Des milliers de manifestants : scènes de chaos à l’aéroport de Hongkong

, par LEMAITRE Frédéric, MO Claudia

Les manifestants s’en sont pris à deux Chinois du continent. Pékin dénonce des « quasi-actes de terrorisme ».

Jusqu’ici objet de fierté et symbole de la réussite financière de la ville, l’aéroport de Hongkong n’était plus qu’un bateau ivre, mardi 13 août en fin de journée, et c’est un miracle s’il n’y a pas eu de mort. Comme la veille, les jeunes manifestants qui protestent depuis deux mois contre le gouvernement et contre l’emprise de la Chine sur cette « Région administrative spéciale » avaient décidé de bloquer le trafic aérien.

Ce mouvement sans leader entendait donner plus de retentissement international à son action certes populaire mais qui, en dix semaines, n’a rien obtenu. Soutenue par Pékin, Carrie Lam, la chef de l’exécutif local, n’entend leur concéder aucune victoire, hormis la « suspension » du projet de loi sur les extraditions vers la Chine.

Au contraire, la police est de plus en plus violente. Dimanche, un tir a grièvement blessé une manifestante à l’œil et les protestataires ont découvert que des policiers en civil s’infiltraient parmi eux pour mieux les contrôler et les arrêter. D’où une tension qui ne cesse d’aller crescendo même si, jusqu’ici, les manifestants, principalement des jeunes diplômés de la classe moyenne, ne se sont pas attaqués aux personnes privées ni à leurs biens. Ils concentrent leur action sur les symboles et les représentants du pouvoir, notamment les forces de l’ordre et les commissariats.

Deux Chinois du continent agressés

Lundi, les manifestants avaient été suffisamment nombreux pour contraindre la direction du huitième aéroport mondial à annuler tous les vols. Mais, malgré le chaos, il n’y avait pas eu de violence. La simple rumeur d’une intervention policière avait fait repartir nombre d’entre eux à pied, vers le centre-ville.

Rien de semblable mardi. Dans le hall des départs, les passagers qui, la veille, se montraient plutôt compréhensifs commençaient à laisser éclater leur colère lorsqu’ils s’apercevaient qu’ils n’arrivaient plus à accéder aux comptoirs d’enregistrement. Vers 16 heures, tous les départs étaient à nouveau annulés. Surtout, deux incidents ont fait basculer l’occupation dans la violence. Dans la soirée, les manifestants ont arrêté et attaqué un homme, un Chinois de Chine continentale, qu’ils pensaient être un policier en civil. Lorsque la police et une équipe médicale ont voulu l’emmener, les manifestants ont bloqué l’ambulance. La police a alors eu recours à du gaz au poivre.

Mais elle s’est laissé déborder à plusieurs reprises. On a ainsi vu des jeunes s’emparer de la matraque d’un policier. Paniqué, celui-ci a alors sorti son arme de service. Sans tirer, il s’est affalé au sol avant d’être rejoint par des collègues. Un autre incident pourrait avoir de réelles conséquences politiques. Un groupe de manifestants a également arrêté et battu un second Chinois du continent, lui attachant les mains derrière le dos parce qu’ils le soupçonnaient d’être un policier infiltré, comme le montre cette vidéo de la télévision officielle chinoise.

CGTN

@CGTNOfficial
Journalist from Chinese mainland seriously beaten by rioters #HongKong
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03:35 - 14 août 2019

Les images des caméras et des téléphones portables montrent le jeune homme au milieu de manifestants furieux. Certains tentent visiblement de raisonner la foule, mais il est plaqué au sol, son sac est fouillé et les manifestants en sortent un tee-shirt de soutien à la police de Hongkong. Son passeport chinois est exhibé aux caméras. Il sera ensuite ligoté sur un chariot d’aéroport et exposé à la vindicte. Des ambulanciers sont ensuite vus tentant de le ranimer après qu’il a perdu connaissance, dans l’hystérie générale, avant d’être évacué.

Le jeune Chinois, du nom de Fu Guohao, était en fait un reporter du Global Times, le quotidien nationaliste chinois qui, depuis plusieurs semaines, souffle sur les braises et appelle Pékin à faire preuve de davantage de fermeté face aux manifestants. Pendant l’événement, son célèbre rédacteur en chef, Hu Xijin, a adjuré sur Twitter les manifestants de le relâcher.

Hu Xijin 胡锡进

@HuXijin_GT
Fu Guohao, reporter of GT website is being seized by demonstrators at HK airport. I affirm this man being tied in this video is the reporter himself. He has no other task except for reporting. I sincerely ask the demonstrators to release him. I also ask for help of West reporters
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18:23 - 13 août 2019

Pékin dénonce des « quasi-actes de terrorisme »

Au matin du 14 août, le quotidien nationaliste chinois titrait sur le fait que des « condamnations affluent de partout pour condamner l’attaque brutale du reporter du Global Times ». Fu Guohao est décrit comme un « héros » par ses commentateurs, et son nom a été l’un des plus partagé sur Weibo, le Twitter chinois. Il n’a toutefois pas été blessé, selon la presse chinoise. Le Global Times a diffusé un Tweet montrant son accueil à sa sortie de l’hôpital à Hongkong par des « patriotes », c’est-à-dire des partisans du gouvernement de Hongkong et de la Chine.

Global Times

@globaltimesnews
Global Times reporter #FuGuohao, after brutally attacked by violent protesters in HK airport, told media in hospital on Wed that he still loves #HongKong and he was lucky that he did not sustain any fatal injuries.
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09:21 - 14 août 2019

Pékin a fermement condamné dès mercredi matin l’attaque contre ses deux nationaux : Xu Luying, la porte-parole du bureau des affaires de Hongkong et de Macao à Pékin, l’agence gouvernementale chinoise en charge de ces territoires, a exprimé la « colère extrême » de la Chine et comparé ces agressions à de « quasi-actes de terrorisme » : « Les manifestants radicaux ont franchi le seuil de la loi, de la morale et de l’humanité », a-t-elle déclaré. Une progression subtile mais certaine dans la rhétorique chinoise : un collègue de Mme Xu avait dénoncé lundi 12 août « les premiers signes de terrorisme » dans le comportement des manifestants face à la police.

Au cours de la nuit de mardi à mercredi, la justice de Hongkong a ensuite donné l’ordre d’évacuer l’aéroport et le calme est peu à peu revenu. C’est par une décision similaire que le gouvernement avait mis fin en 2014 aux zones d’occupation du mouvement des parapluies sur la voie publique, à la suite d’une plainte des compagnies de bus. L’accès aux principales aires de départ et d’arrivée est désormais régulé. Mercredi matin, les vols redécollaient progressivement.

« Prêts à sacrifier leur vie pour leur cause »

La journée du 13 marque incontestablement un tournant et une radicalisation du mouvement. Sur les réseaux sociaux, les violences de l’aéroport ne semblaient pas faire l’unanimité entre les jeunes de Hongkong, et certains ont présenté des excuses. Dans un entretien au Monde, une des figures de l’opposition parlementaire, Claudia Mo, dit soupçonner Carrie Lam, la chef de l’exécutif, de jouer la politique du pire, et affirme que des jeunes sont « prêts à sacrifier leur vie pour leur cause ».

Mardi matin, au cours d’une conférence de presse, Carrie Lam, prise à partie par les journalistes sur les violences policières, avait eu du mal à contenir son émotion. Elle a été incapable de répondre à un journaliste qui lui demandait, très calmement, si elle avait suffisamment d’autonomie politique pour annuler la loi controversée sur les extraditions vers la Chine qui est à l’origine du mouvement ou si une telle décision relevait de Pékin. Le dernier sondage de l’Institut de recherche de l’opinion publique de Hongkong, réalisé du 1er au 6 août, confirme la baisse de sa cote de popularité à 27,9 %, un seuil encore jamais atteint.

Par ailleurs, Michelle Bachelet, la Haut-Commissaire de l’ONU aux droits de l’homme, a demandé mardi une enquête sur les tirs de gaz lacrymogènes par la police. La Chine a immédiatement condamné une « déclaration malvenue » et dénoncé l’ingérence des Nations unies dans ses affaires intérieures. Cela envoie « un mauvais signal à des criminels violents », affirme le communiqué de la mission chinoise à l’ONU. Une nouvelle grande manifestation est prévue le dimanche 18 août.

Frédéric Lemaître (Hongkong, envoyé spécial)

• « Scènes de chaos à l’aéroport de Hongkong ». Le Monde. Publié le 14 août à 10h37, mis à jour à 11h15 :
https://www.lemonde.fr/international/article/2019/08/14/scenes-de-chaos-a-l-aeroport-de-hongkong_5499320_3210.html


 Interview : « Les jeunes de Hongkong sont même prêts à mourir pour la cause »

La députée du Conseil législatif de Hongkong Claudia Mo constate, dans une interview au « Monde », la détermination absolue de la jeunesse de l’île.

Agée de 62 ans, Claudia Mo est une ancienne journaliste, députée du Conseil législatif de Hongkong depuis 2012 pour le Civic Party, un parti qu’elle a cofondé. Sur la porte de son bureau, l’autocollant « Libérez Liu Xiaobo », le Prix Nobel de la paix 2010, mort en prison en 2017, ne laisse aucun doute sur son positionnement politique prodémocratique, très hostile à la Chine. Elle reçoit Le Monde mardi 13 août entre deux quintes de toux « provoquées par les gaz lacrymogènes » tirés par la police. Elle ne voit pas d’issue à la crise actuelle et soupçonne les autorités de Hongkong et de Pékin de vouloir jouer la politique du pire.

Frédéric Lemaître : Les autorités chinoises qualifient désormais de « signes de terrorisme » les protestations de Hongkong. Est-ce pour préparer les esprits à une éventuelle intervention de l’armée ou de la police de Pékin ?

Claudia Mo : Les autorités ne parlent que de « signes de terrorisme ». Cela leur donne une marge de manœuvre. C’est une façon très conventionnelle de procéder de la part des communistes chinois. Elles vous définissent d’abord et la répression s’ensuit. J’ai beaucoup de doutes sur le fait qu’elles déploient l’armée populaire chinoise, car elles savent que l’enjeu est énorme. Au fond, pour elles, Hongkong n’est qu’un adolescent qu’il faut discipliner. L’autre intérêt pour elles de parler de « signes de terrorisme » est de justifier une brutalité accrue de la police de Hongkong.

En tant que membre de l’opposition, quel est votre rôle dans ce mouvement ? Avez-vous été dépassés par les jeunes protestataires ?

Je ne dirais pas « dépassés ». Mais le fait est qu’on est une minorité dans ce Parlement. Pas parce que nous sommes impopulaires, mais parce que le système électoral tordu empêche les démocrates d’avoir plus de la moitié des sièges. Et si vous faites ou dites quelque chose qui sort de l’ordinaire, le pouvoir trouve toujours quelque chose dans la loi qui lui permet de vous disqualifier pour être candidat. Le fait est qu’en 2016, dans ma circonscription, il y avait deux brillantes femmes qui avaient été élues, mais ont été évincées au prétexte qu’elles ne prenaient pas au sérieux la cérémonie d’investiture. C’est impensable ! Je ne pouvais pas croire qu’ils arriveraient à évincer des représentants élus. Mais si, ils l’ont fait. Pour moi, ça a été un tournant. Je ne peux absolument plus faire confiance à ce gouvernement. Je comprends la colère et la frustration des jeunes. Pour eux, cette loi sur les extraditions vers la Chine, c’est le dernier combat. Cela fait vingt-deux ans que cela dure [depuis la rétrocession à la Chine en 1997]. Les jeunes sont même prêts à mourir pour la cause. Ils n’ont rien à perdre. Plusieurs se sont suicidés. Certains vous disent en privé : je ne veux pas me suicider mais suis prête à être tuée. Hongkong ressemble de plus en plus à une ville de Chine continentale. C’est ce qui dégoûte les jeunes.

Quelle est votre principale surprise depuis deux mois ?

La détermination absolue d’une partie des jeunes. Au début, j’ai pensé que cela allait s’arrêter avec les vacances d’été. Je suis sûre que le gouvernement de Carrie Lam a reçu ordre de Pékin d’agir à deux niveaux : recourir à la propagande pour les qualifier d’émeutiers, de bons à rien, mais aussi les effrayer pour qu’ils restent dans leur campus. Ça marcherait sans doute en Chine, mais pas à Hongkong. Nous avons été une colonie britannique pendant cent cinquante ans. Le colonialisme est une erreur, mais au moins, sous l’Empire britannique, on a appris ce qu’était l’Etat de droit, les droits de l’homme, la démocratie. L’autre surprise, c’est le soutien de l’opinion. Jusqu’à présent, les gens à Hongkong étaient, comme les Chinois, terrifiés par le moindre trouble en raison de tout ce qu’a connu le pays au XXe siècle. Mais cette fois, tout le monde soutient les jeunes, que ce soit les personnes âgées, les mères de famille, voire des secteurs professionnels, comme les comptables qui se sont mis en grève ou les infirmières des hôpitaux publics qui, aujourd’hui même protestent contre les violences de la police. Les gens disent : trop c’est trop. Ils ne supportent plus les mensonges de Carrie Lam, par exemple quand elle prétend que ce n’est pas en raison du manque de confiance dans le système judiciaire chinois qu’il n’y a pas eu d’accord d’extradition entre Hongkong et la Chine en 1997. Bien sûr que si. Les faits sont là.

Les milieux d’affaires qui s’opposaient à la loi sur les extraditions vers la Chine soutiennent maintenant Carrie Lam. Est-ce un tournant dans le conflit ?

Ils n’ont pas le choix. Ils doivent choisir entre l’argent et leur conviction. Je ne les blâme pas de choisir l’argent, parce que pour être politiquement correct vous devez vous ranger du côté de Pékin et donc de Carrie Lam. Ils ont trop besoin du marché chinois.

Quelle sortie de crise prévoyez-vous ?

Aujourd’hui j’ose affirmer que la majorité des habitants de Hongkong est encore du côté des manifestants. Les jeunes ne vont pas céder, c’est sûr. Si Carrie Lam et Pékin ne font pas de concession et que les heurts s’amplifient entre les gens et la police, je ne peux m’empêcher de penser que Carrie Lam et son gouvernement attendent que quelqu’un meure. Peut-être un policier. Ils pourraient alors dire que la situation est hors de contrôle. A l’heure actuelle, je ne vois pas d’issue. Ils ne vont pas oser déployer l’armée chinoise, mais je pense que pour Pékin il est impensable de donner le sentiment de s’incliner devant l’opinion publique. C’est à eux de décider ce que veut Hongkong et ce dont ont besoin les Hongkongais.

Le principe « un pays, deux systèmes », qui régit les relations entre la Chine et Hongkong, est-il encore valable ?

Non. Pour moi, comme pour beaucoup de gens, on en est à « un pays, 1,1 système ». On a encore une certaine liberté économique, car cela sert les intérêts de la Chine. Pour le reste, nos libertés ont été battues en brèche, petit à petit, depuis deux décennies. C’est pourquoi les gens en ont assez. Le pouvoir veut transformer Hongkong en une société orwellienne. Ils disent aux gens de Hongkong : de quoi vous plaignez-vous ? Vous êtes des oiseaux en cage mais heureux. Vous avez un toit, vous mangez à votre faim. Pour eux, être en cage n’a pas d’importance puisqu’ils en ont décidé ainsi.

Vous avez écrit un livre en 2015 intitulé « Nous voulons une vraie démocratie ». C’est aussi ce que veulent les jeunes aujourd’hui. Mais est-ce réaliste à l’intérieur de la Chine ?

Ce n’est pas particulièrement réaliste. Sauf que nos jeunes disent nous ne nous battons pas parce que nous voyons l’espoir, mais parce que nous voulons apporter de l’espoir. Que répondre à cela ? Heureusement, il y a des miracles en politique. Quand le mur de Berlin est tombé, personne ne l’avait prévu. Il faut donc nous battre pour les générations à venir.

Qu’attendez-vous de la communauté internationale ?

Plus d’attention et davantage d’aide. J’attends que des pays comme la France disent aux Chinois qu’ils regardent de près ce qui se passe à Hongkong et que les Chinois devraient vraiment y réfléchir à deux fois avant de détruire cette ville, unique. Nous sommes déterminés à préserver notre identité. Il ne s’agit pas d’indépendance ou quelque chose comme ça mais on nous a promis « un pays, deux systèmes », et nous voulons y parvenir.

Frédéric Lemaître (Hongkong, envoyé spécial)

• « Scènes de chaos à l’aéroport de Hongkong ». Le Monde. Publié le 13 août à 20h10, mis à jour à 20h58 :
https://www.lemonde.fr/international/article/2019/08/14/scenes-de-chaos-a-l-aeroport-de-hongkong_5499320_3210.html


 La stratégie de reprise en main chinoise ravive les protestations à Hongkong

La Chine qualifie les manifestants de « terroristes », et fait pression sur les milieux économiques pour qu’ils dénoncent les violences.

Hongkong est en train de virer au cauchemar pour Xi Jinping. Le président chinois, qui fait de l’ordre et de la stabilité ses vertus cardinales, voit son autorité remise en cause par des manifestants qui, jour après jour depuis deux mois, clament que « Hongkong n’est pas la Chine ». L’occupation de l’aéroport international, lundi 12 août, a touché une corde sensible. Impossible désormais de prétendre que les événements de Hongkong ne constituent qu’une affaire intérieure chinoise.

Alors que les face-à-face entre la police de Hongkong et les manifestants sont de plus en plus violents, l’étau de Pékin se resserre sur le territoire. Lundi, la rhétorique chinoise est encore montée d’un cran. Le bureau des affaires de Hongkong et Macao à Pékin a qualifié de « germes de terrorisme » les récents événements, notamment les manifestations du week-end.

« Enchaînement d’avertissements »

Pékin qui, durant plusieurs semaines, a minimisé l’ampleur de la contestation apparue le 9 juin, a totalement changé de stratégie. Le terme de « terroristes » a été prononcé à trois reprises, lundi, au cours du journal de la chaîne chinoise CCTV. Pas un mot en revanche sur la fermeture de l’aéroport. Sur les réseaux sociaux, le hashtag Hongkong, longtemps censuré, est aujourd’hui l’un des plus utilisés. La tonalité des messages : Hongkong, c’est la Chine, haro sur les manifestants.

De son côté, le quotidien nationaliste chinois Global Times a diffusé lundi une vidéo montrant des manœuvres de la « police armée du peuple », sous contrôle de l’armée chinoise, effectuant « apparemment des exercices à grande échelle » à Shenzhen, aux portes de Hongkong.

Global Times

@globaltimesnews
The People’s Armed Police have been assembling in Shenzhen, a city bordering Hong Kong, in advance of apparent large-scale exercises, videos obtained by the Global Times have shown. http://bit.ly/2Z0g7nU
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10:32 - 12 août 2019

C’est la troisième vidéo de ce type en douze jours. Toujours possible, une intervention directe de l’armée ou de la police chinoises à Hongkong ne semble pas l’hypothèse privilégiée par le président Xi. La stratégie de Pékin a été définie par un éditorial du Quotidien du peuple, l’organe du Parti communiste chinois, le lundi 5 août, jour même de la grève générale organisée à Hongkong, la première depuis la rétrocession du territoire de 7,4 millions d’habitants du Royaume-Uni à la Chine en 1997.

Cet éditorial établissait la distinction entre des « extrémistes violents » qui auraient utilisé le projet de loi d’extradition vers la Chine comme prétexte pour atteindre d’« autres objectifs » – saper la souveraineté chinoise notamment – et la vaste majorité des Hongkongais appelés à s’unir contre eux. Le lendemain, Carrie Lam, chef de l’exécutif local désignée par Pékin, reprenait cette formulation, et le mercredi 7 août, Zhang Xiaoming, le chef du bureau des affaires de Hongkong et Macao à Pékin, la détaillait devant 500 responsables économiques et politiques chinois et hongkongais réunis à Shenzhen.

Les responsables sont sommés par Pékin de soutenir Mme Lam sans réserve, et même si les forces chinoises intervenaient à la demande des autorités de Hongkong, c’est à celles-ci de rétablir l’ordre par tous les moyens. « Pékin nous a donné son feu vert pour que la police soit plus dure », expliquait Regina Ip, une responsable politique pro-Pékin, vendredi. Alors que la population de Hongkong est majoritairement choquée par les violences policières, la police n’a pas hésité, lundi 12 août, à exhiber sa nouvelle acquisition : des camions Mercedes flambant neufs équipés de puissants canons à eau – installés par une entreprise française.

« Cet enchaînement d’avertissements est typique de la manière dont les autorités chinoises fonctionnent : un document fait autorité, toutes les organisations doivent ensuite appliquer l’état d’esprit qu’il a diffusé, analyse Sebastian Veg, professeur d’histoire intellectuelle de la Chine à l’Ecole des hautes études en sciences sociales. C’est une ligne dure qui est adoptée, avec le refus de toutes les demandes des manifestants. Cela va se traduire par l’emploi des forces de l’ordre de Hongkong, le soutien des “forces patriotiques”, c’est-à-dire le ralliement de toutes sortes de personnalités ou d’individus cooptés par la Chine et dépendant d’elles, des stars de cinéma aux hommes d’affaires, puis le recours à des inculpations très dures par le parquet sur ordre du département de la justice. »

Au cours de la réunion du 7 août, Zhang Xiaoming avait également qualifié les événements de Hongkong de « révolution de couleur », c’est-à-dire, dans l’esprit des dirigeants communistes, fomentés par l’Occident ou par les Eglises chrétiennes.

Un soutien croissant aux manifestants

Dans la droite ligne de ce discours, plusieurs entreprises de Hongkong ont subi les foudres de Pékin. Le cas le plus spectaculaire est celui de la compagnie aérienne Cathay Pacific, puisque la Chine exige d’elle la liste de son personnel qui a fait grève le 5 août, et entend interdire à ces salariés d’entrer en Chine voire de survoler son territoire. Au lendemain de la grève, le directeur général de Cathay disait respecter les convictions de ses salariés.

Lundi, changement complet d’attitude : les personnels qui « soutiennent ou participent à des protestations illégales » feront face à des mesures disciplinaires « qui pourraient inclure la fin de leur contrat ». Cathay Pacific réalise environ la moitié de son chiffre d’affaires avec la Chine et Air China détient 30 % de son capital. Mais Cathay n’est pas la seule entreprise dans le collimateur.

Samedi 10 août, le responsable du Global Times s’en était pris à la direction d’un important centre commercial de Hongkong, le Harbour City, dont la direction avait laissé à deux reprises des manifestants s’emparer du drapeau chinois. Elle avait aussi fait coller sur ses portes une affiche demandant à la police d’éviter d’intervenir dans le centre commercial.

Message reçu : dimanche soir, Peter Woo, le tycoon de 72 ans propriétaire du centre, dénonçait les manifestants et faisait remarquer que « l’acte de violence illégal et l’intimidation contre des civils à des fins politiques correspondent, selon certains, à la définition du terrorisme du dictionnaire d’Oxford ».

Rien ne dit que cette rhétorique produise ses effets. Selon des enquêtes menées au cours de chaque manifestation depuis le 9 juin par des universitaires de Hongkong, le soutien des manifestants à la minorité d’activistes violents croît régulièrement – jusqu’à atteindre 95,9 % le 4 août –, car les manifestants font porter la responsabilité de la violence à l’exécutif local et à Pékin.

Frédéric Lemaître (Hongkong, envoyé spécial)

• Le Monde. Publié le 13 août à 06h35, mis à jour hier à 12h11 :
https://www.lemonde.fr/international/article/2019/08/13/la-crise-s-enlise-a-hongkong-pekin-change-de-strategie_5498959_3210.html


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