre son bureau de vote à 600 kilomètres de la capitale, Thimphu.

Tshewang Dema a affirmé, selon le quotidien local Bhutan Times, qu’elle répondait ainsi au vœu du jeune roi Jigme Khesar Namgyel Wangchuck, 28 ans et diplômé d’Oxford, qui avait exhorté ses sujets à se rendre massivement aux urnes.

CHANGER LE SYSTÈME

Enclavé entre la Chine et l’Inde, ce petit royaume bouddhiste, dont la capitale culmine à 2 400 mètres, est resté longtemps isolé. Avant de passer la main à son fils en 2006, le roi Jigme Singye Wangchuck avait tout fait pour préserver la culture et les coutumes locales.

L’arrivée de la télévision en 1999, puis celle des premiers cafés Internet en 2000 ont été suivies de près, de peur que cette ouverture vers le monde extérieur ne trouble pas trop les esprits.

Heureux avec leur roi, les Bhoutanais se sont montrés longtemps réticents devant la perspective de prendre en main leur destin. Avec un revenu deux fois supérieur à celui de l’Inde, un accès à l’éducation et à la santé relativement bien partagé, les Bhoutanais ne voyaient pas de raison de changer un système qui a un certain mérite comparé au Népal voisin.

Premier chef du gouvernement élu, Jigmi Thinley, 56 ans, diplômé en administration publique de l’université d’Etat de Pennsylvanie, n’a rien d’un inconnu, puisqu’il a déjà dirigé le gouvernement sous la monarchie.

Son Parti unifié du Bhoutan, qui n’avait pas de différences idéologiques avec son concurrent le Parti démocratique du peuple (PDP), a remporté 44 des 47 sièges de la première Assemblée nationale. Dirigé par Sangay Ngedup, le PDP n’est pas hostile à la monarchie, puisque les quatre sœurs de son président sont mariées à l’ancien roi.

Cette élection – nouvelle étape de l’avènement d’une monarchie parlementaire –, qui fait suite à celle, en décembre 2007, des représentants de la Chambre haute du Parlement, ne devrait pas sérieusement diminuer les pouvoirs d’un roi toujours révéré par ses sujets.

P.-S.

* LE MONDE | 25.03.08 | 11h13 • Mis à jour le 25.03.08 | 11h13.

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