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Candidature Royal : la libéralitude...
BORRAS Frédéric
1er février 2007

Partie vite et fort, la candidature Royal marque le pas, si l’on en croit les commentateurs et les sondeurs. Les mêmes s’interrogent sur les raisons de ce « trou d’air ».

Tout avait pourtant bien commencé. Des primaires réussies où ses deux concurrents n’ont pu finalement être que des faire-valoir, une promenade sur la crête des courbes de sondages pendant de longues semaines, une certaine capacité à faire tourner le débat politique autour de ses propositions présentées comme innovantes.

Mais la machine s’est grippée. Les sondages - et le moral - sont carrément à la baisse du côté de la rue de Solferino. D’aucuns y voient la révélation d’une inconsistance politique. Il est vrai que le temps des « bourditudes » est arrivé, avec l’éviction de Montebourg du poste de porte-parole et la multiplication des dérapages incontrôlés. Et il est vrai, qu’embusqués, les snipers de l’UMP n’ont pas manqué une seule occasion de la flinguer, dénonçant tour à tour un manque de clarté sur le Hezbollah à l’occasion de sa visite au Liban, ou de consistance politique sur les questions québécoise ou corse. La démonstration que cherchent à faire les sarkozistes est que le costume de femme d’État, que veulent lui tailler les caciques du PS, est beaucoup trop grand pour elle.

Pourtant, le PS a de solides atouts dans sa manche. Il a déjà infligé un sérieux revers électoral à la droite, en 2004, à l’occasion des élections régionales et européennes. La volonté de sanctionner la droite au pouvoir et de barrer la route à Sarkozy est puissante, particulièrement après l’échec infligé aux mobilisations de 2003. Le syndrome du 21 Avril, ce sentiment de culpabilité qu’éprouve une partie des électeurs qui avaient voté plus à gauche en 2002, alimente la pompe du vote dit « utile ». Et les figures de la gauche plurielle, Christiane Taubira et Jean-Pierre Chevènement, honnis par Jospin, se sont cette fois ralliées au panache de la candidate.

Alors, qu’est ce qui ne va pas, à la fin des fins, alors que tout devait rouler ? Ce qui ne va pas, c’est que la question sociale s’est invitée fort opportunément dans la campagne et que la « libéralitude » affichée par le programme de Ségolène Royal ne permet pas d’y répondre.

Il faut une gauche anticapitaliste

La bataille menée par les « Don Quichotte » a mis brutalement et médiatiquement en exergue le scandale absolu que constitue le sort des SDF et, au-delà, des 3,5 millions de mal logés que compte la cinquième puissance économique du monde ! Toutes les enquêtes confirment ce que nous constatons tous les jours sur le terrain : les salaires, le chômage, les retraites, l’éducation sont les thèmes qui préoccupent massivement la population et sur lesquels les candidats sont jugés.

Énarque enfermée dans sa bulle - sa « ségosphère » - et assujettie à l’ISF, on comprend que la candidate socialiste ait du mal à appréhender, à ressentir ce qu’est concrètement l’injustice sociale. Ségolène Royal incarne la gauche du renoncement. Quand François Hollande lui-même lâche qu’on pourrait tout de même considérer qu’à 4 000 euros net par mois - 8 000 pour un couple sans enfants - on a affaire à une famille très aisée que l’on pourrait ponctionner plus, il est immédiatement désavoué par la candidate. Tout un programme !

Même Sarkozy a infléchi son discours pour tenir à sa façon compte des aspirations sociales, multipliant les déclarations en faveur de la « France qui souffre ». Nous ne nous trompons pas pour autant d’ennemi.

La campagne de la LCR vise à montrer que, derrière la démagogie sarkozyste, se dégage un projet désastreux pour les couches populaires, un projet qui doit être battu par tous les moyens. Elle popularise l’exigence du partage des richesses, car on ne peut pas s’attaquer véritablement aux inégalités si on n’organise pas le partage des richesses, en s’attaquant aux fortunes et aux profits. À l’opposé des déclarations volontairement confuses - « la valeur travail » ou « l’ordre juste » -, notre campagne porte les exigences des travailleurs, des chômeurs, des exclus, des pauvres. Olivier Besancenot incarne une gauche anticapitaliste qui assume l’opposition radicale à la droite et à l’extrême droite, en toute indépendance de la direction socialiste. Donnons le maximum d’écho à une campagne qui démarre bien.

* Paru dans Rouge n° 2191 du 1er février 2007.