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Blog d’Olivier Besancenot
Tranches de vies
BORRAS Frédéric
8 mars 2007

Les audiences des émissions télé ou radio, ou celles des meetings, sont un indice de l’intérêt pour le débat politique lors de cette présidentielle. Les réactions à chacune des interventions médiatisées d’Olivier Besancenot en témoignent.

Après chaque passage dans une grande émission médiatique, les connexions au site Internet d’Olivier Besancenot explosent ; les réactions affluent par courrier, par téléphone, par e-mail ou par post sur le blog d’Olivier. À travers elles, de vraies tranches de vie, d’où émerge le témoignage de la dureté des conditions d’existence. Après avoir salué le fait qu’Olivier était « le seul à parler de nous », Laure, dans sa longue et touchante lettre, décrit son sort, celui de centaines de milliers de femmes, qui « vivent seules » avec « une petite fille de trois ans », un « temps partiel » imposé pour un « salaire minable » : « 560 euros pour 24 heures par semaine, [...] 460 euros de CAF », mais « 550 euros de loyer pour 55 mètres carrés » et « 200 euros de factures fixes ». Du coup, sa « boîte aux lettres devient un nid de crispations ».

Max estime qu’Olivier est « le candidat qui a tout compris » et il regrette : « On ne le voit pas assez à la télé. » Il est vrai que son temps de présence médiatique n’a rien à voir avec celui des Sarkozy, Royal et autres Bayrou, et l’occasion de participer à un grand meeting de plusieurs millions de personnes, que seule permet le petit écran, se présente rarement.

La « clarté du discours » est souvent saluée, à l’image de Patrick, qui indique que cela fait environ « vingt ans qu’il est électeur, sans jamais vraiment savoir pour qui voter », mais qu’il a « pour la première fois tout compris » et qu’Olivier l’avait « scotché », ou de Karim, qui « retrouve espoir ». Félicitations, encouragements, et même demandes d’adhésions - assorties de questions légèrement teintées d’angoisses sur le montant des cotisations à la LCR ! - sont légion.

Mais qui sont donc ces patrons désignés par Olivier comme les adversaires ? Hélène est devenue récemment « artisan taxi, après 22 ans de salariat », car elle en « avait ras-le-bol des patrons » et elle en avait « mis quatre aux prud’hommes ». Mais elle s’est vue, du coup, comme une « patron ne ». « Patronne et de gauche, est-ce conciliable ? », se demande-t-elle. Qu’Hé lène se rassure : pour nous, les exploiteurs se trouvent plutôt au Medef et chez les grands actionnaires que chez les artisans...

L’action pour un service public du quatrième âge (voir vidéo sur le site) a, elle aussi, marqué. La mère de Philippe, Adrienne, a « 94 ans, dont 51 de travail ». Il la retrouve « chaque semaine [...] à la maison de retraite, [...] souvent avec de vieilles photos pour tenter de lui arracher une bribe de sa mémoire et de lui rendre une bribe de sa fierté ». Adrienne est « une rescapée de la canicule de l’été 2003 ». De la canicule ? « Non, car dans un pays aussi riche que la France, pas plus qu’on ne meure de froid, on ne meure de chaud [...]. C’est de l’absence d’équipements et de personnel pour y faire face, qu’on meurt. » « Elle ne saura jamais » que Philippe a dû « supporter de la voir étendue, inconsciente, nue comme un ver, à 90 ans, pour la sauver avec un pauvre vaporisateur d’eau dans une main et un misérable ventilateur dans l’autre ». Et combien nous signalent qu’ils n’ont pas les moyens de confier leurs anciens à des structures efficaces et compétentes, trop peu nombreuses et hyperchères ?

Globalement, la défense du service public a du succès. Sabine, postière, dénonce : « La suppression d’une quinzaine de tournées lors de la dernière réorganisation. Certains usagers sont sans courrier pendant une semaine entière, à cause du manque de moyens mis en place pour cette réorganisation. À côté de cela, La Poste loue un hangar dans une zone industrielle à quinze kilomètres de là, où elle emploie une quinzaine d’intérimaires venus de différentes agences d’intérim pour essa yer d’écouler le trafic [...]. Et je préfère arrêter là, ou je vais y passer la journée » rajoute-t-elle. Laetitia est « assistante sociale dans le 92 ». À son boulot, on la « dit “communiste”, alors qu’elle n’a aucune culture sur le sujet ». Simplement : « Je me sens à gauche et même très à gauche. La LCR ? Je ne sais pas... Monsieur Besancenot [...], j’aime votre discours. »

Colette, « 66 ans, à la retraite », a « toujours voté à gauche ». Désormais, elle s’apprête à voter pour la LCR parce qu’elle est « très déçue par le PS ». Ce sentiment ne conduit pas toujours nécessairement à une indifférence sur l’issue au second tour. « Je n’ai que 16 ans, mais vous m’avez fait aimer la politique », nous dit Che362, ajoutant que cela « l’emmerderait vraiment d’être gouverné par un vendeur de Karcher, qui prône la société américaine ». La recherche de l’utilité transparaît fréquemment. Marine s’interroge : « Comment faire entrer dans la tête des socialistes qu’il faut qu’ils aillent au-delà des propositions faites par Ségolène Royal ? » En tout cas, Laure en est convaincue : « Plus on votera pour vous, et plus vous serez écoutés. » Chiche !

Finalement, la lecture de ces morceaux choisis d’humanité, cela donne envie de rassurer Patrick, qui ne « supporterait pas d’être privé d’Olivier à cause de ces foutues 500 signatures ». Allez, on va aller chercher les dernières, avec les dents !

* Paru dans Rouge n° 2196 du 8 mars 2007.