Grèce : danse avec les ombres – « Dora, tu es encore étudiante, tu n’affrontes pas encore le monstre, sauf en politique et tu as raison d’agir… Moi j’ai faim et j’ai froid… »

  Sommaire  

Le mémorandum est l’âge de l’ombre permanent. On n’en sort plus depuis, sauf par hasard ou par la force, la nôtre. Dans cette éclipse persistante mais pas encore totale, l’ubac de nos espoirs (et de nos esprits), ne cesse d’embrouiller nos rares pistes où nous nous bâtons. Hier soir, nous avons appris que deux députés de la Gauche radicale (Syriza) ont été agressés, le premier Angelos Meikopoulos, par les MAT (CRS) à la fin d’un match de football à Volos (en Thessalie), et le deuxième Dimitri Satroulis, plus sérieusement, par trois individus se réclamant de l’Aube dorée.

C’était à Athènes, à la mi-temps du match entre l’équipe d’AEK et celle d’Atromitos. Selon le témoignage de la victime, le député a été tabassé, ses agresseurs l’ont jeté au sol, ils ont hurlé son nom en menaçant : « nous allons te tuer maintenant ». Dimitri Stratoulis fut alors sauvé par des supporteurs qui ont entendu ses cris. L’Aube dorée dément être à l’origine de cette agression, (comme en d’autres circonstances), et de toute manière il y a à craindre que cet acte « inaugure » (presque) un nouveau cercle d’agressions et de menaces sur les députés de gauche et de l’anti-mémorandum, car leurs confrères mémorandistes (Pasok et Nouvelle Démocratie), ont déjà été par le passé récent victimes d’agressions.

L’autre nouvelle du… versant de l’envers de nos vies, fut annoncée ce midi à la radio, nouvelles nouvelles mesures, « toujours plus dramatiques, les salaires et les retraite vont encore fondre, on précise l’instauration de deux nouvelles taxes sur l’immobilier et les transactions…. » (Real-FM 17/12). Sauf que le « gouvernement », et plus précisément le ministre de l’Economie (et employé des banques) Stournaras, vient de subir (17/12) un camouflet quant à son intervention publique, exigeant le non-respect de la récente décision de la justice, jugeant illégale la perception de l’ancienne nouvelle taxe immobilière, par la Régie d’électricité. Rappelons les faits : La nouvelle taxe immobilière, instaurée il y un an, mobilise déjà à elle seule, des résistances à tout niveau et d’abord sémantiques. Ce n’est pas par hasard que cette taxe a été désignée par tout le monde presse comprise (sauf par les gouvernants), par le terme « Haraç » [en grec Χαράτσι], à l’origine, impôt de capitation payé par les non-musulmans, peu à peu devient synonyme d’impôt en général et dans la Grèce contemporaine désigne tout impôt jugé excessif (Cahiers Balkaniques, revue de l’Institut national des langues et civilisations orientales - INALCO).

D’abord il y a le nombre considérable de citoyens qui refusent de régler cette taxe, ou qu’ils ne le peuvent pas tout simplement. Les sources officielles évoquent 450.000 cas en décembre 2012, en précisant que « les procédures sont en cours, car Électricité de Grèce [DEI] a déjà transmis les listes aux perceptions des Impôts » (Déclaration du responsable des services informatiques au ministère de l’Economie Haris Théoharis, sur la radio NET-FM, 5/12/2012). Ensuite, c’est par une décision du tribunal de première instance d’Athènes que la perception de la taxe foncière via les factures d’électricité de la DEI a jugé illégale (quotidien Ta Nea - 17/12/2012). Le tribunal oblige la DEI de ne plus couper le courant électrique à ceux qui ne règlent pas la taxe en question et de ne percevoir des usagers que la somme qui concerne la seule consommation d’électricité. Le ministre de l’Economie, Yannis Stournaras avait aussitôt exigé (6/12/2012) de l’Electricité de Grèce «  que la perception de la taxe, ainsi que toutes [les] autres mesures contraignantes qui en découlent se poursuivent pour l’intérêt général ». L’union des Procureurs du pays réagissant à cette injonction politique, a noté dans un communiqué « qu’il est inamissible qu’en membre du gouvernement exige ou ordonne à des administrations ou organismes la non-conformité vis-à-vis de certaines décisions de la justice. Ces actions du ministre sont par ailleurs en dysharmonie avec la Constitution, ce qui n’est pas non plus conforme au bon fonctionnement d’un Etat de droit ».

Stournaras et le para-gouvernement de la Baronnie ont saisi la Cour suprême du pays d’un recours concernant la cassation de la décision du tribunal de première instance d’Athènes. En attendant, la décision finale (peut-être demain), la plus haute juridiction juge ce soir (17/12) que le ministère a eu tort de demander le gel du jugement en première instance. C’est éventuellement provisoire, mais c’est déjà un peu de lumière. Nos situations se détériorent de jour en jour mais nous voulons garder comme on dit le moral tout en survivant, ce n’est pas toujours facile. Samedi soir par exemple, nous nous sommes retrouvés au centre ville pour une manifestation culturelle et de résistance où il était question de la tradition du théâtre d’ombres en Grèce et ailleurs, organisée par notre mouvement anti-mémorandum « Unité 2012 ». Des poètes connus, nos âmes résistantes des années 1960 contre la dictature des Colonels, se sont remémorés notre passé en quelque sorte, en jonction avec le temps présent pour nous autres. Nous nous disions que se retrouver, chanter et vivre aidera à inventer et à tenir. Vangelis Vavanatsos, spécialiste du théâtre d’ombres a évoqué l’histoire, la magie et l’ingéniosité de cette culture mourante chez nous et déjà morte ailleurs.

Effectivement, les communiants de nos figures d’ombres pouvaient inventer des nuances et des sons qui échapperont définitivement à nos univers numériques. C’est ainsi que l’anéantissement culturel à l’échelle du monde, que cette dictature du bruit et du séquencialisme agressif, se solde comme… prévu par la victoire des algorithmes, si chers aux sous-traitants du financier absolu, comme Stournaras par exemple. Vangelis Vavanatsos a aussi évoqué son ami cinéaste documentariste Giorgos Kolozis, pour qui « l’essentiel consiste à réveiller notre véritable mémoire et retrouver ainsi l’essentiel de la vie, car il faut assommer ce qui est plastique pour enfin se retourner vers l’authentique ». Vangelis Vavanatsos et Giorgos Kolozis avaient collaboré dans un documentaire unique, sur les héros du théâtre d’ombres, l’esprit de résistance et les derniers bistrots de la Grèce des montagnes. Le cinéaste ne connaîtra pas l’ombre troïkan du mémorandum. Emporté par un arrêt cardiaque en septembre 2009, il nous a laissé sa lumière et un documentaire inachevé sur Donoussa , la petite Cyclade. Giorgos Kolozis n’est plus mais son œuvre demeure. De même que certaines photos d’époque des spectateurs du théâtre d’ombre, enfants et adultes des années 1950-1960.

Nous avons terminé notre soirée en musique, sans oublier la chanson de Manos Loizos « Ce jour ne tardera pas… » dont les paroles ont été écrites par de notre ami, le poète et écrivain Fondas Ladis. Vangelis Vavanatsos a simplement remarqué que le public a moins participé que par le passé, signe des temps nouveaux et de nos mutations en cours. Quant à moi, j’ai remarqué que même « entre nous », certaines incompréhensions persistent. Dora, étudiante en philosophie et militante de gauche, ne comprenait guère l’attitude de Yannis, journaliste et spécialiste en relations publiques, au chômage depuis deux ans. Du haut de ses trente-cinq ans, Yannis considère que malgré tout « ce jour risque de tarder… Je ne veux plus rester ici et vivoter. J’ai entamé des recherches pour travailler ailleurs, oui ailleurs et loin de l’Union Européenne. Mon père avait travaillé comme ingénieur civil dans les pays du Golfe, j’avais alors vécu auprès de lui. J’ai même une certaine connaissance de la langue arabe… » Dora insiste : « Partir c’est admettre la défaite, la nôtre, par les figures de l’ombre. Il faut rester et se battre Yannis…. », mais Yannis semble avoir pris sa décision : « Laisse tomber Dora, tu es encore étudiante, tu n’affrontes pas encore le monstre, sauf en politique et tu as raison d’agir… Moi j’ai faim et j’ai froid… ».

J’ai aussi remarqué l’arbre de Noël et les illuminations Place de la Constitution. Les fêtards du samedi soir rentrèrent déjà chez eux, paradant à bord de berlines haut de gamme et autres sportives de luxe. Le lendemain, dimanche matin, nos pêcheurs-nageurs étaient bel et bien au rendez-vous sur la plage des simplicités, tout comme nos incontournables adespotes rodant autour des poubelles. Ce qui relève sans doute du même jeu entre nos ombres et nos lumières.

Panagiotis Grigoriou

Lundi 17 décembre 2012

* http://greekcrisisnow.blogspot.fr/2012/12/danse-avec-les-ombres.html#more


 Langue de bois

Notre entrée dans l’hiver ne fait plus aucun doute. La moitié du pays grelote, une nouvelle fumée recouvre nos villes, les journaux du jour (6 Jours - 13/12) s’alarment même du petit smog d’Athènes. Voilà comment les athéniens redécouvrent enfin Hestia dans son sens premier, à savoir le foyer domestique, plus prosaïquement, la cheminée ou le poêle, dressé au centre du salon. Les marchands du temple en… bois s’enrichissent évidemment, au même titre que ces trafiquants officiels qui achètent au peuple, abaissé ses derniers bijoux de famille, incontestablement, voilà les deux plus… grands métiers… émergés depuis la crise.

On découvre d’ailleurs des comptoirs de ce type désormais proposer leurs services, à l’intérieur des centres commerciaux appartenant aux supermarchés (ex) Carrefour-Marinopoulos, car l’entreprise globale française a comme on sait revendu son bébé... et l’eau avec à Marinopoulos, et elle a quitté la Grèce comme bien d’autres sociétés de notre vaste monde… dévasté et évolutif. Certainement, avant ces nouveaux antivols apparus… aux rayons fromage, toujours chez Carrefour-Marinopoulos depuis peu. Vendre ses bijoux en supermarché doit être pratique pour les… concitoyens encore mariés en tout cas, ils peuvent par exemple laisser leurs alliances en or et regagner leur domicile ramenant deux caddys pleins de courses, dont la dinde de Noel. Un must en matière « de résilience face à une dégradation très rapide de la situation économique », comme l’aurait peut-être écrit Jacques Sapir, en complément de son excellente analyse de notre tragédie. Les fêtes ont en tout cas enfin perdu leur caractère commercial, c’est…gagné, on y est presque : décroissance, famille, phobie.

Sauf que la tragédie demeure entière et authentique. Il y cinq jours, trois enfants, trois frères ont péri dans l’incendie qui a ravagé la maison familiale de leurs grands parents au nord de la Grèce , à l’origine du sinistre le chauffage en bois, récemment installé. On devrait s’y attendre, revenir à la civilisation du bois, après quarante ans d’âge de fioul ne se fera pas sans « victimes collatérales ». Finalement on n’a que les transitions que l’on mérite, comme pour « nos » élus. Mercredi matin (12/12), sur radio Real-Fm un ministre du gouvernement parodique, se déclara « compréhensif des malheurs des Grecs », mais « il faut faire un effort tous ensemble… ». C’est là qu’on change vite de station radio car les écouter, devient immédiatement écœurant. Je remarque aussi ce dernier temps que certains sujets de notre Baronnie se refusent désormais tout contact avec l’univers de l’information. Isolement qui n’a rien de splendide, « qu’ils nous laissent pourrir sur place ou enfin mourir en paix », telle est l’explication que l’on entend assez souvent. D’autres, passent à l’acte, comme ce couple qui s’est donné la mort à Vari, au sud-est d’Athènes mardi (11/12), pour « ne plus peser lourd dans la vie » de leurs enfants. Ce même jour, un homme s’est jeté sous les rames du métro dans la station de Tavros, « il a trouvé la mort par un acte de désespoir » note la presse. Effectivement.

Certes sinon, la nouvelle de la semaine devait être celle de la défection (en cours) d’un nombre significatif chez les députés du parti des Grecs Indépendants, une formation anti-mémorandum de droite, abritant certains anciens cadres et députés du parti de Samaras en rupture avec sa ligne mémorandiste. Le parti de Panos Kammenos (Grecs Indépendants), se déchire jusqu’à l’implosion et déjà, autour d’une question cruciale : soutenir ou pas un futur gouvernement Syriza. Sans doute, cette déchirure (provoquée ?) accélérera la recomposition de notre paysage (prétendument) politique. En cas de disparition de ce parti (7,51% aux législatives de juin 2012 et vingt députés), les sondages du moment, indiquent que ses électeurs se repartiront entre l’Aube dorée, Syriza et la Nouvelle démocratie (reportage Real-FM, 12/12). Déjà selon le même reportage, Giorgos Voulgarakis est en contact « à chaud » avec certains élus des Grecs Indépendants, c’est... politiquement concret ! Rappelons que cet ancien ministre (Nouvelle démocratie) de la Marine marchande, de l’Égée et de la Politique insulaire avait démissionné en 2008 après avoir été mis en cause par l’opposition et par la presse dans le montage d’une Société civile immobilière où il aurait transféré les biens immobiliers de sa famille afin de bénéficier d’un meilleur régime fiscal, affaire liée au scandale du monastère Vatopédi au Mont Athos.

De son côté, la camarilla de la Troïka de l’intérieur (Nouvelle démocratie, Pasok et Dimar), est sur le point de conclure un accord, pour l’instant secret (selon le reportage de notre hebdomadaire satyrique To Pontiki – 13/12), notamment pour ce qui est de la modification de la loi électorale. L’actuel « bonus » de 50 sièges accordé au premier parti, bénéficiera désormais aussi aux coalitions entre les partis ce que l’actuelle loi électorale interdit. Ainsi, comme le fait remarquer notre « Souris » (To Pontiki), « si le premier parti obtient [hors bonus] 110 sièges, le second 70 et le quatrième 31, alors ces deux derniers parti si ils forment une coalition pourront se voir accorder le bonus et gouverner. Comment alors le peuple va-t-il voter, sachant que son choix sera de toute évidence altéré derrière la scène visible du [théâtre] politique. Pour que cette nouvelle loi en préparation puisse être applicable au prochain scrutin législatif, il faut qu’elle soit adoptée par 200 députés sur 300, alors que la coalition tripartite actuelle totalise seulement 166 élus. Il y a donc peut-être un rapport entre la rupture au sein du parti de Panos Kammenos, et l’adoption de la nouvelle loi électorale, murmurent certains élus issus des rangs des Grecs indépendants ». Chez Syriza, on vient d’annoncer (13/12) que son groupe parlementaire déposera un « projet de loi électorale, simple et juste, la proportionnelle intégrale », selon son député Dimitris Stratoulis (sur Real-FM).

Certains journalistes d’aujourd’hui et qui ne sont pas de la dernière pluie, « découvrent » ces derniers jours ce que j’ai évoqué depuis un moment déjà sur ce blog, à savoir, la mise en place d’un nouveau parti (ou conglomérat politique du mémorandum) dit Européen, regroupant les anciens de l’extrême droite populiste du défunt parti Laos, la Nouvelle démocratie, le Pasok du socialisme réellement bancocrate et le parti de la pseudonymie la plus récente, celui de la Gauche démocratique. En somme, le modèle déjà adopté partout en Europe occidentale mais en version originale, sans les fioritures du « débat » et des « clivages » internes à des systèmes politiques dévitalisés par la méta-démocratie de l’U.E. et de ses lobbys (en association avec le FMI). Y compris dans la corruption des mots et leur métonymie, comme l’avait déjà signalé Thucydide en son temps en mettant en garde ses contemporains. On finira par comprendre qu’il n’y a guère d’autre choix qu’entre deux voies possibles : l’Union européenne ou la sortie du cercle des peuples disparus. C’est probablement pour cette raison que désormais seulement 10% de Grecs font encore confiance à l’U.E., selon le récent sondage (MRB), dont les résultats ont été présentés au journal télévisé sur Mega-Tv (12/12). On y apprend également que les sentiments qui prédominent en ce moment sont : le désespoir (65,1 %), la colère (64,1 %), la peur (48,1 %) et la honte (38,4 %), c’est... prometteur, surtout pour renverser les marmites du système politique. Déjà ce midi (13/12), comme hier et avant-hier, des manifestants « entravent » la circulation au centre d’Athènes selon certains médias « autorisés ».

L’autre nouvelle de la semaine aurait pu être celle du projet de loi sur la fiscalité… emmené en promenade à Bruxelles par le ministre Stournaras pour approbation, ou encore l’inachevé de l’opération du « rachat de la dette » par Athènes. « L’offre de rachat de la dette grecque déçoit – note la presse économique française. Au final, les porteurs ont apporté à l’offre 31,8 milliards d’euros de dettes en valeur nominale, ce qui est au-dessus des 30 milliards d’euros visés par Athènes. Mais cet apparent succès ne doit pas cacher l’échec de la somme récoltée. Le prix moyen de rachat s’élève en effet à 33,5% du nominal ». Nouvelles vides, coquilles énormes dans la grammaire du temps présent, sans trop d’intérêt pour nous. La dette, son « rachat », les algorithmes des banques ou l’euro, c’est n’est plus de l’utopie depuis que notre économie réelle n’est plus. Nous nous désintéressons de tout cela, et une fois n’est pas coutume, non pas par apathie politique, mais par une nouvelle attitude, une stasis, justement politique qui progressivement passe outre du fait insignifiant devenu totalitaire, comme il arrive parfois dans l’histoire. Reste que notre système politique, y compris au sein du camp anti-mémorandum n’a pas l’air de saisir complètement ce (relativement discret en apparence) revirement des représentations en Grèce. De toute manière, même de l’ancien temps, le pseudo-politique et l’insignifiant gouvernèrent, sauf que les salaires et les retraites des électeurs étaient suffisamment versés. On pouvait alors se vanter de posséder le dernier i-piège sorti avant les fêtes (et après l’avoir acheté à crédit) et de « connaître » en même temps, le meilleur accomplissement démocratique des temps méta-modernes.

Pour nous, la transition méta-économique relève du concret, ce qui peut nous préoccuper parfois davantage que la transition méta-démocratique. Mon ami B. … plus au chômage que moi, souffre du froid comme jamais auparavant : « Je ne le supporte plus, on ne fait fonctionner qu’un seul radiateur à l’appartement, en plus de la cheminée. D’ailleurs nous ne pouvons plus acheter de bois en ce moment… Dans moins d’une semaine nous nous retrouverons à sec. Drôle d’hiver… » Je me suis rendu aussitôt chez le marchant du coin pour remplir la voiture, lui apportant de quoi réchauffer une partie de ce troisième hiver sous l’occupation, nouvelle formule. Je dois préciser ici que sans les donations des lecteurs de ce blog, je n’aurai pas pu accomplir cet acte solidaire et pour tout dire politique. Je pense que cette solidarité nous autorise sans doute encore une certaine vie sociale élémentaire et pour tout dire digne. Jusqu’à quand ? Les amis, les parents se mobilisent dans la mesure de leurs possibilités, ce qui ne veut pas dire que la montée de l’indifférence soit négligeable. Prenons-en garde. Déjà, plus de vingt mille nouveaux sans-abri, ont été recensés depuis 18 mois en Grèce, essentiellement dans l’agglomération d’Athènes (journal radiophonique, Real-FM – 13/12).

J’ai pris un café avec mon ami dans un bistrot. Nous avons choisi l’établissement le mieux chauffé du quartier car il n’arrivait plus à se remettre du froid, même habillé comme un oignon. Cela se nomme un changement de paradigme économique, donc culturel ce qui modifiera tôt ou tard radicalement le comportement politique de la population. Ce dernier, peut aussi s’en débarrasser des convenances… à force de souffrir. Mon ami risque par exemple de se voir couper le courant chez lui car il n’a pas pu honorer la deuxième tranche de la nouvelle taxe sur l’immobilier instaurée il y a un an. Sur décision récente de la justice, la perception de cette taxe par la Régie d’électricité est jugée illégale, au même titre que l’interruption du service pour cette même raison. N’empêche, le ministre des Finances Stournaras vient d’exiger de l’Electricité de Grèce « que la perception de la taxe, ainsi que toutes [les] autres mesures contraignantes qui en découlent se poursuivent pour l’intérêt général ». Visiblement, la Grèce est un État de droit… de guerre, d’occupation, et surtout d’urgence. « Assainir » ou « reformer » l’économie, ou encore « la rendre compétitive » relève du même euphémisme que le « baptême du feu » de jadis. Entrer dans la nouvelle vie économique par le baptême, en réalité la mort.

« On aura tout vu – fit remarquer mon ami, à peine réchauffé assis comme il était près du radiateur du bistrot – sauf encore les gendarmes genre Eurocorps, pour mater notre probable prochaine révolte. Mais là, je crois que cela ne passera plus, nos militaires sont encore bien armés et surtout tout autant en colère que nous. Je n’irais pas assassiner les politiciens du mémoradisme, je ne crois pas à la violence gratuite et isolée, mais je crois toujours à la violence disons collective, spontanée ou pas, désormais peu importe. Nous savons que 80% de la population approuvera la mise à mort de ces a-politiques, ce n’est plus un mystère pour personne. Même ceux qui votent encore en leur faveur, ne disent pas autre chose. Car le fascisme n’est plus seulement une idéologie dans l’air du temps comme on pense en observant les nazillons de l’Aube dorée, le fascisme c’est une pratique encrée dans l’économie réelle, dans la mise à mort du travail, celle de la petite propriété privée, ou encore celle de la petite et moyenne entreprise…. Dans cet ordre d’idées, Stournaras ignore même la décision de la justice…. En ce moment je multiplie les contacts pour retrouver du travail dans ma branche [le journalisme]. Avant mon licenciement je gagnais 2.700 euros en brut pour cinq jours de travail par semaine. Lors d’un rendez-vous récemment, on m’a proposé (au cas où cela serait envisageable), de toucher 60% de mon ancien salaire en brut, mais pour un travail de sept jours par semaine au départ et ensuite de six jours, je me demande alors comment est-ce possible. Évidemment, chaque futur embauché devra signer un contrat personnalisé avec le patron, car de toute façon la convention collective est abolie de fait. Ailleurs on pratique déjà des salaires s’élevant à 45% des anciennes rémunérations. On a beau rester solidaires entre nous ou fréquenter les soupes populaires, mais sans renversement politique, violent ou pas, on ne verra pas de lumière. »

Nous avons transporté le bois chez lui après une promenade du côté de la plage pour se changer les idées. La lumière, le bois, sa langue et… les vaillants adeptes du bain hivernal, toute une époque.

Panagiotis Grigoriou

Jeudi 13 décembre 2012

* http://greekcrisisnow.blogspot.fr/2012/12/langue-de-bois.html#more


 Dramma Lirico

Nos journaux du dimanche (9/12) parmi les plus funestes, « s’alarment » du piège tendu à la classe moyenne par… la dix-neuvième reforme fiscale depuis deux ans (To Vima). D’autres, comme Proto Thema, s’en vantent même, annonçant la couleur de la cuvée 2012, ou plutôt du début 2013, du… Lagarde nouveau, c’est-à-dire de la liste Lagarde dite « propre », sans « retouches », que les autorités françaises seraient prêtes à remettre aux mains du « gouvernement » grec. L’ironie, qui n’en est pas une veut que le patron du journal, Themos Anastastasiadis, journaliste… des eaux troubles depuis vingt ans, vient d’être inculpé récemment pour blanchiment d’argent.

L’affaire qui porte sur un montant de 3,5 millions d’euros date pourtant de 2007, sauf qu’elle était « gelée » depuis que le journaliste a été interpellé à la frontière entre la Suisse et la France portant dans sa valise 5,5 millions d’euros en liquide. Anastasiadis s’en défend comme il peut… et il peut, notamment grâce à « sa » presse et faisant « bon usage » de son appartenance à la tribu des parvenus métanthropes au sein de la société segmentaire du crime organisé, érigée chez nous en système pseudo-politique. Mais néanmoins, notons-le, d’une « gouvernance » authentiquement réelle, avant qu’elle ne devienne ouvertement bancocrate depuis bientôt trois ans. Je note aussi que le journal Proto Thema du dimanche (9/12) totalise (durablement) les meilleures ventes (155.000 exemplaires), devançant (Ethnos 125.000 ex., To Vima 103.000 ex.), ces autres mille-feuilles de l’imbrication mafieuse entre les « intérêts », le système du vieux bipartisme (Pasok et Nouvelle démocratie) et l’Etat, c’est-à-dire… eux-mêmes ! Apparemment, le lectorat souverain d’une partie au moins du peuple, peine à percer le mystère de son propre histoire en gestation.

« Quelle chance d’être toujours poussés par le temps » (Nikos Karouzos, poète 1926-1990), sauf que cette chance également, il faut (pouvoir) la saisir. On devrait lire davantage nos poètes et ceux d’ailleurs, pour enfin nous convaincre du… drame lyrique que nous vivons en ce moment, une fois que l’entracte du monde capitaliste dans lequel nous nous croyons confortablement installés, a pris fin. Évidemment, c’est bien l’entracte (du consumérisme « heureux ») qui a pris fin en non pas le capitalisme alors devenu plus mutant que jamais. Nos médias, veulent nous faire croire en plus que c’est bientôt Noël, ce qui n’est plus vrai, celui des commerçants en tout cas. De même que celui de la télévision que plus grand monde n’arrive plus à prendre au sérieux dans ce pays. Selon un récent sondage (Quotidien de Rédacteurs - 10/12), 71% des interrogés considèrent que l’actualité ne correspond pas à sa version présentée sur les chaînes de la télévision. Mais c’est surtout un autre sondage qui « préoccupe les partis politiques » de la baronnie, selon le Quotidien des Rédacteurs ce lundi (10/12).

Sous le titre « Euroscepticisme généralisé », le quotidien souligne « ce revirement brusque de l’opinion (…) car le rêve européen devient obscur, ce qui devrait préoccuper le personnel politique grec ». Et pour renforcer la « pédagogie » du journal, l’éditorial des Rédacteurs (« Le déficit démocratique de l’U.E. » remâche (partiellement) les lieux communs du temps de l’entracte, en estimant que « (…) les réponses des partis politiques ne sont pas satisfaisantes (pour expliquer comment en est-on arrivé là. Ce n’est ni le néolibéralisme qui est fautif (sic), ni les forces politiques conservatrices, ni même, les deux ans et demi d’austérité qui ont pesé dramatiquement de tout leur poids sur le niveau de vie des peuples en Europe du Sud. Ce qui se passe, tient d’abord à la défaillance d’une stratégie commune, et la probabilité de combler ce manque s’éloigne au fur et à mesure que ce sont désormais les intérêts nationaux qui prévalent. Ensuite, il y a cette possibilité accordée par le système politique aux Etats, et qui leur permettent d’attaquer la société. Si l’ont tien compte du manque de considération grandissant vis-à-vis des organismes internationaux, on peut se montrer dubitatif quant aux perceptives de l’Union européenne. L’édifice européen manque de volonté politique, ainsi les peuples se font désormais berner par la propagande, au lieu d’être informés et ils ne sont même pas symboliquement associés aux décisions prises au sein des institutions de l’U.E. Il va falloir trouver un accord politique pour mettre fin à la politique menée contre les peuples, c’est le seul moyen d’éviter l’éclatement de l’Union européenne ».

Les Rédacteurs associés (à l’U.E. ?) considèrent sans doute que l’édifice de Bruxelles, cofondateur du Troïkanisme intégral, agirait alors en dehors de la praxis politique et semblent même regretter sa probable dislocation. On comprend également les limites du Syrizisme intégré car en effet, nous ne sommes guère loin. Peut-être à défaut d’être intégral ou tout simplement… intègre, si l’on considère l’aile gauche de Syriza à 25% des délégués élus, et les deux autres principales formations de la gauche Grecque, KKE et Antarsya qui prônent la sortie de l’U.E., tandis qu’Alexis Tsipras déclare souvent que « le changement en Europe [l’U.E.] commencera en Grèce ». Cette même fracture politique a provoqué l’immense colère (pas trop médiatisée et pour cause) des cadres appartenant au courant gauche de Syriza, lors de la conférence unitaire du nouveau grand parti de la Gauche radicale, il y a à peine une semaine : « Nous voyons clairement que certains veulent faire du nouveau Syriza un parti démocrate bis à l’américaine. D’ailleurs, les transfuges pasokiens prennent déjà trop de place au sein de certaines organisations locales [Syriza], des anciennes figures connues du Pasok ont même fait voter leurs troupes en masse, pour ainsi s’assurer de leur entrée à la conférence en qualité de délégués investis par la base. Comme l’ancien maire de Petroupolis [à l’ouest de l’agglomération d’Athènes], Stéphanos Vlachos, soutenu à la fois par le Pasok et par une composante de la Gauche radicale entre 2002 et 2010, qui a fait déplacer ses « vieux supporteurs », une centaine environ, jusqu’à la salle de réunion du nouveau Syriza en gestation. Ce n’est guère rassurant », (témoignage du militant M., rencontré le 4/12 à Athènes).

D’autres militants et cadres Syrizistes ne partagent pas cette inquiétude : « Nous devenons enfin un grand parti de la gauche qui gagne seul contre tous. Peu importe le reste, les débats en interne, toujours passionnants et déchirants depuis toujours chez nous... pour l’essentiel nous sommes dans la marche de l’histoire et nous devons agir rapidement. Nous composerons l’avenir au fur et à mesure que les grandes questions, l’U.E. comprise, seront tranchées par la réalité multiple des peuples, n’en faisons pas un préalable en ce moment. Le système a peur de nous, nous sommes prêts à gouverner en disant non au mémorandum », (témoignage du militant L., rencontré le 6/12 à Athènes).

Quelle chance décidément, que d’être toujours poussés par le temps, ce que les formations politiques semblent ignorer car elles sont dépassées par certaines représentations collectives, il était grand temps ! Ainsi, à la question : « Comment jugez-vous l’attitude de l’U.E. dans la gestion de la crise en Grèce ? », 36% des interrogés répondent : « Elle nous a très peu aidé », 42% : « Elle nous a pas du tout aidé », et seulement 3% des interrogés considèrent que la Grèce a été beaucoup aidée par l’U.E. dans le contexte de la crise. Les réponses des interrogés à la question suivante : « Pourquoi à votre avis l’U.E., le FMI et la BCI accordent-ils leurs emprunts à la Grèce ? » - sont plus claires : 85% des interrogés répondent : « Pour nous exploiter » et 11% : « Pour nous aider » (sondage de Metron Analysis pour le Quotidien des Rédacteurs, 10/12). Visiblement l’opinion change en ce moment, ses « canalisateurs » auront alors la tâche rude et pas qu’en Grèce. Un ami du blog m’écrivant depuis l’Italie, remarque ce matin (10/12) que « le mur de Berlin en ce moment, c’est une grande récession en prévision : même la Bundesbank a rectifié ses prévisions très à la baisse pour l’Allemagne Passer de 1,6% à 0,4% pour 2013, en moins de trois mois, cela signifie qu’en mars, la BUBA prévoira -1,2% pour l’Allemagne en 2013. Il semble important d’informer les citoyens que désormais la zone euro entière est plongée dans l’abîme et au bord du précipice : la France s’effondrera économiquement, l’Italie politiquement et l’Espagne bientôt les deux, et comble du comble vis à vis de l’Europe du Sud, Wolfgang Schaüble est candidat à la présidence de l’eurogroupe ! » Prévisions pessimistes ou pas, l’avenir répondra rapidement, il me semble.

Heureusement qu’une certaine douceur règne encore chez nous, en dépit de tout. Les rares baigneurs toute saison sont présents à l’appel des plages, tandis qu’en ville les promeneurs se font moins nombreux qu’avant, mais on ne dira pas qu’il n’y pas un chat sur les trottoirs d’Athènes. Notre Opéra national d’Athènes après avoir représenté avec succès « Manon Lescaut » en novembre, poursuit ses représentations avec le « Petit Chaperon rouge » de Seymour Barab et « La flûte enchantée » (de Wolfgang Amadeus Mozart), sauf que certaines représentations sont déjà annulées car les techniciens seront en grève, s’opposant aux réductions que leurs salaires subissent actuellement. On peut désormais dire que les athéniens se promènent désormais au ralenti (et à l’imprévu), tout comme ces tricycles transporteurs, appartenant à des chefs de familles nombreuses. J’ai remarqué aussi en rendant visite à un ami, habitant au centre d’Athènes, qu’une boutique proche, encore en activité la dernière fois est désormais fermée. Près de la Place de la Constitution un café a aussi cessé d’exister seulement la semaine dernière. Le propriétaire de la boutique voisine s’est empressé à faire connaître sa version des faits : « Le loyer ici c’est 6.000 par mois et ce n’est pas en vendant du café qu’on peut s’en sortir, à moins de vendre aussi… de la cocaïne. Le jeune homme qui tenait le café, croyait peut-être, que le seul capital initial, entièrement offert d’ailleurs par ses parents, allait suffire pour faire de lui un commerçant du centre. Même nous, vieux commerçants pourtant nous en bavons ici, c’est grave ce qui nous arrive… » Source : journal Avgi 18/11

Nos médias, ont voulu nous faire croire en plus que c’est bientôt Noël sauf que nos rues commerçantes transpirent la crise comme jamais. C’est ainsi que le magasin appartenant à la coopérative historique des marchands de textile près de la rue Éole vient d’être emporté par le vent de la crise. Plus qu’un magasin, c’était d’abord un lieu de sociabilité pour tous ces commerçants aguerris et actifs depuis les années 1960, tous originaires de la Grèce centrale. On se rencontrait pour boire un café ou un ouzo, d’ailleurs la salle dite bureau, c’est-à-dire la buvette était surdimensionnée, évidemment tout le monde trouvait son compte et les clients ne manquaient pas jusqu’en 2010. Cette buvette fut leur dernier îlot de la mémoire sans cesse revisitée de leur émigration interne depuis la Thessalie natale. Ils commentèrent les derniers ragots en provenance du village tout en concluant des affaires entre eux et dans la bonne entente. Ils étaient tous là, surtout en fin d’après midi, vieux et moins vieux, dont mon oncle V., commerçant depuis 1964. Poussé par le temps à sa manière, son fils C., mon cousin, s’est marié Samedi dernier. Nous nous sommes retrouvés à la taverne pour faire la fête, une occasion devenue rare, donc effectivement fort appréciée.

Il n’a pas été vraiment question de la crise entre invités. En tout cas pas directement. Des parents qui ne s’étaient pas vus depuis dix ou vingt ans ont naturellement préféré se remémorer l’ancien temps. J’ai juste remarqué que notre cousine pharmacienne avait l’air préoccupée car sa pharmacie va mal. Seul P., lointain cousin, ancien boursicoteur et ex-pasokien de service a agacé tout le monde avec ses nouveaux plans « de carrière » : « La bourse c’est mort, j’suis en train de me reconvertir en exportateur de produits agricoles. Trois fois quarante tonnes d’agrumes par mois à destination de la Pologne, à deux centimes le kilo, cela me fera gagner 2.400 euros… mais j’ai besoin d’appui politique, Y. vous savez, il est actuellement secrétaire d’Etat au (…), est un ami. Je vais le voir pour me faire aider dans mes affaires ». I., sa sœur, fonctionnaire s’est (moyennement) enrichie grâce à la spéculation immobilière et un… mariage à la hauteur : « Mon salaire a été amputé de moitié mais je m’en fiche, pour moi c’est de l’argent de poche. D’ailleurs j’ai souvent été en… long arrêt maladie. Pour Noël, mon mari et moi, nous n’irons pas à notre résidence secondaire à Mykonos. Nous avions pensé partir en Thaïlande, mais comme ce n’est pas la première fois, nous avons décidé d’aller à Sharm El Sheikh, les eaux chaudes de la Mer Rouge sont idéales pour la baignade qu’en pensez-vous ? »

On sait que le mémorandum ne touche pas tout le monde de la même manière et on comprend par la même occasion que la mise à mort de notre univers social et des nos institutions démocratiques ne préoccupent, ni P., ni sa sœur. Leur famille ne s’est jamais préoccupée d’ailleurs de ces « affaires ». C’est en cela que la métanthropie politique et culturelle du Pasokisme (et celle de la Nouvelle démocratie) en Grèce, ont préparé et cultivé le terrain de la fascisation. C’est peut-être aussi une des raisons pour laquelle, certains paupérisés (ou en… prépa de paupérisation) ne feront pas forcement la révolution dans ce pays, pour ainsi répondre partiellement à une question que certains amis du blog posent à juste titre. En tout cas, et en guise de réponse, notre cousine pharmacienne a changé de table ne pouvant plus supporter P. et sa sœur. N. son mari, vient tout juste de retrouver un travail (mal payé) après 18 mois de chômage. Ils ont déjà vendu la maison héritée des grands parents au village pour financer les études de leurs fils. Ils ne partent plus en vacances depuis 2011… et participent à pratiquement toutes les manifestations anti-mémorandum.

Les nouveaux mariés ont souhaité à tout le monde, le bonheur et… le travail. Athènes, sous la pluie torrentielle samedi soir, mariage heureux !

Panagiotis Grigoriou

Lundi 10 décembre 2012

* http://greekcrisisnow.blogspot.fr/2012/12/dramma-lirico.html#more


Pas de licence spécifique (droits par défaut)