Attentat de Christchurch en Nouvelle-Zélande : Donald Trump relativise l’extrémisme blanc

Le président américain a minimisé toute menace posée par le nationalisme raciste blanc, après que le terroriste présumé de Christchurch a qualifié Trump de « symbole de l’identité blanche renouvelée ».

Donald Trump a condamné sans ambiguïté les attaques terroristes de Christchurch, en Nouvelle Zélande, vendredi 15 mars, mais il a également relativisé le danger de l’idéologie qui les a motivés. Lorsque la presse lui a demandé s’il considérait que le « nationalisme blanc » constitue une menace croissante, le président des Etats-Unis a répondu : « Pas vraiment. » « Je pense qu’il s’agit d’un petit groupe de personnes qui ont de gros gros problèmes », a-t-il ajouté. « Je suppose que si vous regardez ce qui s’est passé en Nouvelle-Zélande, c’est peut-être le cas, a-t-il poursuivi, je n’en sais pas encore assez à ce sujet. Les enquêteurs n’en sont qu’au début pour la personne et les personnes impliquées. »

L’enjeu est pourtant double pour Donald Trump. Il a cultivé par le passé une certaine ambiguïté en tardant à prendre ses distances, au cours de la campagne présidentielle, par rapport à un ancien responsable du Ku Klux Klan, David Duke, qui lui avait apporté son soutien. Il a surtout renvoyé dos à dos les manifestants néonazis et antiracistes qui s’étaient affrontés à Charlottesville, en Virginie, en août 2017. Le principal suspect des tueries de Christchurch s’est en outre réclamé en partie du président des Etats-Unis en assurant dans un texte rendu public que ce dernier est « le symbole de l’identité blanche renouvelée et d’un but commun », tout en contestant sa stature de responsable politique.

« Invasion » aux Etats-Unis

Le hasard a voulu que Donald Trump commente les attentats alors qu’il venait d’opposer son veto à une résolution du Congrès contestant sa déclaration d’urgence nationale qui doit lui permettre de contourner le Congrès pour financer son projet de « mur » sur la frontière avec le Mexique [1]. Le président des Etats-Unis n’a cessé, au cours des dernières semaines, de justifier sa décision en dénonçant « l’invasion » dont seraient victimes les Etats-Unis, un terme qui fait écho aux arguments avancés par le tueur de Christchurch pour justifier son geste. « Nous avons une invasion de drogue, une invasion de gangs, une invasion de personnes, et c’est inacceptable », avait ainsi assuré le président en février en annonçant le recours controversé à l’état d’urgence.

Le thème de l’invasion a été également avancé par l’auteur du massacre de la synagogue de Pittsburgh (onze morts) en octobre. Il s’en était pris à cette communauté du fait de l’aide qu’elle apportait aux émigrés, conformément à une longue tradition. Une hybridation entre l’antisémitisme et la xénophobie dont a également été la cible le philanthrope George Soros, accusé de financer les « caravanes » de migrants qui quittent les pays d’Amérique central en proie aux violences pour demander l’asile aux Etats-Unis.

Le relativisme de Donald Trump se heurte également aux chiffres. Selon un rapport de l’Anti Defamation League rendu public au début de l’année, « les extrémistes de droite ont tué plus de personnes en 2018 que toute autre année depuis 1995. A titre de comparaison, seuls 62 % des meurtres perpétrés par des extrémistes en 2017 étaient commis par des extrémistes de droite et seulement 21 % en 2016 », contre 98 % en 2018. Selon un rapport du FBI publié par le Washington Post, le 9 mars, la majorité des personnes arrêtées aux Etats-Unis pour des faits de terrorisme sont d’ailleurs liées à des groupuscules américains et non à des organisations terroristes internationales.

Gilles Paris (Washington, correspondant)