Chose vue – Débat présidentiel : et la légion d’indécis est allée se coucher…

, par JOHANNES Franck

Le débat télévisé entre les cinq principaux candidats à l’élection présidentielle lundi 20 mars a réussi la performance d’être à la fois long et superficiel.

C’est ce qu’on appelle un débat d’une bonne tenue, c’est-à-dire que François Fillon avait enfilé son costume le plus moche pour ne pas humilier ses concurrents. Marine Le Pen, veste sombre dont on ne voit que les revers scintillants ; Jean-Luc Mélenchon, costume noir désir façon poète maudit, rehaussé d’une épatante cravate framboise ; les autres ont décliné cinquante nuances de bleu – avantage Macron, qui a les yeux assortis à la cravate –, mais le débat du lundi 20 mars n’a pas nécessairement convaincu la légion d’indécis qui fera l’élection, et qui risque bien d’être restée elle aussi dans le bleu.

Chacun a en effet admirablement campé sur ses positions avec calme, courtoisie, humour parfois. Les cinq candidats maîtrisent tous l’exercice, même si le débat réussit la performance d’être à la fois très long et un peu superficiel. François Fillon a eu un peu de mal à démarrer, façon diesel pas encore aligné sur l’essence, et n’a émis dans les premiers temps que quelques particules – « c’est juste un débat entre Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen ou on peut parler ? » Mais il s’est ensuite assis dans sa posture raisonnable d’homme d’Etat, du type qui a de l’expérience, « le seul candidat de l’alternative » qui disposera « d’une majorité stable » – c’est pas faux. Il a bien convenu avoir fait « quelques erreurs », avoir « des défauts, mais qui n’en a pas », ma foi. C’était pas dans la poche, pour un type mis en cause de détournements de fonds publics.
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Marine Le Pen, la fille du millionnaire, a ressassé à satiété son fonds de commerce des petits contre les gros, veut toujours virer les étrangers et « les technocrates de Bruxelles », a promis un tas de référendums, convaincu tous les siens, et joué à fond la lutte du pot de terre contre le Philippot de fer qui opinait du bonnet derrière elle. Benoît Hamon, sincère, convaincu, touchant, milite, lui, « pour une République verte et bienveillante ». Il a essayé de prouver que voter pour lui était voter utile – en tout cas pour nos enfants et nos petits-enfants.

« Pudeurs de gazelle »

Reste Emmanuel Macron, l’ennemi public numéro un pour les autres, souriant et détendu, attaqué par Hamon sur le financement de sa campagne, et par la candidate d’extrême-droite sur les conflits d’intérêts. Il a vertement répondu « soit ce que vous venez de faire, Madame Le Pen, c’est de la diffamation, soit soyez plus précise et allez devant la justice et, dans ces cas-là, la justice fera son office, comme elle est en train de le faire avec plusieurs candidats ». Macron se pose comme « l’alternative profonde », hors partis, avec une grande aisance. Mais Marine le Pen n’a pas tout à fait tort de lui dire, « vous parlez sept minutes, et je suis incapable de résumer votre parole. On ne sait jamais ce que vous voulez ». Si, il veut être président.

Et puis il y a Jean-Luc Mélenchon. Sans conteste le meilleur débatteur. Parfaitement à l’aise, drôle, quand Marine Le Pen le traite de Robespierre, il le prend pour un compliment. Surtout, il a été le seul à mettre franchement les pieds dans le plat. « J’ai admiré vos pudeurs de gazelle, balance le candidat. Quand vous dites que le débat a été pollué par les affaires de certains d’entre nous – pardon, pas moi ! Ici, il n’y a que deux personnes qui sont concernées, M. Fillon et Mme Le Pen. Alors, s’il vous plaît, ne nous mettez pas dans le même sac. » Fillon propose piteusement du coup de nommer une commission, Marine Le Pen dévie sur le pantouflage en regardant ses chaussures.

Franck Johannès