ll y a des signes inquiétants montrant que le plan longuement concocté pour abattre le gouvernement palestinien dirigé par le Hamas — et démocratiquement élu — est sur le point d’entrer dans sa phase la plus dangereuse : un coup d’état appuyé par des milices locales et encouragé par des pouvoirs étrangers. Ceci risque de déclencher de graves violences entre Palestiniens.
Avec l’Irak illustrant de façon dramatique comment une occupation étrangère peut stimuler un bain de sang, tout doit être fait pour dénoncer et contrecarrer cette dangereuse conspiration.
Tawfiq Tirawi, tête des services de renseignements palestiniens et en même temps chef de milice, a déclaré le 8 octobre lors d’une interview avec le Sunday Times : « Nous sommes au début d’une guerre civile, il n’y a pas de doute. Ils [le Hamas] accumulent des armes et une guerre civile à grande échelle peut se déclencher à tout moment. » Le même article cite certaines sources palestiniennes disant que le dirigeant de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, « avait fait savoir aux Etats-Unis, la Jordanie et l’Egypte qu’il était en train de préparer une opération contre le Hamas ». Tout en affirmant que le Hamas « est en train de se préparer à une guerre contre nous », Tirawi « prévoit que la violence commencera à Gaza puis s’étendra en Cisjordanie ».
Les dirigeants du Hamas dont le Premier Ministre Ismail Haniyeh, ont réitéré les assurances selon lesquelles ils ne permettraient jamais une guerre civile, même après que des milices affiliées au Fatah aient publié un communiqué menaçant de façon explicite de les assassiner.
Rappelons qu’en janvier dernier lors des élections au Conseil Législatif Palestinien, le Hamas, Mouvement de la Résistance Islamique, avait clairement battu le Fatah, mouvement nationaliste et laïque fondé par Yasser Arafat et qui avait dominé le mouvement Palestinien institutionnel depuis les années 1960. Le Fatah, aujourd’hui dirigé par le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, avait surtout été rejeté pour cause de corruption et de mauvaise gestion de l’Autorité Palestinienne fondée dans le cadre des accords d’Oslo en 1994.
Formulés une semaine après que plus d’une douzaine de Palestiniens aient été tués lors de combats entre supporters du Fatah et du Hamas, les récents commentaires de Tirawi peuvent être interprétés comme une préparation du terrain pour une confrontation préméditée et à grande échelle. Une « source sécuritaire » haut placée du Fatah, probablement Tirawi également, avait déjà déclaré au même journaliste du Sunday Times en mai dernier que « la guerre civile est inévitable » et que « le temps jouait contre le Hamas ». Il lançait un avertissement : « Nous choisirons le bon moment et le bon endroit pour l’épreuve de force militaire. Et après cela il n’y aura plus de milices du Hamas ».
Nous approchons-nous de ce moment ?
Abbas est encouragé par ses sponsors à l’étranger pour agir contre le Hamas. Les avertissements de Tirawi se situent dans la foulée de la visite de la secrétaire d’état américaine Condolezza Rice dans la région, visite qui a été l’occasion d’afficher chaudement et publiquement son soutien à Abbas. Le 5 octobre, l’agence Reuters rapportait que les milices inféodées à Abbas recevaient des armes et un entraînement de la part des Etats-Unis.
« Etendre, dans le cadre du plan américain, de 70% les capacités de la garde présidentielle », la milice personnelle d’Abbas, « est devenu un élement central de la politique américaine depuis que le Hamas a battu le Fatah d’Abbas aux élections et ait formé son gouvernement ». Si l’on exclut sa profonde immoralité, cet encouragement apparent à recourir aux armes losrque les bulletins de vote ne produisent pas les résultats escomptés, est en contradiction directe avec les principes démocratiques élémentaires.
Ceci est déjà en soi inquiétant, mais cela à l’apparence également d’une répétition de la stratégie suivie par les puissances occidentales au Liban qui pensaient apparemment qu’Israël, agissant comme relais local, pouvait être utilisé pour donner un coup mortel au Hizbullah. Les résultats politiques et humains de cette aventure, à savoir la destruction systématique du Liban par les israéliens l’été dernier, parlent d’eux-mêmes. A présent Abbas et ses milices veulent remplir le rôle de relais local pour le compte des Etats-Unis, et le Hamas devrait être traité comme le Hizbullah.
Le seul résultat d’une telle confrontation serait une nouvelle orgie de violence sanglante. Et de façon certaine le support au Hamas s’en trouvera renforcé, bien que dans le peuple Palestinien il n’y aurait que des perdants.
Il y a une bonne raison de croire que le moment est arrivé où cette conspiration va céder le pas à l’utilisation sans dissimulation de la force armée, alors que la campagne pour abattre le Hamas n’a cesser d’enfler.
Quelques semaines après les élections de janvier, le New York Times rapportait que des responsables américains et israéliens s’étaient réunis « à un haut niveau » pour mettre au point un plan pour abattre le Hamas en « affamant » l’Autorité Palestinienne. Cela a démarré avec la cessation de l’aide américaine et européenne, publiquement pour obliger le Hamas « à reconnaître Israël » et à « abandonner la violence ». (Il faut noter qu’au moment des élections le Hamas avait déjà respecté une suspension unilatérale d’un an de toute attaque contre Israël, et ses dirigeants ont toujours indiqué leur disposition à négocier « un arrangement à long terme ».)
Israël n’a cessé d’aggraver son escalade sur le plan militaire, tuant et blessant des milliers de civils et détruisant des infrastructures civiles dont la seule et unique centrale électrique [de la Bande de Gaza]. Beaucoup de Palestiniens éprouvent maintenant des difficultés à nourrir leur famille. Israël a kidnappé huit ministres du Hamas et un quart des députés élus au Conseil Législatif, tandis que les dirigeants du Fatah faisaient continuellement de l’agitation contre le Hamas, y compris par l’organisation de grèves et de manifestations par leurs supporters parmi les fonctionnaires de l’Autorité Palestinienne privés de salaires à la suite du blocus international ; blocus plutôt bien considéré par les chefs de Fatah quand il ne l’ont pas encouragé.
Les efforts pour surmonter l’impasse politique en formant « un gouvernement national d’unité » ont aussi échoué parce que le Fatah, le perdant sur le plan électoral, soutenu en cela par des puissances étrangères, a exigé que le Hamas, le gagnant des élections, abandonne sa politique et ses principes tout en endossant la politique et les principes du parti perdant. Mais rien de tout cela n’a marché.
D’après un sondage réalisé en septembre par le Palestinian Center for Survey Research et malgré les punitions collectives, les Palestiniens sous occupation sont moins disposés que jamais à se soumettre à la tyrannie israélienne : 67% d’entre eux « ne croient pas que le Hamas doive reconnaître Israël pour se conformer aux exigences des donateurs internationaux », alors que « 63% soutiendraient une reconnaissance par les Palestiniens de l’état israélien pour les juifs après qu’un accord de paix ait été négocié et qu’un état Palestinien ait vu le jour ».
Alors que les incidents et les provocations par les supporters des deux factions ne cessent d’augmenter, Abbas est train d’étudier d’autres moyens de coercition pour préparer son coup d’état : démettre le cabinet formé par le Hamas, former une administration « d’urgence » et dissoudre le Conseil Législatif dominé par le Hamas pour préparer de nouvelles élections qui pourraient être repoussées indéfiniment ou au moins jusqu’à ce que les choses puissent être préparées pour une victoire du Fatah.
Le danger auquel les Palestiniens font face est grave. Soyons clairs : ce n’est pas une menace de guerre civile. Parmi les millions de Palestiniens ordinaires, et bien qu’ils vivent sous la brutale occupation israélienne ou avec un statut de citoyens de seconde classe dans les frontières de « l’état juif », où qu’ils aient été forcés à l’exil, il n’y a pas de divergences suffisamment profondes qui puissent faire qu’un frère se batte contre un autre frère ou une famille contre une autre famille dans une guerre civile.
Tout au contraire les Palestiniens sont unis dans leur perception de ce qui les oppresse - le colonialisme armé israélien, soutenu et fiancé par les puissances occidentales. Le danger est celui d’un coup d’état armé au nom de ces puissances par une petite minorité et qui pourrait entraîner encore plus de Palestiniens dans des combats fratricides sont les conséquences seraient terribles.
Le plus mauvais calcul du Hamas était peut-être de sous-estimer la détermination avec laquelle le résultat d’élections démocratiques serait miné et contesté si le chemin suivi n’était pas celui des intérêts d’Israël et d’autres pouvoirs sur la planète. La réalité est que l’Autorité Palestinienne n’est pas et n’a jamais été un gouvernement pour les Palestiniens. L’Autorité palestinienne bénéficie du soutien occidental à la seule condition de se conformer directement et exclusivement à aux intérêts occidentaux et à ceux des israéliens. Pour écarter ce piège mortel mis sous leurs pas et sous ceux du peuple de Palestine, le Hamas va devoir soit se vendre à l’étranger soit se démettre.
Le Hamas a fait ce qui devait être fait en abandonnant ses campagnes d’attaques-suicides contre les civils israéliens, respectant volontairement une trêve et adoptant des voies politiques. Il devrait à présent abandonner ses efforts pour maintenir à flots cette épave sans pouvoir et discréditée issue des accords d’Oslo. Au lieu de cela, il devrait exploiter sa forte popularité, sa réputation d’organisation et sa légitimité à présent plus grande, pour lancer une véritable campagne de résistance civile, se mobilisant avec d’autres secteurs de la société civile palestinienne et mondiale contre chacun des aspects du racisme et du colonialisme israéliens. C’est la seule chose qu’il n’ait pas encore essayée, et c’est le meilleur espoir de sortir de ce sombre tunnel.
Europe Solidaire Sans Frontières


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