Dopage : capitalisme sportif

Lance Armstrong a été destitué de ses sept Tours de France. La décision devrait avoir l’effet d’un cataclysme. Mais non !

Certes, tout le monde se doutait, de révélations en confessions de repentis, qu’évidemment un homme atteint d’un cancer des testicules – déjà considéré comme symptomatique de pratiques dopantes –, ne pouvait revenir à un tel niveau sans une « assistance chimique » (pour parler comme la Stasi de l’ex RDA).

Il aura fallu des années d’enquêtes, des scandales à la chaîne, et surtout l’intervention massive, pas franchement désirée, de la police et de la justice (à l’instar de ce qui s’était produit en 1998 à Tarascon-sur-Ariège) pour qu’un rapport accablant de l’Agence antidopage américaine contraigne l’UCI (dont on connaît le peu d’enthousiasme en la matière, illustrée à merveille par son conflit permanent avec l’Agence française de lutte contre le dopage) à se résoudre à faire de l’ancienne idole de Nicolas Sarkozy le dernier bouc émissaire en date du cyclisme.

Pour nous annoncer au final, que désormais, l’environnement du vélo avait changé, une fois de plus. La présentation du nouveau parcours de la grande boucle 2013 fut donc dans la foulée de nouveau l’occasion de parler d’une épreuve qui retrouverait l’amour du public pour la énième fois…

 Question de productivité

Comment expliquer cette situation ? Tout simplement parce que le dopage ne constitue en rien une anomalie ou une tricherie qui viendrait pourrir un univers sain imprégné de l’idéal de Coubertin et sa nostalgie antique. Sans oublier le présupposé indiscutable de l’apport bénéfique du sport pour la santé, alors que dans la réalité les joueurs de football américain affichent par exemple une espérance de vie inférieure de 20 ans à la moyenne !

« Laissez moi tranquille, tout le monde se dope », clamait déjà en son temps Jacques Anquetil. Et pour une bonne raison structurelle, le sport professionnel demeure d’abord, certes avec de fortes particularités, une branche du capitalisme culturel. Ses « patrons » attendent de leurs salariés une « productivité » de plus en plus accentuée. Or, pour les « forçats de la route » (qu’importe leur discipline), leur outil reste d’abord leur corps. Pourquoi donc se priver des moyens d’augmenter ses capacités en usant de tous les moyens nécessaires, que ce soit pour « exploser » sur un 100 mètres ou se remettre d’une blessure afin de rester désirable sur le Mercato.

 Derrière les mythes

Naturellement il faut vendre ensuite la marchandise. Et le fond de commerce se situe d’abord sur le plan idéologique. Le fair-play, l’exemplarité, le respect des règles entre « gentlemen », le principe de l’égalité des chances… Autant de « mythes mobilisateurs » qui enflent la valeur économique de la médaille, aux yeux de ceux qui la sponsorisent, de ceux qui retransmettent le match ou qui organisent la compétition. On comprend mieux pourquoi le mouvement sportif, les fédérations internationales et le CIO, furent finalement plus que réticents à livrer cette bataille.

Au passage la volonté de certains États, dont la France, d’instaurer une très répressive législation sur ce chapitre amena à un contrôle de la vie des sportifs, via par exemple la géolocalisation permanente, ce qui pose gravement la question du respect de leurs droits individuels.

Bref, on tape sur des sportifs, certes consentants et souvent très fortunés, sans jamais s’en prendre à ceux qui perpétuent un système qui conduit inévitablement à la pérennisation du dopage généralisé. Cela ne vous rappelle rien ?

King Martov


P.-S.

* Publié dans : Hebdo Tout est à nous ! 168 (01/11/12).

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