Solidarité Philippines : les secours financés grâce à la campagne initiée par ESSF sont arrivés à Ormoc

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Troisième point d’information sur notre campagne de solidarité avec les victimes du super-typhon Haiyan/Yolanda aux Philippines.


La campagne financière

Nous avons opéré un nouveau transfert de 1.500 euros le vendredi 29 novembre 2013.

A ce jour, nous avons donc envoyé un total de 11.000 euros pour soutenir l’action menée par Mi-HANDs.

Pour des raisons d’efficacité, nous concentrons notre aide financière en faveur de la campagne initiée par nos partenaires à Mindanao – Tripod et RDRRAC – [1], maintenant menée par la nouvelle coalition Mi-HANDs [2].

Cependant, nous avons répondu (fort modestement) à deux autres appels :

300 euros ont été envoyés à un fonds destiné à la reconstruction de maisons de membres du syndicat des tricycles de Tacloban (île de Leyte).

200 euros ont été envoyés pour aider l’installation de familles réfugiées à Manille après le passage du typhon.

Les dons nous sont pour l’heure parvenus :

D’Europe : Allemagne, Belgique, Espagne, France, Grande-Bretagne, Italie, Pays-Bas, Pays basque, Suisse

D’Asie-Pacifique : Australie, Hongkong

Des Amériques : Canada, Etats-Unis, Québec

Des réseaux internationaux

Si vous notez un oubli, veuillez nous en informer. En fin de campagne, nous ferons un bilan chiffré de la provenance des dons.

 D’Iligan (Mindanao) à Ormoc (Leyte)

Nos partenaires philippins ont dû, dans un premier temps, décider où l’action de solidarité serait menée aux Visayas ; définir les besoins ; informer et mobiliser à Mindanao ; collecter des fonds ; acheter les fournitures et résoudre bon nombre de problèmes logistiques.

Décision a aussi été prise d’augmenter le nombre de foyers pris en charge par Mi-HANDs : de 850, il est passé à 1050 [3]. En effet, à Ormoc (Leyte), le choix s’était initialement porté vers une seule communauté, musulmane, mais il s’est avéré que leurs voisins chrétiens (comme le sont la grande majorité des habitants du centre et du nord de l’archipel) étaient tout autant dans le besoin. Le risque était grand de susciter un sentiment d’injustice, porteur de tensions. L’un des objectifs de Mi-HANDs étant au contraire de favoriser les solidarités intercommunautaires [4], il était important de faire un effort supplémentaire pour intégrer 200 familles de plus au programme d’aide.

Près de 1200 lots d’aide – un par foyer – ont donc été empaquetés à Iligan (Mindanao) comprenant de la nourriture, nécessaire de toilette, produits d’entretien, jouets pour enfants, etc., avant d’être chargés sur deux camions. Les équipes de volontaires se rendant à Leyte, dans les Visayas, ont aussi emporté leur propre nourriture, du matériel médical, des équipements radio et Internet, des générateurs (il n’y a plus d’électricité dans les zones dévastées)…

Pour préparer le tout et charger les camions, les associations parties prenantes de Mi-HANDs ont envoyés en renfort à Iligan des militant.e.s venus de diverses provinces : Pagadian, Lanao del Norte, Cotabato, Maguindanao… Une équipe de cuisine spécialement constituée pour l’occasion a été particulièrement appréciée des volontaires ! C’est tout un réseau d’organisations qui s’est mobilisé.

Une fois le convoi partit, il aura fallu 32 heures par ferry et routes pour que ces secours atteignent la ville d’Ormoc le 29 novembre, à 2h28 du matin très exactement.

 La situation dans les villages secourus à Ormoc

Cela faisait 21 jours que le typhon Haiyan/Yolanda a frappé et Mi-HANDs hésitait à parler encore de « secours d’urgence ». Mais pour bon nombre de bénéficiaires, il s’agit néanmoins de cela, car cette aide en biens et services est la première qui leur parvient de l’extérieur depuis ce terrible 8 novembre.

Une institution indonésienne a offert 250.000 pesos pour réparer une mosquée dans une communauté musulmane du village (barangay [5]) Tambaliling de l’agglomération d’Ormoc. Un conseiller local (barangay kagawad) a distribué trois kilos de riz, deux boites de sardines, et c’est tout. Un habitant explique que les autorités [6] leur ont expliqué que les secours d’urgence étaient encore en train d’être reconditionnés dans des établissements gouvernementaux.

En ce lieu, 80% des habitations ont été soufflées par le super-typhon. Aucune des familles sinistrées n’a encore pu rebâtir sa maison, faute d’avoir le matériel de construction et les outils de charpentier nécessaires. Chacune a dû se débrouiller pour fabriquer des refuges de fortune avec les débris qui traînent partout. De plus, leurs moyens d’existence (arbres fruitiers…) ont aussi été détruits.

Il a va de même à Sitio Baugo (barangay Curva), toujours dans l’agglomération d’Ormoc et le deuxième endroit où Mi-HANDs a commencé les distributions. Cette fois encore, les habitants ont expliqué que c’était la première aide extérieure qui leur parvenait. L’absence des grandes organisations humanitaires s’explique-t-elle parce qu’il s’agit d’un village un peu reculé dans la colline, difficile d’accès ? Le camion acheminant les secours n’a pas pu passer : il a fallu louer des motos pour y porter le matériel pendant que les équipes de volontaires grimpaient à pied.

La distribution des secours a été fortement ralentie par une pluie diluvienne. De ce fait, seulement 31 foyers au barangay Tambaliling et 98 à Sitio Baugo ont reçu leurs lots familiaux de biens de première nécessité. Les sessions d’aide psychosociale (envers les enfants en particulier) ont dû être annulées et l’aide médicale est restée limitée. En conséquence, les équipes de Mi-HANDs vont devoir revenir compléter le travail, alors qu’elles doivent aussi se rendre en d’autres lieux.

Dans la foulée, une nouvelle étape se prépare : la reconstitution d’un cadre de vie familiale (reconstruction des maisons) et collectif à même de redonner aux habitant.e.s espoir et raisons de vivre après le traumatisme provoqué par la violence du typhon.

 Principes de base de l’aide humanitaire

Le site Internet de Mi-HANDs est maintenant opérationnel [7] et publie quotidiennement des nouvelles en provenance de Leyte (la plupart des informations ci-dessus en proviennent). Les tout premiers textes mis en ligne comprennent aussi l’appel initial [8], ainsi qu’un retour sur les principes de base et les règles opérationnelles de l’intervention humanitaire [9].

Ce retour est important. Le combat contre les catastrophes climatiques se mène à de multiples niveaux. Un niveau très classiquement politique car, d’une part, l’ordre dominant est souvent à l’origine des désastres humanitaires [10] et, d’autre part, il pèse toujours en matière de prévention et de secours [11]. Par exemple, dans le cas qui nous concerne ici, d’un côté la violence des typhons s’aggrave avec l’élévation de la température des océans tropicaux et l’on « trouve donc aujourd’hui dans chaque cyclone l’ADN de l’industrie des énergies fossiles et du capitalisme », pour paraphraser un récent article d’Alexandre Costa [12] et, de l’autre, les victimes d’Haiyan/Yolanda paient d’un prix insupportablement fort l’incurie des élites et du régime philippins.

C’est bien pour ces raisons que nous prônons une solidarité de « peuple à peuple », de mouvements sociaux à mouvements sociaux, indépendante des pouvoirs établis. En fonction de nos moyens (limités) et des besoins, nous nous portons en priorité au secours de secteurs populaires ou de communautés parmi les plus démunies – les laissés pour compte – et souvent là où l’aide des grandes organisations ne va pas. Il y a là aussi un choix politique fondamental.

Cependant, une fois que nous nous engageons dans l’aide aux populations sinistrées, nous entrons sur un terrain d’intervention qui a des règles humanitaires que nous devons être les premiers à respecter. Prenons trois exemples.

La non-discrimination. Là où nos partenaires interviennent, les secours sont apportés sans discrimination à tous les foyers, en fonction des besoins. Pas question de demander pour qui ils ont voté ou voteront, de faire un tri, d’offrir des secours sous conditions – pas plus qu’un médecin avant de soigner un malade ou un blessé. Ce sont les possédants (et quelques autres) qui rompent avec cette règle d’or en utilisant l’aide pour renforcer leur « clientèle » politique et leur emprise sociale.

La protection des victimes. Les populations sinistrées ont vécu une expérience profondément traumatisante et se trouvent en situation de grande faiblesse matérielle et psychologique. Il faut les aider à reprendre pied et ne pas leur demander de revivre sans cesse l’apocalypse du 8 novembre – fusse pour une bonne cause, il ne faut pas « harceler » les victimes pour les faire « témoigner », mais leur laisser le temps de redevenir actrices de leur destin, de faire leurs propres choix.

L’écoute. Il ne faut aussi jamais oublier qu’avec les meilleures intentions du monde, on peut commettre des impaires. Ce qui s’est passé à Ormoc en offre une illustration intéressante. Comme on l’a déjà souligné, les associations membres de Mi-HANDs s’attachent à renforcer les solidarités populaires intercommunautaires dans une île où les conflits sociaux prennent souvent la forme de violences interreligieuses. Vu de Mindanao, leur programme d’aide dans les Visayas répondait à cette préoccupation en incluant une communauté musulmane dans une région essentiellement chrétienne ; mais vu d’Ormoc, il n’en allait en fait pas de même, les secours n’étant originellement destinés qu’à un village peuplé de musulmans. Il s’est avéré préférable d’inclure un village voisin peuplé de chrétiens, pour qu’ils puissent vivre une expérience commune de solidarité. L’ajustement permanent des programmes d’aide réclame une grande capacité d’écoute.

Ces principes de base de l’action humanitaire rassemblent des mouvements très divers et de spécialisation variée. Ils leur permettent d’agir ensemble, ou du moins de façon convergente, et de renforcer l’efficacité des secours. Ils ne sont, ceci dit, pas étrangers à notre propre démarche politique, car ils expriment le respect des victimes – un respect sans lequel la notion même d’autoémancipation perdrait tout sens.

Ce principe de respect s’articule, dans les documents de Mi-HANDS, à deux autres fondements de leur démarche :

Une politique des droits. Bien souvent, les victimes se vivent « sans droits », en attente de charité : accepter une aide implique alors porter le poids d’une dette de reconnaissance – utang na loob en tagalog –, un rapport social très prégnant aux Philippines qui nourrit en politique le clientélisme, le patronage. Pour les associations membres de Mi-HANDs au contraire, recevoir des secours est un droit et n’implique aucun abandon du libre arbitre. Ainsi, après le passage en 2011 du typhon Sendong à Mindanao, RDRRAC avait publié un document à l’intention des populations sinistrées affirmant : « en temps de catastrophe, vous ne perdez jamais vos droits » [13].

Acteurs de leur propre protection. Individus et populations sinistrées sont reconnus comme des acteurs de leur propre protection, qui doivent être à même de défendre leurs droits tout au long du processus qui va des secours d’urgence à la reconstruction. Il y a là une ligne de clivage fondamentale avec les politiques d’aides contrôlées par les élites (qui n’ont aucun désir de voir naître d’en bas une capacité de mobilisation indépendante), ainsi qu’avec l’action d’ONG qui se substituent au mouvement social, donnent la priorité à leur propre construction pour s’imposer comme intermédiaires obligés sur le « marché de l’humanitaire ».

Une expérience considérable a été accumulée aux Philippines en ce qui concerne l’intervention en temps de désastres humanitaires (nous n’avons fait que l’effleurer ici). Une campagne de solidarité peut être – dois être ! – l’occasion d’apprendre en un domaine trop longtemps délaissé par le mouvement social européen.

L’urgence reste cependant de poursuivre l’aide financière.

Le second transfert de fonds opéré par ESSF (2.000 euros) est arrivé à Iligan juste à temps pour que les équipes partant pour Ormoc puissent emporter suffisamment de liquidités avec elles. Le troisième (3.500 euros) a – comme le premier (4.000 euros) – permit l’achat de fournitures et équipements, ainsi cette fois que la location des camions. Le quatrième (1.500 euros) est en route… en attendant le cinquième.

Pierre Rousset


 Pour envoyer des dons

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En France, ces dons donnent droit à des déductions d’impôt. Il nous faut votre adresse pour vous envoyer un reçu fiscal (adresse en général indiquée sur les chèques).

Nous vous tiendrons régulièrement informés via notre site de la situation et de l’utilisation du fonds de solidarité.