Entre Israël et le Hamas, un compromis parrainé par l’Égypte

La médiation du Caire et l’argent du Qatar ont permis d’éviter une escalade violente entre Israéliens et Palestiniens lors de la manifestation du 30 mars. Un accord serait désormais en vue.

Samedi 30 mars, la plus grande manifestation depuis le lancement de la “marche du retour” au printemps 2018 a eu lieu. Plus de 40 000 personnes y ont participé, malgré une météo peu clémente. Trois Palestiniens ont été tués lors d’affrontements avec l’armée israélienne. En mai 2018, une manifestation comparable a été organisée dans la bande de Gaza pour commémorer la Nakba – l’exode palestinien de 1948. Cette fois-là, malgré plus de 60 morts, le Hamas n’a pas tiré une seule roquette en représailles. Aujourd’hui, les deux camps revendiquent la victoire, c’est pourquoi, dès le 31 mars, ils ont pu reprendre les négociations devant aboutir à une accalmie.

Qu’est-ce qui a changé ? En un mot, l’Égypte. Du 28 au 31 mars, des diplomates égyptiens n’ont cessé de faire des allers-retours entre Tel-Aviv et Gaza afin que les événements du week-end précédent ne se réitèrent pas et afin d’éviter une offensive militaire [israélienne]. Finalement, tout le monde a pu pousser un soupir de soulagement, y compris Yahya Sinwar [leader du Hamas dans la Bande de Gaza] et son entourage, tout comme [le Premier ministre israélien] Benyamin Nétanyahou et ses équipes à Jérusalem.

Une manifestation contrôlée

Jeudi 28 mars au soir, le Hamas avait tout fait pour mobiliser le plus de monde possible, notamment en organisant des discussions avec les chefs des clans locaux, afin de garantir une participation optimale aux manifestations. Mais le 29 mars dans l’après-midi, le vent a tourné. Le Hamas travaillait avec les clans pour veiller à ce que la marche ne prenne pas trop d’ampleur. Les organisateurs voulaient qu’un grand nombre de manifestants soient derrière la clôture grillagée, mais pas au point de perdre la maîtrise de la situation.

Pour cette raison, les chefs de clan ont reçu pour consigne d’être là, mais de modérer le nombre de personnes présentes. Une partie des centres d’activité a été reculée de quelques centaines de mètres, afin que la majorité des participants reste en retrait.

Et, pour la première fois, on a pu observer des coordinateurs portant des tuniques orange, c’est-à-dire des fonctionnaires du Hamas (payés avec l’argent envoyé par le Qatar à Gaza) recrutés pour maintenir l’ordre. Ces mesures ont plus ou moins fonctionné, et les manifestations se sont terminées d’une manière satisfaisante pour les deux camps. De plus, les Égyptiens étaient à proximité toute la journée, de façon à la fois visible et invisible.

Le compromis a été trouvé grâce à de nombreux facteurs : l’Égypte est le médiateur impartial, le Qatar est le distributeur de billets, les Nations unies sont le chef de chantier, Israël valide ce qui peut être acheminé dans la bande de Gaza – l’argent et les matériaux de construction, le carburant pour la centrale – et accorde un accès au littoral près de Gaza pour la pêche.

De son côté, le Hamas est supposé mettre fin aux affrontements de nuit, identifiés comme le point faible d’Israël, ainsi qu’aux ballons explosifs. Les manifestations liées à la “marche du retour” vont se poursuivre mais, selon le compromis, elles devraient être non violentes.

Un accord dans les prochains jours ?

Le responsable adjoint du Hamas, Saleh Al-Arouri, qui vit à Beyrouth et n’est pas jugé particulièrement pacifiste, a annoncé à la fin des protestations de samedi qu’il s’attendait à la conclusion et à la signature d’un accord dans les prochains jours. Et si Al-Arouri le dit, c’est probablement juste. Quand bien même, il est vital de faire en sorte que le Djihad islamique et son dirigeant Ziad Nakhala soient aussi satisfaits de l’accord qui semble émerger.

Si c’est effectivement le cas, alors la question devrait être réglée durant les premiers jours d’avril – jusqu’à la prochaine éruption de violences. Dans le cas contraire, il restera au Hamas le vendredi 5 avril (quatre jours avant les élections) pour épingler Israël. Yahya Sinwar le sait, l’armée de défense d’Israël le sait, et les Égyptiens le savent.

Pendant ce temps, Israël pourrait envoyer un bouquet de fleurs à Ahmed Abdel-Khalek, agent égyptien du renseignement chargé de la question palestinienne : c’est grâce à lui qu’Israël et le Hamas n’ont pas sombré dans un nouvel épisode violent.

Elior Levy

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