Vers la troisième « assemblée des assemblées » : en déclin, les « gilets jaunes » cherchent à se réinventer

, par LECLERC Aline

Deux cents délégations de « gilets jaunes » seront rassemblées samedi et dimanche à Montceau-les-Mines pour débattre de l’avenir du mouvement.

En cette fin d’année scolaire, c’est à un moment clé pour le mouvement que se tient, samedi 29 et dimanche 30 juin, la troisième « assemblée des assemblées » des gilets jaunes. Après Commercy (Meuse) en janvier et Saint-Nazaire (Loire-Atlantique) en avril, 200 délégations de toute la France sont attendues à Montceau-les-Mines (Saône-et-Loire) pour débattre, notamment, de l’avenir du mouvement. La façon de « s’ancrer dans la durée » et de « résister victorieusement à la répression politique qui prend des formes judiciaires et policières » figurent parmi les six axes de travail retenus dans un document préparatoire au rassemblement.

Constatée depuis le printemps mais longtemps contestée par les « gilets jaunes », la décrue de mobilisation dans les cortèges chaque samedi ne fait désormais plus débat. La fermeté de la réponse policière, qui a engendré de violents heurts entre manifestants et forces de l’ordre, ainsi que des milliers d’interpellations chaque week-end, a dissuadé nombre de « gilets jaunes » de manifester.

Parallèlement, certaines figures du mouvement ne cessent, depuis les violences du 16 mars sur les Champs-Elysées, de questionner l’utilité de ces marches. « Ça nous a apporté strictement rien ! Le samedi, en fin de journée, je ne vois personne reçu par le gouvernement pour discuter de quoi que ce soit. Donc faut arrêter ça », notait ainsi il y a quelques jours l’une des figures médiatiques des « gilets jaunes », Eric Drouet, sur YouTube.

 « Qui vote encore pour Macron ? »

Depuis plusieurs mois, ce dernier plaide pour que le mouvement se réoriente vers des actions de blocage de l’économie, des péages aux raffineries. Pour le samedi 22 juin, de nombreux appels en ce sens avaient circulé sur les réseaux sociaux, Eric Drouet espérant que la journée marquerait « le début d’un nouveau mouvement ».

Si la mobilisation a connu un léger regain (11 800 manifestants, selon le ministère de l’intérieur, 25 500, selon les décomptes des « gilets jaunes ») et quelques blocages notables, comme celui du port de Saint-Malo, la journée n’a pas été le tournant attendu par les intéressés.

Les « gilets jaunes » ont également pris acte du score de la liste LRM-MoDem aux élections européennes. Le 26 mai au soir, un certain nombre d’entre eux faisaient part de leur surprise devant les 22 % de la liste Renaissance. « Mais qui vote encore pour Macron ? », s’étonnait ainsi, consternée, une mère de famille rouennaise.

S’appuyant sur les sondages – qui ont souvent montré qu’une majorité de Français soutenait le mouvement, tout en condamnant les violences –, certains « gilets jaunes », opposés à la politique du gouvernement, avaient pensé que la liste de Nathalie Loiseau ferait un moins bon score. La deuxième place obtenue par celle-ci, à un point seulement de la liste du Rassemblement national, a donc provoqué un certain découragement dans les rangs. Et sans doute signé la fin d’une première phase du mouvement.
« Construire démocratiquement la suite »

Reste qu’en dehors des manifestations qui s’essoufflent, les plus mobilisés cherchent encore comment trouver un second souffle. Au sein de ce mouvement resté horizontal et ancré sur les territoires qui l’ont vu naître, il existe presque autant d’initiatives que de groupes locaux. Quand Eric Drouet défend les blocages, Priscillia Ludosky, autre figure à l’origine du mouvement, fait la promotion d’un manifeste établi à partir des revendications postées cet hiver sur la plate-forme en ligne « Le vrai débat ».

François Boulo, porte-parole des « gilets jaunes » de Rouen a, quant à lui, porté la création d’une autre plate-forme « La ligne jaune » pour « construire démocratiquement la suite du mouvement » à partir notamment d’une charte commune. Dans un tweet cette semaine, il a revendiqué plus de 25 000 adhérents.

Un autre collectif, les « Sous-marins jaunes », à l’origine de la tribune « Gilets jaunes : nous ne sommes pas dupes » signée par des artistes de renom le 5 mai dans Libération, appelle à manifester samedi à Paris « en hommage aux blessés, contre la répression policière et pour l’interdiction du LBD [lanceur de balles de défense] ».

 « Solidarité entre gens de milieux différents »

Parallèlement, de nombreux groupes locaux tiennent encore des assemblées citoyennes chaque semaine. Certains ont renouvelé les formes d’action. Les « gilets jaunes » de Saint-Macaire (Gironde) ont par exemple mis en place un marché « citoyen » de producteurs locaux.

D’autres ont investi de nouveaux lieux. Des squats baptisés « maison du peuple » apparaissent ici et là, comme à Fenouillet, au nord de Toulouse, depuis un mois. Lieu d’activité qui accueille des conférences comme des ateliers de bricolage, il est aussi lieu de vie pour cinq personnes précaires qui y ont créé leurs logements.

« Le mouvement se transforme, se structure autrement, j’ai l’impression que c’est comme ça qu’on va avancer, explique Cilia, 26 ans, l’une de ses habitantes. Il y a moins de monde dans la rue mais on continue à réfléchir à la manière de changer les choses, on se réapproprie nos vies. »

A ses côtés, Aurélien, 29 ans, renchérit : « Ce mouvement a sorti plein de gens de la galère. Il faut des projets de ce type pour qu’ils ne retournent pas dans l’isolement. Que les prochaines galères, ils les affrontent ensemble. Entretenir ce qui est au cœur du mouvement, cette solidarité entre gens de milieux différents, c’est ça désormais l’essentiel. »

Certains verront dans ces initiatives multiples la preuve de la poursuite du mouvement. D’autres de son émiettement.

Aline Leclerc