Le Panama retire son pavillon à l’“Aquarius 2”, le dernier bateau d’ONG en Méditerranée

Les autorités panaméennes ont annoncé leur intention de retirer son pavillon au bateau Aquarius 2. SOS Méditerranée et Médecins sans frontières, qui affrètent le bateau, dénoncent des pressions du gouvernement italien.

La nouvelle est tombée samedi 22 septembre, rapporte La Repubblica : l’Aquarius 2, “le bateau avec lequel SOS Méditerranée et Médecins sans frontières [MSF] mènent à bien depuis plus de deux ans leur mission humanitaire, a été rayé du registre naval du Panama. En pratique, l’Aquarius 2 s’est vu révoquer le permis de naviguer.” Or il s’agissait “du seul bateau d’ONG encore en Méditerranée”.

D’après les deux ONG, cette décision fait suite à “des pressions économiques et politiques du gouvernement italien”, dont le ministre de l’Intérieur, Matteo Salvini, promeut une politique très dure en matière d’immigration et vis-à-vis des ONG.

Mais Matteo Salvini nie toute intervention : “Des pressions  ? Je ne connais même pas le préfixe du Panama”,a-t-il tweeté. Pour le ministre, par ailleurs secrétaire de la Ligue (extrême droite) :

Il est évident qu’aucun État ne veut prendre la responsabilité d’être associé à un bateau qui entrave les opérations de secours en mer, qui refuse la coordination avec les garde-côtes libyens [chargés, en vertu d’un accord avec l’Union européenne, d’intercepter les embarcations de migrants et de les reconduire en Libye], qui attaque des gouvernements démocratiques comme celui de l’Italie et qui cherche à amener des clandestins en Europe.”

Au mois d’août, le bateau s’était déjà vu retirer son pavillon par Gibraltar, au motif qu’il menait des opérations de sauvetage alors qu’il n’était enregistré que comme navire de recherche. Il avait alors obtenu le pavillon panaméen et avait changé de nom, passant d’Aquarius à Aquarius 2.

À plusieurs reprises cet été, l’Aquarius a fait les frais de la décision italienne de fermer l’accès de ses ports aux bateaux transportant des migrants, rappelle La Repubblica. Une fois de plus, il s’est retrouvé, “avec à son bord 58 migrants dont 17 mineurs et une femme enceinte, à la recherche d’un port où accoster”. Le 24 septembre dans l’après-midi, il a annoncé être en route pour le port de Marseille. SOS Méditerranée et MSF demandent aux autorités françaises d’autoriser le débarquement “à titre exceptionnel”.

Né en 1976, le titre se veut le journal de l’élite intellectuelle et financière du pays. Orienté à gauche, avec une sympathie affichée pour le Parti démocrate, c’est le deuxième quotidien le plus vendu en Italie après le Corriere

“J’ai lu que le parquet d’Agrigento a ouvert une enquête contre X pour séquestration”, s’amuse Matteo Salvini dans une vidéo en direct sur Facebook, le 22 août.

“Je suis là  !” ajoute le patron de la Ligue (extrême droite) en se désignant.

Je ne suis pas inconnu. Je m’appelle Matteo Salvini, né à Milan le 9 mars 1973 […] actuellement sénateur et ministre de l’Intérieur de ce pays, j’ai pour mandat la défense des frontières de ce pays.”

Dans un deuxième post, il ajoute à l’adresse de ses partisans :“S’ils m’arrêtent, vous viendrez me voir, les amis  ?” à côté du mot-clé : #ArrêtezMoi.

Cela fait une semaine que le ministre refuse de laisser débarquer les passagers du Diciotti. Ce bateau des gardes-côtes italiens a secouru, dans la nuit du 15 au 16 août, 190 migrants, dont 13 ont été hospitalisés d’urgence. Il est ensuite resté plusieurs jours en mer avant d’être autorisé lundi 20 à accoster dans le port de Catane pour “une escale technique”, relate La Repubblica. Mais le ministre de l’Intérieur a refusé de laisser débarquer les migrants tant que d’autres pays européens ne se seraient pas engagés à les prendre en charge.

La menace d’une crise au gouvernement

Mardi 21 au soir, les mineurs non accompagnés qui étaient à bord ont été autorisés à débarquer pour rejoindre une structure d’accueil. Un geste obtenu grâce à l’intervention du Premier ministre, Giuseppe Conte – figure politique faible, car il ne s’agit pas d’un politicien élu mais d’une personnalité de compromis, sur laquelle se sont accordés les deux partis de la majorité populiste, le Mouvement 5 étoiles et la Ligue.

Or la discussion avec Conte a été houleuse, indique le journal de centre gauche : “Salvini en est venu à brandir la menace d’une démission, ce qui reviendrait à faire éclater une crise au gouvernement.”

“La journée avait pourtant commencé sous le signe d’un prudent optimisme”, note encore La Repubblica. Giuseppe Conte pensait parvenir à raisonner Matteo Salvini, et à obtenir un geste de la part de ses voisins européens. “Mais il se trompait sur les deux fronts.”

Le ras-le-bol des voisins européens

Au niveau intérieur, cette crise pèse sur l’entente entre les deux formations au gouvernement. Le leader du M5S, Luigi Di Maio est dans l’ombre de Salvini, et dans les rangs du parti, certains, comme le président de la Chambre, désapprouvent la ligne dure du ministre de l’Intérieur.

Au niveau européen, les partenaires sont irrités. Depuis le mois de juin, Matteo Salvini a décidé de fermer les ports italiens pour contraindre les Européens à accueillir des migrants. À force, souligne le quotidien, les pays européens “sont à bout de patience” :

ils considèrent les méthodes de Salvini comme du chantage, comme une attitude illégale visant à renforcer sa popularité en Italie.”

À ses débuts, le gouvernement italien prétendait infléchir la gestion européenne de l’immigration. Mais pour l’heure c’est tout le contraire qui se produit, conclut La Repubblica : “en déclenchant une crise autour de chaque débarquement, il s’est isolé en Europe.”


LA REPUBBLICA
Publié le 23/08/2018

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