L’extrême droite mise à nu en Autriche

De Haider à Strache en passant par Le Pen, Salvini et les autres, les populistes nationalistes suivent tous la même voie. L’“Ibiza-gate” ne leur mettra pas un coup d’arrêt. Mais il révèle, s’il le fallait encore, quelles sont leurs réelles ambitions politiques.

Au début, il y a eu Jörg Haider [devenu président du Parti de la liberté autrichien (FPÖ) en 1986]. C’est lui qui a commencé par briser les tabous, allant jusqu’à louer les mérites des Waffen-SS, avant de se proclamer homme du peuple et de distribuer l’argent des contribuables, lui-même bénéficiant d’un juteux héritage. Il a été tout aussi prompt à se présenter en victime quand il a dû quitter ses fonctions de gouverneur régional [en Carinthie] après avoir vanté la “bonne politique de l’emploi” des nazis. Il a tourné en dérision des institutions de l’État de droit comme la Cour constitutionnelle.

Finalement, il n’a pas été inquiété par la justice pour ses affaires de corruption pourtant d’envergure [en raison de sa mort accidentelle, en octobre 2008].

Des constantes idéologiques

Dans toute l’Europe, des partis et des mouvements se sont formés qui ont pris exemple sur Haider. Jean-Marie Le Pen a qualifié les chambres à gaz nazies de “détail de l’histoire”, pour Alexander Gauland, de l’AfD [Alternative pour l’Allemagne], l’époque nazie n’a été qu’une “fiente d’oiseau”. C’est en Allemagne que la droite a tenu le plus longtemps avant de faire fi de toute pudeur. Mais partout en Europe, on peut retrouver les phrases historiques que Haider a prononcées, du droit à se dresser contre “ceux d’en haut” à la cupidité la plus crasse. La Ligue italienne s’est d’abord développée grâce à son mépris affiché pour les habitants pauvres du sud du pays, les terroni, les culs-terreux. Mais lors des dernières élections, Matteo Salvini a même fait des avances aux Siciliens, qui, de son point de vue, font désormais partie de ses compatriotes. Contrairement aux Roms, toujours objets de son racisme virulent. Son prédécesseur, Umberto Bossi [fondateur de la Ligue du Nord en 1991] était corrompu, des gens de l’entourage de Salvini sont visés par des enquêtes.

Le Hongrois Viktor Orbán a commencé en tant que conservateur libéral. Aujourd’hui, il se rêve en rempart de la chrétienté, n’hésite pas à afficher ouvertement son antisémitisme et sape les fondements de la démocratie. Heinz-Christian Strache, du FPÖ, rêve d’un monde des médias comme en Hongrie, autrement dit, privé de liberté. Le combat permanent contre les journalistes se retrouve partout. Il est vrai qu’ils ont révélé de douteuses affaires financières, par exemple dans l’entourage d’Orbán.

Une forte popularité malgré tout

Or plus ces extrémistes de droite gagnent en force, plus il devient évident qu’en dépit de similitudes dans leurs campagnes, il va leur falloir surmonter des différences fondamentales. Le FPÖ veut offrir des passeports autrichiens aux habitants du Tyrol du Sud [région d’Italie], ce que refuse Salvini. L’Italien compte reporter les dettes de son pays sur toute l’Europe, ce dont l’extrême droite du Nord ne veut pas entendre parler. Pour l’heure, on ne remet pas encore en question les frontières en Europe, mais quand on se cherche des ennemis, tout redevient possible.

Le comportement incroyablement idiot de H. C. Strache et Johann Gudenus [dont témoigne la vidéo tournée à Ibiza] ne signifie pas la fin de la vague d’extrême droite en Europe. Mais partout, l’opinion publique peut voir ce qui motive ces gens-là : ce qu’ils veulent, c’est le pouvoir, pour mettre la main sur l’argent de l’État, même au profit d’oligarques étrangers. Ils veulent rogner sur la liberté de la presse – tchac, tchac, tchac, comme l’a dit Strache dans la vidéo. Et ils cherchent le rapprochement avec la Russie. Cet État autoritaire est le grand exemple à suivre, l’Occident est dénigré comme étant décadent. Et les Russes n’hésitent pas à financer leurs amis. Pour reprendre les propos d’Ulf Poschardt, rédacteur en chef du quotidien [allemand] conservateur Die Welt : “Les partis de la droite traditionnelle ne doivent pas former de coalition avec l’extrême droite, c’est trahir leur vision de la démocratie.” Sans le vouloir, Strache a baissé le pantalon de l’extrême droite en Europe, elle est bel et bien mise à nu. Tout le monde peut voir ce qu’il en est.


Helmut Brandstätter
Kurier (AT)

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