Les violences contre les femmes : quatre témoignages de Syrie

, par Al-AMEER Noura, Alaa, Eman, Kenda

Présentation

A l’occasion de « La journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes » organisée sous les auspices de l’ONU, devait avoir lieu à Genève une conférence sur la violence contre la femme en Syrie. Elle devait être donnée dans le cadre des bâtiments de l’ONU le 25 novembre à 10 heures du matin. Les intervenants prévus étaient Noura AL-AMEER, vice-présidente de la Coalition nationale syrienne et responsable du dossier des droits humains ; Tarek KURDI, juriste syrien en droit international et trois anciennes détenues : Alaa, Kinda et Eman.

La conférence devait expliciter et dénoncer les diverses violences infligées à la femme syrienne par le régime dictatorial d’Assad ainsi que celles mises en œuvre par les forces de l’Etat islamique (Daech). Seule Noura Al-Ameer a pu se rendre à Genève. Alaa a été retenue à l’aéroport d’Istanbul et les trois autres intervenants n’ont pas pu obtenir de visa pour venir à Genève.

La conférence prévue à l’ONU a donc dû être annulée. FemmeS pour la Démocratie (FSD) a maintenu la conférence publique organisée le même soir, avec la présence de Noura Al-Ameer. Conférence soutenue par Amnesty International ­­Groupe Uni Genève, Mouvement pour le Socialisme (MPS), site alencontre.org, solidaritéS Genève.

Nous publions ci-dessous, en collaboration avec l’association FSD, quatre interventions faites ce 25 novembre à la Maison des Associations à Genève. Les textes ont été édités par le FSD. Les deux derniers témoignages ont été communiqués par médias électroniques, puisque les visas de ces femmes témoins leur avaient été refusés par les autorités suisses.

Rédaction de A l’Encontre


 Témoignage de Noura Al-Ameer

« Nour rêvait de briser le présent amer et de construire dans son pays un avenir meilleur pour le bébé qu’elle portait en elle. Nour s’est fait arrêter à un barrage de sécurité à Damas. Personne ne sait si son bébé a vu le jour ou bien s’il a été tué. Un an et demi après sa disparition forcée, on a demandé à sa mère de se rendre à la police pour récupérer la carte d’identité de sa fille, tuée en détention par les services secrets. Personne n’a jamais su le sort de son fœtus.

Salma avait elle aussi un rêve, celui de se révolter contre la répression, la criminalité et la dictature. Etudiante à l’université d’Alep, elle écrivait les slogans contre le régime Assad et elle photographiait les soldats qui occupaient le campus de l’université en ignorant toutes les lois internationales. Elle a été enlevée du campus universitaire et ensuite torturée et violée dans les centres de détention des services secrets du régime. Lorsqu’elle a été libérée, elle portait en elle l’enfant du viol subi. Les services secrets continuaient à la persécuter. Elle n’a trouvé ni aide médicale, ni psychologique, ni un lieu qui lui offre un peu de sécurité. Pour mettre fin à sa souffrance, elle s’est jetée du haut de l’immeuble où elle habitait et son âme blessée a quitté ce monde. Un monde où l’humanité, la morale, la paix et la justice ne semblent pas exister.

Beaucoup d’autres femmes ont eu le même courage et les mêmes rêves que Nour et Salma, mais aussi la même punition et la même souffrance. Bachar Al-Assad mène sa guerre contre sa population en passant sur le corps des civils et surtout sur celui des femmes.

Avec le début de la révolution syrienne, des voix se sont élevées dans les rues pour demander le départ du dictateur. Aux côtés des hommes, les femmes étaient présentes et contribuaient à l’élargissement des protestations. Avec l’évolution de la situation et l’augmentation de la violence et de la répression, il fallait être actif sur plusieurs plans pour garantir la continuité de la révolution. Les femmes étaient toujours là, à chaque pas, aux côtés des hommes dans cette révolution.

Comme toutes les dictatures qui se montrent « ingénieuses » pour trouver toujours de nouvelles méthodes afin de réprimer les populations, le régime Assad a décidé de réprimer sa population en se servant de la femme comme moyen de dissuasion et comme punition collective. On a vu, dès ce moment, les services secrets et les milices pro-Assad perpétrer leurs crimes contre des femmes syriennes. Le premier cas d’enlèvement, de torture et de viol – qui a été documenté – a eu lieu le 13 mai 2011, moins de deux mois après le début de la révolution.

Ceci n’était pas nouveau pour ce régime qui ignore toute loi de protection des femmes contre les abus et la violence sexuelle. Il a même laissé les mains libres aux responsables de l’Etat et aux chefs des services secrets pour faire usage de chantage à caractère sexuel sur les femmes, cela au nom de la défense du pouvoir et en toute impunité. Ce genre de chantage n’est pas très différent de la vente des femmes par l’Etat Islamique (Daech). Les Syriens ont des milliers de raisons pour se révolter contre la Dictature d’Assad et les femmes syriennes en ont deux fois plus. Ce qui redouble leur volonté et leur force pour continuer la révolution malgré tous les dangers.

Il est important de mentionner ici que, des années avant la révolution, les femmes syriennes ont exigé la modification de certains articles de la constitution relatifs aux droits de la femme. Car la constitution ne prévoyait pas de punition dissuasive pour les crimes dits d’honneur. Aucune loi ne protège la femme ni de la violence verbale, ni du viol, ni d’autres exactions à caractère sexuel. Sans parler de l’impunité des membres des services secrets qui sont au-dessus des lois quels que soient les crimes commis ; ceci les a d’ailleurs encouragés, depuis le régime du père Hafez Assad, à ne pas se priver d’en commettre. Je souhaite aussi souligner ici que la femme syrienne n’a toujours pas le droit de donner sa nationalité à ses enfants.

La persécution des femmes depuis le début de la révolution syrienne prend différentes formes :

• Arrestation, torture, violence verbale, abus sexuel et viol barbare.

• Enlèvement, effectué le plus souvent par les milices pro-Assad, accompagné de viol barbare dans la majorité des cas.

• Viol collectif et massacres lors de l’entrée de l’armée du régime dans les zones de protestation qui échappent au contrôle d’Armée syrienne libre. Les atrocités dans ces cas dépassent toute description verbale : viol collectif, viol des femmes devant leurs familles ou alors sur les places publiques devant les hommes de la région qui sont menottés et amenés de force pour assister au viol des femmes.

• Utilisation des femmes pour faire pression sur les révolutionnaires hommes. Plusieurs stratégies ont été appliquées à ce propos :

1° les retenir pour exercer une forte pression sur les révolutionnaires de leurs familles, les forçant ainsi à se rendre aux services de sécurité ;

2° les arrêter et ensuite les violer devant les membres de leur famille qui sont en détention afin de faire pression sur ces détenus pendant les interrogatoires ;

3° certains cas ont aussi été documentés où la femme a été violée devant un détenu sans aucun lien de parenté ou bien d’amitié entre les deux.

4° Faire du chantage sexuel contre des femmes aux barrages de sécurité qui assiègent certaines régions de la Syrie depuis 2012. Ces régions sont privées de tout arrivage de nourriture, de médicaments et de lait pour les enfants. Plusieurs cas ont été enregistrés, spécialement dans al-Ghouta de l’Est [région de Damas], où des femmes ont été obligées à se soumettre au chantage sexuel pour obtenir une boîte de lait ou une galette de pain pour leurs enfants.

5° Torture des femmes enceintes jusqu’à la perte de leurs fœtus.

Les rapports du Secrétaire général de l’ONU (Ban Ki-moon) et ceux de l’envoyé spécial Kofi Annan [« médiateur des Nations Unies et de la Ligue arabe dans la crise syrienne » de février 2012 jusqu’au 31 août 2012] ont dénoncé et condamné ces crimes du régime Assad et de ses milices. Plusieurs organisations indépendantes de défense des droits humains ont également documenté et condamné ces crimes.

Cette violence contre la femme constitue un facteur important motivant la fuite de la population de la Syrie afin de trouver refuge dans les pays voisins. Ce qui a eu comme conséquence l’augmentation du niveau de danger pour les femmes en général et particulièrement pour les activistes parmi elles.

Les territoires libérés du contrôle d’Assad ont été pénétrés par Daech et al-Qaïda qui ont également persécuté les femmes militantes. Plusieurs parmi elles ont été enlevées et on ignore toujours leur sort. Daech a aussi lapidé certaines femmes jusqu’à la mort. Le réseau syrien des droits de l’homme a documenté cinq cas de lapidation. Beaucoup de femmes dans ces régions ont arrêté de sortir de chez elles par peur des exactions de Daech. Une brigade de femmes a également été formée par Daech pour surveiller les femmes et les persécuter. Plusieurs cas de violence corporelle contre les femmes à cause de leur tenue vestimentaire ont été constatés. Daech oblige les femmes dans ces régions à respecter une tenue vestimentaire obligatoire. Beaucoup de femmes ont préféré fuir la Syrie pour échapper à Daech. Ainsi Assad tout comme Daech ont été à l’origine des vagues de déplacements de la population syrienne qui a dû ainsi quitter son territoire et son pays.

Les femmes qui ont quitté la Syrie pour échapper à ces violences se retrouvent à nouveau dans la spirale de la violence dans les pays d’accueil. Des jeunes filles de moins de 18 ans ont ainsi été obligées de se marier pour pouvoir survivre. Les mariages des Syriennes dans les pays d’accueil ne peuvent pas être inscrits dans les registres de ces pays, ceci à cause de l’absence de tout document légal syrien certifiant leur état civil. Ceci fait partie d’une nouvelle catastrophe humanitaire avec la privation pour les réfugiés syriens de légaliser leurs mariages, divorces, décès, et naissance de leurs enfants.

Beaucoup de femmes ont subi le chantage à la prostitution contre la survie, d’autres sont poussées à vendre leurs organes. Sans oublier que l’absence de lois qui réglementent les droits de ces réfugié·e·s syriens dans les pays voisins [Jordanie, Liban, Irak, Turquie…,] conduit à l’exploitation et à l’injustice.

Finalement, je souhaite vous inviter à unir nos voix pour faire entendre la voix de la femme syrienne qui fait face à toutes sortes de persécutions et d’injustices pour revendiquer ses droits. Ensemble, nous devons exiger la fin de la cause principale de leur souffrance : le régime Assad. Nous devons aussi initier une réflexion pour trouver les moyens adéquats qui pourraient diminuer les conséquences de ces crimes afin que ces femmes puissent soigner leurs blessures, se reconstruire et avoir un rôle actif dans le futur.

Leur revendication essentielle aujourd’hui est d’obtenir que la justice soit appliquée contre tous ceux qui ont commis des crimes en Syrie. Je vous invite à vous joindre à nous pour exiger la punition de ces criminels pour que justice soit faite. Une justice qui est primordiale pour aboutir à la paix dans le futur.


 Témoignage d’Alaa

Alaa, ancienne détenue, de Homs, 22 ans : « Depuis le début de la révolution j’ai été active dans l’aide humanitaire, ça a été une raison suffisante pour me faire arrêter par le régime Assad. Dès l’instant où les membres des services de renseignement m’ont arrêtée, ils ont commencé à me frapper. Ils m’ont arrêtée sur le pont du président à Damas et ils m’ont ensuite amenée à la branche de la sécurité militaire 215.

Après plusieurs séances de coups et de torture, l’un d’eux m’a fait entrer dans une petite chambre et un homme y est entré après moi. J’ai su plus tard qu’il s’agissait du directeur du centre de détention. Il m’a demandé d’enlever mes vêtements sous prétexte de me fouiller. Lorsque j’ai refusé, il m’a frappée et il a appelé cinq de ses hommes pour m’enlever mes vêtements par la force. Les coups et la fouille ne sont pas les seules exactions que subissent les femmes dans les centres de détention.

le-pneuJ’y ai vu beaucoup d’autres manières de porter atteinte aux droits humains et perpétrer des crimes à l’encontre de la femme. Dans ces centres de détention, ils torturent les femmes sauvagement, en utilisant l’électricité, les coups sur toutes les parties du corps avec un câble électrifié, la roue (où le corps de la femme est plié en deux et maintenu dans cette position par un pneu), et la suspension du corps par les poignets sans que la plante des pieds ne touche le sol. Le pire est de voir une femme âgée qui se fait torturer à côté de soi, sans égard ni pour son âge ni pour son corps déjà épuisé.

Dans ces centres de détention, la torture a plusieurs facettes. En plus des coups, des humiliations et insultes verbales, les repas sont aussi utilisés pour nous torturer. Par exemple, ils nous donnaient les repas dans des sacs pleins de saletés et de poils. Nous étions aussi empêchées de nous laver, sauf en acceptant que les gardiens nous lavent le corps. Nous étions empêchées de changer nos vêtements (lorsque nous avions de quoi nous changer), sauf s’ils étaient là pour nous regarder et nous prendre en photo. Alors plus personne ne voulait changer ses vêtements même lorsqu’ils étaient pleins de sang et de poux. La période des menstruations était la période la plus dure et la plus difficile. Pendant cette période les femmes supplient les gardiens et se font humilier pour obtenir des serviettes hygiéniques, mais les gardes refusent de répondre à ces demandes. Lorsque les saignements deviennent très forts, le gardien amène un pull en coton ou en laine qu’il a pris de la cellule des hommes, un pull plein de poux et de sang pour contenir les saignements…

Je n’ai pas parlé ici en détail des cas de viol parce que tout ce qui précède est pour moi déjà une sorte de viol. Moi j’en ai fini avec la détention, je suis actuellement libre, mais là-bas en Syrie il y a des milliers de détenues femmes qui vivent en ce moment même ce que j’ai décrit, et leur avenir reste inconnu. »


 Temoignage d’Eman

Eman, ancienne détenue, de Homs, 30 ans. « Je me suis impliquée dans la révolution syrienne depuis son début [mars 2011], dans l’action civile et dans les manifestations pacifiques qui ont eu lieu dans le quartier d’al-Khaldia à Homs.?J’ai travaillé dans le domaine des soins médicaux et j’ai participé aux efforts d’aide à la population. J’ai participé à la distribution d’habits, de nourriture et d’argent aux déplacés, aux familles pauvres et aux familles de détenu·e·s et de martyrs.

J’ai été arrêtée une première fois le 24 juin 2012 pour une période de trois mois par les Chabbiha (miliciens mafieux, connus actuellement comme « armée de défense nationale »), qui sont en fait des groupes de mercenaires dont le rôle est de réprimer les manifestations civiles pacifiques. On nous a emmenées vers des destinations et des maisons dédiées spécifiquement à l’emprisonnement des femmes. On ne nous a pas emprisonnées dans les prisons du régime ou dans les centres de détention des services secrets.

Les buts de notre détention étaient, comme les gardiens nous l’ont dit, de nous échanger contre une rançon, de nous échanger contre d’autres kidnappé·e·s, ou de nous violer. Pendant notre détention, nous avons été torturées physiquement et psychologiquement d’une manière inimaginable, que je n’avais jamais pensé pouvoir exister. Les gardiens utilisaient l’électricité, le harcèlement sexuel, ils nous brûlaient le corps avec des cigarettes et de l’eau bouillante. On nous frappait aussi avec des câbles électriques et des tuyaux. Ils ont coupé nos cheveux, ils nous ont violées collectivement et de manière répétée. Ils ont aussi tenté plusieurs fois de nous noyer dans l’eau. Par deux fois j’ai eu de forts saignements vaginaux. J’étais très effrayée par les voix et les cris des autres détenues qui étaient continuellement et violemment torturées.

Ils ont tué notre humanité, nous avons perdu la volonté de vivre, nous appelions la mort chaque jour. J’ai vu des femmes brutalement déshabillées et violées. Les gardiens les violaient devant nous et les battaient violemment, pour certaines jusqu’à la mort. On laissait alors leur corps dans la même cellule pendant un jour, avec pour conséquence que beaucoup d’entre nous ont tenté de se suicider.

Les gardiens étaient de vrais monstres assoiffés de sang, de revanche et de volonté de tuer. Ils nous donnaient juste assez de nourriture pour ne pas mourir dans la journée.?Des maladies sont apparues parmi les détenues à cause des infections et des blessures laissées sans soins, les poux et la saleté s’ajoutant à l’eau et aux aliments contaminés que nous consommions ont dégradé notre santé et provoqué de nombreuses entérites.?Lorsqu’on m’a relâchée on m’a mise dans un conteneur d’ordures.?J’ai été arrêtée pour la seconde fois le 3 février 2013 par des brigades armées sectaires non-syriennes, et détenue pendant 10 jours, au cours desquels on m’a volé toutes mes affaires, et l’on m’a battue et fouettée avec des câbles métalliques. »


 Témoignage de Kenda

Kenda, ancienne détenue, de Damas, 28 ans. Kenda est une activiste de la société civile et du mouvement de la paix. Elle a été arrêtée durant 2 mois suite à l’événement « les mariées de la liberté ». Elle a été libérée dans le cadre de l’échange avec des détenus iraniens intervenus le 9 janvier 2013 [48 des prétendus pèlerins iraniens, caractérisés par l’opposition comme des Gardiens de la révolution, ont été échangés contre 2’135 personnes prisonnières dans les geôles d’Assad]

« C’est parce que nous chantions la paix que nous avons été conduites dans les cellules de l’obscurité. Notre crime : nous avons mis des robes blanches de jeunes mariées et nous avons eu l’audace de porter, dans le souk de Damas, des banderoles demandant l’arrêt des violences, de la tuerie, et des interventions militaires. Notre mariage s’est terminé dans un centre de détention, dans une pièce simple de 2×3 mètres où l’on a regroupé 24 femmes de différentes régions de Syrie. Chacune de ces femmes a une histoire qui témoigne de sa patience et résume l’inhumanité de ce régime répressif et rancunier .

Je vous raconte mon expérience dans le centre de détention. Dans ce lieu, la dignité, l’humanité et toutes les valeurs morales de l’être humain sont violées .

Je n’oublierai jamais les cris de Nawal de Homs, torturée pour qu’elle avoue un crime qu’elle n’a pas perpétré de ses mains. Je n’oublierai jamais les cris de Oum Ali et de Oum Ismail et de beaucoup d’autres femmes torturées.

J’ai passé dans ce centre de détention les jours les plus difficiles que j’ai pu vivre.

Dans ce lieu, ta patience et ta force sont mises à l’épreuve. J’aurai beaucoup à dire sur le comportement des geôliers et des interrogateurs, mais je vais vous le résumer : le traitement était très mauvais et sans aucune limite. L’unique mode de communication était la violence et la torture. J’ai vu de mes propres yeux beaucoup de femmes se faire torturer de différentes manières, telles que le câble électrique, le tuyau, la roue et bien d’autres méthodes, puisqu’ils en imaginaient continuellement de nouvelles ; sans parler de leur langage fait d’insultes et de blasphèmes, utilisant les phrases les plus grossières.

Dans le centre de détention, tu oublies les fondements de ton humanité. Ce dont nous avons le plus souffert c’est d’entendre les voix des autres torturés, de voir le sang et des lambeaux de peau sur les murs, de sentir l’odeur du sang, de voir les restes des bâtons cassés (nommés par les geôliers “Al-Akhader BRAHIMI” parce que c’est un bâton en plastique de couleur verte et Akhdar signifie vert en arabe).

Souvent nous nous effondrions en pleurs, en entendant les cris de douleur derrière la porte de notre cellule. La pire des tortures c’est d’entendre les voix des autres torturés.

Nous avons passés des jours que je n’oublierai jamais. Nous avons souffert des poux sur la tête et sur le corps, qui se nichaient dans les habits, et nous avons souffert de différentes maladies telles que la grippe, la bronchite, l’empoisonnement, les infections urinaires , etc..

Nous étions affamées, nous attendions la nourriture avec impatience, jusqu’à recevoir un morceau de patate dur comme un caillou.

Nous avions besoin de serviettes hygiéniques pendant les menstruations, et les gardes ne nous les donnaient pas. Nous souffrions encore plus quand nous avions besoin de médicaments à cause des maladies contractées et ils nous privaient de médicaments comme punition supplémentaire.

Deux mois plus tard, nous avons appris que nous allions sortir à cause d’une amnistie ordonnée par Bachar al-Assad. Une fois sorties, nous avons été étonnées d’apprendre que nous avions été libérées suite à un échange.

Je crois que ce régime a montré au monde entier tous ses crimes et ses oppressions.

Nous les femmes Syriennes, nous méritons la paix et la liberté, et nous aspirons à ce que notre parole libre atteigne tout humain qui apprécie cette parole et sa signification.

Rendez justice à la femme syrienne qui subit les violences de ce régime, cette femme est le symbole de la patience et de la paix. »


P.-S.

* Textes ont été traduits et édités par FemmeS pour la Démocratie.

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