En Algérie, le 33e vendredi de mobilisation populaire : La pression s’accentue

Le mouvement populaire reste toujours mobilisé et déterminé à faire aboutir ses revendications. Pour la 33e semaine consécutive, des milliers de personnes ont battu le pavé à Alger et dans de nombreuses villes du pays pour exprimer leur rejet du rendez-vous électoral, programmé par le pouvoir en place pour le 12 décembre prochain.

La capitale Alger a été envahie, durant la journée d’hier, par une marée humaine, convaincue que la joute électorale, dont le processus est lancé, « ne vise qu’à contourner les exigences du hirak » qui veut « l’application réelle des articles 7 et 8 de la Constitution qui portent sur la restitution du pouvoir au peuple ».

Alors que le processus électoral est déjà lancé et le pouvoir ne jure que par la tenue de cette échéance à la date fixée, les manifestants ne perdent pas espoir de la faire échouer. « Bye, bye Gaïd Salah, hada el 3am makenche le vote » (Cette année, il n’y aura pas de vote), scandent les manifestants sortis massivement, hier vendredi, dans les différentes rues et boulevards d’Alger.

Dans la capitale, il y eut, en fait, plusieurs marches qui ont toutes convergé vers la place Audin et la Grande-Poste. En dépit d’une forte présence policière qui a tenté de dissuader les manifestant·e·s, la mobilisation était au rendez-vous.

Coïncidant avec l’anniversaire des événements du 5 Octobre 1988, qui avait conduit à la naissance du pluralisme politique, le 33e vendredi du hirak a été une occasion pour les manifestants de réaffirmer leur engagement à parachever ce combat interrompu il y a 30 ans.

La première procession des manifestants, très compacte, faut-il le souligner, a démarré de la place du 1er Mai en direction de la Grande-Poste.

Peu avant 14h, des milliers de manifestants, arborant comme toujours des emblèmes, des banderoles et des pancartes, se sont lancés sur la rue Hassiba Ben Bouali en scandant des slogans hostiles au pouvoir en place, à la présidentielle programmée et au chef d’état-major de l’armée.

« 57 ans de pouvoir militaire, le peuple en a marre ! », « Daoula madania, machi 3ascaria ! » (Pour un Etat civil et non militaire) et « Hada echaab la yourid houkm el 3asker men djadid » (Ce peuple ne veut pas d’un pouvoir politique), lancent les manifestants.

Harcèlement et interpellations

La procession des manifestants prenait de l’ampleur à mesure que la marche avançait en direction d’Alger. En effet, alors que les premiers marcheurs arrivaient à proximité du tunnel de la place Mauritania, les derniers venaient juste de démarrer de la place du Champ des manœuvres.

L’autre marche, de la même ampleur, a démarré de la place des Martyrs. Elle était composée des habitants de la région ouest d’Alger, dont notamment ceux des quartiers de Bab El Oued et de La Casbah.

Ils reprenaient aussi les mêmes slogans et rappelant aussi les combats menés par les victimes des événements d’Octobre 1988. « 5 Octobre chouhada ! » (Martyrs), lancent-ils encore. Ces foules de protestataires ont toutes rejoint celle qui était déjà en place au niveau de la place Audin et la Grande-Poste.

Pendant plusieurs heures, Alger a vibré au rythme des chants revendicatifs des hirakiens, qui réclament aussi la libération des détenus politiques et d’opinion, injustement incarcérés. Contrairement à la semaine précédente, les agents de la police, déployés en masse pour quadriller notamment Alger-Centre, ont procédé à des interpellations massives des manifestants.

Ils ont ciblé, particulièrement, les premiers protestataires. Plusieurs dizaines de jeunes ont été conduits aux commissariats, dont des fidèles venus effectuer la prière du vendredi à la mosquée Errahma. Même le journaliste Bouzid Ichaalalen a été embarqué, avant d’être relâché quelques minutes après.

Mais ces interpellations et ce harcèlement n’ont pas dissuadé les manifestants qui se montrent toujours déterminés à poursuivre le combat pour l’édification de la nouvelle Algérie. (Article publié dans El Watan en date du 5 octobre 2019)

Majid Makhedi

• EL WATAN. 5 OCTOBRE 2019 :
https://www.elwatan.com/edition/actualite/la-pression-saccentue-05-10-2019


 En Algérie, le désarroi des familles de manifestants détenus

Une soixantaine de personnes sont en détention provisoire après avoir été arrêtées lors de manifestations. Les procès tardent à s’ouvrir et les proches tentent de s’organiser.

La banderole est si grande qu’elle recouvre le canapé et la table basse du petit salon. « On doit l’apporter pour la manifestation, mais je ne sais pas encore comment on va faire pour la transporter discrètement », soupire Ouhiba Kichou, 50 ans. Les visages de détenus y sont imprimés, dont celui de son frère. Hadi Kichou, ingénieur, a été arrêté le 28 juin à Alger alors qu’il se trouvait dans son véhicule avec sa cousine. « La police a fouillé la voiture. Sur la banquette arrière, il y avait des pancartes qu’ils avaient faites pour la manifestation : une qui disait au chef d’état-major de partir à la retraite et une autre sur les articles 7 et 8 de la Constitution [qui stipulent que le peuple est la source de tout pouvoir en Algérie] », raconte Ouhiba.

Comme trois autres personnes ce jour-là – dont une élue locale de Tizi-Ouzou, Samira Messoussi –, Hadi Kichou est emmené au commissariat du boulevard des Martyrs, puis transféré à la prison d’El-Harrach, menottes aux poignets. Deux jours plus tard, le tribunal le place en détention provisoire pour « atteinte à la sûreté de l’Etat ». « Une arrestation pour des slogans ? Ça veut dire qu’on ne peut pas écrire ce qu’on pense sur une feuille blanche. C’est grave ! », s’emporte Ouhiba. L’arrestation de son frère, qui s’occupait de leurs parents âgés, a bouleversé la vie de la famille. « Je n’arrive plus à me concentrer, je suis tout le temps à la recherche d’informations. J’essaye de calmer mes parents, de les soutenir. Avec la rentrée scolaire, c’est encore plus dur, parce que les enfants ont besoin de moi », raconte, la gorge nouée, cette ancienne photographe de presse.

Depuis le mois de juin, au moins 66 personnes ont été arrêtées et placées en détention provisoire à Alger alors qu’elles participaient ou projetaient de participer aux manifestations pour un changement de régime. Une première vague d’arrestations a eu lieu fin juin, après les discours du chef d’état-major, Ahmed Gaïd Salah, pointant du doigt ceux qui brandiraient le drapeau berbère. La deuxième vague est arrivée mi-septembre, alors que les autorités annonçaient la tenue d’une élection présidentielle pour le 12 décembre. Selon la presse, sur la même période, près de cent personnes au total seraient concernées par des poursuites judiciaires ; et ce chiffre pourrait augmenter. Le 29 septembre, deux militants de l’association Rassemblement actions jeunesse (RAJ) ont été placés en détention provisoire après avoir été arrêtés dans deux cafés de la capitale. « Les arrestations ne vont pas cesser. Et avec l’approche des élections, ça m’étonnerait qu’ils les relâchent », soupire Ouhiba.

« On n’entend pas les intellectuels »

Dans le local d’un parti politique au cœur d’Alger, autour de grandes tables en bois, la réunion du mercredi 18 septembre commence avec du retard. Etudiants, militants, journalistes, professionnels de la culture et proches de détenus tentent de faire un bilan du nombre de personnes arrêtées. Ils énumèrent les rumeurs, confirment les arrestations qui ont eu lieu dans d’autres villes du pays, en infirment d’autres. « Il faut vraiment qu’on mobilise pour les sit-in, on n’est pas assez nombreux », lance Zoheir, photographe. « Le pire dans tout ça, c’est qu’on n’entend pas les intellectuels », soupire Raouf, 31 ans.

Le groupe s’est organisé pour soutenir financièrement les familles de détenus qui en ont besoin. « On a commencé par donner de l’argent nous-mêmes, puis on a sollicité des chefs d’entreprise parce que c’était intenable. Désormais, certains patrons aident directement les familles sans passer par nous », affirme un jeune homme, militant d’un parti politique.

Lire aussi Algérie : « L’Europe et la France seront solidaires ou complices »
La majorité des personnes incarcérées sont des jeunes. Les parents ont également créé un comité des familles de détenus. « Nous étions perdus, chacun dans notre coin. Nous l’avons fait pour nous soutenir les uns les autres et surtout pour que les instances administratives et carcérales, tout comme les manifestants, aient un interlocuteur », explique Arezki Challal, dont le fils Amokrane, 32 ans, a été arrêté le 28 juin alors qu’il portait un drapeau berbère.

Au téléphone, il tente d’aider un homme dont le père semble avoir été arrêté mais dont personne n’a de nouvelles. Pendant plusieurs jours, ni les commissariats, ni les tribunaux, ni l’administration pénitentiaire n’ont pu dire où était cet homme. « Je ne sais pas où il faut aller, dit Arezki Challal à son interlocuteur. Tu sais, moi je n’y connaissais rien aux prisons avant l’arrestation de mon fils. »

Pressions des forces de l’ordre

Devant le tribunal Abane-Ramdane d’Alger, jeudi 19 septembre, une trentaine de personnes ont protesté aux cris de « Relâchez les détenus, ils n’ont pas vendu de la cocaïne », en référence à la saisie de plus de 700 kg de drogue à Oran en mai 2018. Chaque jeudi, les familles manifestent près de la cour. Elles se réunissent de nouveau le vendredi matin, avant d’aller manifester l’après-midi avec le cortège général. Souad Leftissi, 28 ans, le visage entouré par un foulard rose pâle, parcourt régulièrement les 500 kilomètres qui séparent sa ville de Skikda de la capitale. « Je participe aux réunions, je vais aux sit-in et je rends visite à mon frère », explique cette doctorante en architecture.

Messaoud Leftissi, 34 ans, a été arrêté le 21 juin à Alger alors qu’il était assis dans un café avant d’aller manifester. Le jeune homme, militant depuis 2006, vit à Skikda, où, selon sa famille, il subissait des pressions des forces de l’ordre. En avril, une plainte avait été déposée contre lui auprès de la cellule de lutte contre la cybercriminalité, pour « appel à attroupement non armé ». Cela fait désormais plus de trois mois qu’il est en détention provisoire. « Le juge d’instruction de la onzième chambre n’a pas convoqué d’autre audience alors qu’il devrait l’entendre une deuxième fois sur le fond de l’affaire, raconte Souad Leftissi. Il refusait de recevoir les avocats, expliquant avoir d’autres affaires à traiter, plus urgentes. » Messaoud Leftissi a finalement été entendu le 30 septembre, mais le juge d’instruction n’a pas rendu le non-lieu qu’attendait sa famille. Il est maintenu en détention.

Le 27 septembre, Arezki Chellal a diffusé la traditionnelle manifestation du vendredi en direct sur les réseaux sociaux. « Nos enfants seront relâchés, dit-il. On sait qu’ils ont été pris en otages pour intimider la population. Regardez, il n’y a presque plus de drapeau berbère à Alger. Ils ont presque réussi. »

Zahra Chenaoui (Alger, correspondance)

• Le Monde. Publié le 04 octobre 2019 à 10h58 - Mis à jour le 04 octobre 2019 à 11h05 :
https://www.lemonde.fr/afrique/article/2019/10/04/en-algerie-le-desarroi-des-familles-de-manifestants-detenus_6014189_3212.html


 Algérie, 32e mardi : « Les étudiants entretiennent la flamme »

La foule des étudiants, rejoints comme d’habitude par des citoyens et des enseignants universitaires, a fait vibrer la capitale, placée sous haute surveillance policière qui s’est contentée cette fois-ci de l’encadrement de la marche.

Les étudiants refusent à nouveau le « fait accompli » du régime en place. « Pas d’élection, le rendez-vous n’aura pas lieu et advienne que pourra ! », lancent les milliers d’étudiant·e·s qui ont participé à la 32e marche d’appui au mouvement populaire, réclamant le départ du système en place, organisée hier à Alger.

Toujours déterminée à poursuivre la lutte pour une « Algérie démocratique, loin de toute tutelle des gardiens du système en place depuis l’indépendance du pays », la communauté universitaire était, en effet, au rendez-vous hier pour faire passer son message aux tenants du pouvoir.

Un message qui consiste à rejeter l’agenda électoral du régime qui s’affaire à préparer le scrutin présidentiel du 12 décembre prochain. La foule des étudiants, rejoints comme d’habitude par des citoyens et des enseignants universitaires, a fait vibrer la capitale, placée sous haute surveillance policière qui s’est contentée cette fois-ci de l’encadrement de la marche.

La procession des manifestants s’est ébranlée à partir la place des Martyrs, peu avant 11h, pour sillonner plusieurs rues et boulevards de la capitale, avant de prendre fin vers 13h devant la Grande-Poste. Brandissant des banderoles et des pancartes portant des slogans phares du hirak, les marcheurs, dont les rangs grossissaient à mesure que la marche avançait vers Alger-Centre, expriment leur « rejet d’un 5e mandat en préparation sans le président déchu, Abdelaziz Bouteflika ».

« Makench El Khamsa ya Boualita ! » (Pas de 5e mandat) et « Pas d’élections avec les bandes », lancent-ils, en adressant aussi des réponses aux « mouches électroniques qui pullulent sur les réseaux sociaux et qui mènent une véritable contre-révolution en tentant de diviser le mouvement populaire ». « Esma3i y a doubaba, hakda wessani Baba, ma nvotich 3la el 3issaba ! » (Ecoute bien espèce de mouche électronique, je ne vote pas pour la bande), affirment-ils.

« Pour une Algérie libre et démocratique »

Les manifestant·e·s font le serment aussi de faire échouer le rendez-vous du 12 décembre prochain, comme ce fut le cas pour les précédents (la présidentielle du 18 avril et celle du 4 juillet derniers).

Ils s’en prennent ainsi au chef de l’Etat intérimaire, Abdelkader Bensalah, et aux décideurs de l’armée, dont son premier responsable, Ahmed Gaïd Salah, en leur demandant de partir. « Hada echaab la yourid houkm el 3askar men djadid » (Ce peuple ne veut pas d’un retour au pouvoir militaire), « Daoula madania, machi 3askaria » (Pour un Etat civil et non militaire) et « Indépendance ! », clament-ils.

Les manifestants renouvellent aussi leurs aspirations à une « Algérie libre et démocratique ». Toujours collés à l’actualité, les étudiants adressent aussi des messages aux services de sécurité pour les exhorter à cesser le harcèlement du mouvement populaire. « Surveillez Tliba [vice-président de l’Assemblée nationale] (annoncé en fuite), pas les talaba (les étudiants) », demandent-ils, en passant devant une file de policiers postés devant le commissariat central, situé au boulevard Amirouche.

Ils n’ont pas également oublié les détenus d’opinion et les prisonniers politiques, dont ils exigent la libération inconditionnelle. « Ettalqou wladna, ma ba3ouche la cocaïne ! » (Libérez nos enfants, ils ne sont pas des vendeurs de cocaïne) et « Karim Tabbou, echaab ihabou ! » (Karim Tabbou – Union démocratique et sociale – est aimé par le peuple), clament-ils.

Madjid Makedhi

• EL WATAN. 2 OCTOBRE 2019 À 10 H 05 MIN :
https://www.elwatan.com/edition/actualite/32e-mardi-de-mobilisation-les-etudiants-entretiennent-la-flamme-02-10-2019


 Présidentielle du 12 décembre : Le front du boycott s’élargit

Des partis ayant plaidé pour un règlement de la crise à travers un processus électoral, à l’instar du MSP, décident de boycotter la présidentielle du 12 décembre.

Il y a de plus en plus de figures politiques, de partis et de personnalités nationales qui refusent de prendre part à l’élection présidentielle fixée au 12 décembre prochain. Après l’annonce de Ali Fawzi Rebaïne, président de Ahd 54 et plusieurs fois candidat à la magistrature suprême, de sa non-participation à ce scrutin, c’est au tour de Abdallah Djaballah, président du Front pour la justice et le développement (FJD), et de Abderrazak Makri, président du Mouvement de la société pour la paix (MSP), de suivre le même chemin. La non-participation de ces deux « poids lourds » du courant islamiste va assurément renforcer le front des boycotteurs qui s’élargit ainsi au fil des jours.

Leur refus de prendre part à cette échéance électorale contestée par des pans de la société est important surtout lorsque l’on sait que le parti de Abdallah Djaballah ainsi que celui de Abderrazak Makri ont toujours plaidé pour une solution à la crise par voie électorale.

Autrement dit, il s’agit de deux formations politiques qui étaient dès le début de la crise contre l’option d’une Assemblée constituante et plutôt favorables à une présidentielle dans les meilleurs délais mais qui considèrent, dans le contexte actuel, que les conditions ne sont pas encore réunies pour la bonne tenue de ce scrutin. Ainsi donc, la voix de ces défenseurs d’un règlement de la crise politique à travers les urnes s’ajoute à celle des partisans d’une transition et d’un processus constituant.

En effet, les partisans d’une période de transition, essentiellement regroupés dans ce qui est appelé l’Alternative démocratique, ont dès le départ annoncé la couleur en rejetant l’option électorale et défendant « le nécessaire passage par une courte période de transition » avec le départ de tous les symboles du régime Bouteflika. Il s’agit du FFS, du RCD, du PT, du PST, de l’UCP, du MDS et du PLD, auxquels s’est jointe la Ligue algérienne pour la défense des droits de l’homme (LADDH) de l’avocat Noureddine Benissad.

D’autres partis, qui ne sont pas dans ce pôle politique, ont également déclaré leur boycott de ces élections. C’est le cas, par exemple, de Jil Jadid de Soufiane Djilali, qui a appelé le pouvoir à annuler cette présidentielle, considérant que le timing n’était pas bon. Ce parti, qui avertit contre la montée des tensions et la radicalisation du mouvement de contestation, estime que « dans ces conditions, le dialogue officiel n’a pu consacrer des mesures d’apaisement qui auraient dû lui donner ses meilleurs arguments ».

Cette formation prône la « troisième voie, celle de la sagesse, avec l’assentiment de tous », qui pourrait tracer « le chemin de l’espoir ». La liste ne s’arrête pas là. Les décisions de boycott s’enchaînent. Le Parti de la liberté et de la justice (PLJ), de Mohamed Saïd, proche d’Ahmed Taleb Ibrahimi, a, pour sa part, annoncé son boycott de ce scrutin. Réitérant son soutien au hirak, ce parti considère que « les données actuelles n’encouragent nullement l’organisation d’élections ».

Le PLJ estime que rien n’a été fait par le pouvoir pour « privilégier l’option consensuelle » pour laquelle il ne cesse de plaider. Le PLJ se dit ainsi « convaincu que l’issue urgente à la sortie de l’impasse politique et le soulagement du citoyen passent impérativement par un dialogue sérieux et responsable, seule voie pour la construction du consensus national exigé aujourd’hui plus jamais ». Il se dit également convaincu que « les élections projetées doivent émaner d’un consensus, car toute élection consensuelle dégagera un président consensuel ».

L’ancien Premier ministre Ahmed Benbitour a, de son côté, refusé de se porter candidat à cette élection, estimant qu’il ne pouvait pas se dresser contre « la volonté d’un peuple qui sort chaque semaine pour la liberté et la démocratie ».

Aussi, Abdelaziz Rehabi, ancien diplomate, qui a œuvré pour une conférence nationale du consensus, a affirmé qu’il n’était pas candidat à la présidentielle. « Je voudrais informer que je ne suis pas candidat à la prochaine élection présidentielle, remercier et exprimer ma gratitude à ceux qui m’ont demandé de le faire ainsi qu’à ceux qui militent pour une solution politique globale et consensuelle à l’impasse politique que connaît notre pays, l’Algérie », a-t-il écrit dans une déclaration publiée le 25 septembre sur sa page Facebook.

M. Rehabi a été l’un des artisans de la conférence nationale du dialogue qui a regroupé une dizaine de partis et une cinquantaine d’organisations et d’associations le 6 juillet dernier à Aïn Benian. Les participants à cette conférence avaient posé des préalables à une élection présidentielle, dont le départ du gouvernement Bedoui, la libération de l’action politique de toute entrave, la libération des manifestants pacifiques, l’ouverture des médias à l’opposition et la levée d’entraves devant les marches populaires pacifiques, notamment autour de la capitale.

Des mesures d’apaisement figurant également dans le rapport final du panel du dialogue national présidé par Karim Younès. Ainsi donc, pour une bonne partie de ces forces politiques, l’absence de gestes forts d’apaisement de la part du pouvoir constitue la principale raison de leur boycott de ce rendez-vous électoral auquel participeront des figures politiques bien connues, à l’instar de Ali Benflis, Abdelaziz Belaïd, Abdelmadjid Tebboune et fort probablement Abdelaziz Belkhadem.

MOKRANE AIT OUARABI

• EL WATAN. 30 SEPTEMBRE 2019 À 10 H 05 MIN :
https://www.elwatan.com/edition/actualite/presidentielle-du-12-decembre-le-front-du-boycott-selargit-30-09-2019


 Le hirak maintient la pression

Plusieurs centaines de milliers de manifestants ont envahi le centre-ville dès le début de l’après-midi pour dire non à « un 5e mandat déguisé », dont les contours commencent à se dessiner avec l’annonce des noms des candidats à la candidature, dont l’ancien Premier ministre, Abdelmadjid Tebboune, et le président du parti Talaie El Hourriyet, Ali Benflis.

Un tsunami populaire ! Le hirak se montre toujours déterminé à faire barrage à la présidentielle du 12 décembre prochain.

En dépit de toutes les manœuvres des tenants du pouvoir, le mouvement populaire reste soudé et plus que jamais engagé à faire aboutir sa révolution. Il s’oppose « au fait accompli » et rejette aussi les prétendants à ce scrutin.

En effet, la capitale, Alger, était hier au rendez-vous pour le 32e vendredi de la mobilisation. Septième mois de la révolution pacifique.

Plusieurs centaines de milliers de manifestants ont envahi le centre-ville dès le début de l’après-midi pour dire non à « un 5e mandat déguisé », dont les contours commencent à se dessiner avec l’annonce des noms des candidats à la candidature, dont l’ancien Premier ministre, Abdelmadjid Tebboune, et le président du parti Talaie El Hourriyet, Ali Benflis. Comme ce fut le cas lors du 31e vendredi, la foule des manifestants était aussi compacte.

Malgré l’absence des moyens de transport, bus et train, qui ont été contraints de suspendre leurs dessertes sur Alger hier, les marcheurs, toujours engagés, ont malgré tout réussi à rejoindre le centre-ville. Il y en a même qui se sont déplacés à pied sur plusieurs dizaines de kilomètres pour participer à la manifestation.

Brandissant l’emblème national, des banderoles et des pancartes portant des slogans hostiles au pouvoir en place et à sa feuille de route, les manifestants ont afflué des quatre coins d’Alger pour rejoindre les places de la Grande-Poste et Audin, où étaient rassemblés déjà les premiers contestataires dès le début de la matinée.

Vers 13h45, plusieurs processions de manifestants, composées de femmes, d’hommes, de vieux, de jeunes et d’enfants, se sont ébranlées à partir des places du 1er Mai et des Martyrs pour arpenter les principaux boulevards et rues d’Alger.

« Le peuple est le seul président »

Les protestataires adoptent de nouveaux slogans en rapport avec le contexte du moment. Considérant la candidature des anciennes figures du système comme une volonté d’aller vers « un 5e mandat sans Bouteflika », les manifestants reviennent aux mots d’ordre lancés au début du hirak. « Makench el khamsa, djibou el BRI, zidou sa3iqa ! » (Pas de 5e mandat déguisé, faites appel à la BRI et aux forces spéciales), lance la foule.

Reproduisant les images du printemps dernier, lorsque le mouvement populaire était au sommet de sa mobilisation, les participants à la marche d’hier n’ont pas manqué de fustiger les candidats déclarés, particulièrement ceux qui sont présentés comme de sérieux prétendants, en l’occurrence Abdelmadjid Tebboune et Ali Benflis.

« La Benflis, la Tebboune, hada echaab houwa errais ! » (Ni Benflis ni Tebboune, le Président c’est le peuple), scandent-ils. La foule reprend aussi en chœur les slogans rejetant la tenue d’une élection présidentielle sous la houlette des mêmes figures de l’ancien régime, dont le Premier ministre, Noureddine Bedoui, et le chef de l’Etat intérimaire, Abdelkader Bensalah. « 3amrou el istimarat fi El Imarat ! » (Remplissez vos formulaires de souscription aux Emirats), « Makenche intikhabat ya el issabat ! » (Pas d’élections espèce de bande), « Makench el vot, wallah ma n’dirouh, Bedoui, Bensalah lazem itirou ! » (Pas d’élections, elles n’auront pas lieu. Bedoui et Bensalah doivent partir), lancent-ils, en exigeant la mise en place d’« une véritable période de transition démocratique ».

« Libérez les détenus ! »

A la Grande-Poste et à la place Audin, comme à la rue Hassiba Ben Bouali, le boulevard Amirouche et la rue Asselah Hocine, les marcheurs ont aussi scandé des slogans hostiles au chef d’état-major de l’armée, Ahmed Gaïd Salah, et aux généraux qui s’affairent, selon eux, à reconstituer le système. « Echaab yourid el istiqlal ! » (Le peuple veut l’indépendance), affirme encore la foule qui n’a cessé de prendre de l’ampleur au fil des heures.

Outre les slogans opposés aux élections et aux tenants du pouvoir en place, les manifestants réclament aussi, avec force, la libération des détenus d’opinion et politiques, dont le coordinateur de l’UDS, Karim Tabbou, libéré mercredi avant d’être renvoyé à la prison sur décision du procureur près le tribunal de Sidi M’hamed, d’Alger. « Karim Tabbou echaab ihabou ! » (Tabbou est aimé par le peuple).

MADJID MAKEDHI

• EL WATAN. 28 SEPTEMBRE 2019 À 10 H 05 MIN :
https://www.elwatan.com/edition/actualite/le-hirak-maintient-la-pression-28-09-2019


 Marée humaine à Tizi Ouzou

Le rejet de l’élection présidentielle du 12 décembre prochain a été réaffirmé, encorne une fois, hier, par les participants à la grandiose marche qui a eu lieu dans la ville de Tizi Ouzou, à l’occasion du 32e vendredi de protestation pour le départ du système.

« Non au scrutin de la honte ! », « Non à la mascarade électorale ! », « Le peuple marche la tête haute et le pouvoir marche sur la tête ! », « Pas d’élections avec un système mafieux ! », « La période de désignation des présidents est finie ! », tels sont, entre autres, les slogans scandés, à gorges déployées, par les manifestants qui ont entamé, comme chaque semaine, leur marche devant le portail principal du campus universitaire de Hasnaoua où les premières grappes humaines commençaient à affluer à partir de 12h30.

Malgré un soleil de plomb, le 32e vendredi de protestation été imposant d’autant plus qu’il a drainé une marée humaine qui a déferlé sur la capitale du Djurdjura.

Les participants à cette action ont exprimé, en outre, leur détermination farouche à maintenir la pression sur les décideurs jusqu’à la satisfaction des revendications du mouvement populaire. « Nous n’allons pas cesser de marcher jusqu’au départ de tous les symboles du système ! », lance un marcheur, à l’aide d’un mégaphone.

Les manifestants qui se sont scindés en plusieurs carrés compacts ont également stigmatisé Gaïd Salah, Bensalah et Bedoui dont le départ est réclamé par la foule composée notamment de jeunes, de femmes et même de personnes âgées. Les slogans écrits sur les pancartes brandies les marcheurs concordent avec les mots d’ordre du mouvement. « Pour une Algérie belle et prospère », « Attention au recyclage des hommes du passé.

L’expérience 1999 à 2019 est à méditer. Place aux jeunes de la nouvelles génération », lit-on sur un carton porté par un enfant venu avec ses parents. « Etat civil et non militaire », est-il aussi écrit sur un autre étendard mis en avant par un manifestant.

La foule a réclamé, encore une fois, la libération des détenus du mouvement populaire qui croupissent dans les geôles du pouvoir. Au-devant de chaque carré pratiquement, on remarque des pancartes avec les portraits des détenus comme Karim Tabbou, Lakhdar Bouregaâ, Fodil Boumala et Samir Benlarbi.

Nous avons également aperçu un autre carré composé essentiellement de citoyens de la daïra de Tigzirt qui crient, à tue-tête, « Libérez les détenus, libérez l’Algerie ! ». Ils participent, chaque vendredi, tout en déployant une banderole portant les photos d’Amar Acherfouche arrêté à Alger pour avoir brandi le drapeau amazigh.

D’ailleurs, depuis son arrestation, les citoyens de la région de Tigzirt n’ont cessé d’exiger sa libération à travers des actions de terrain. Jeudi, une marche a eu lieu, comme chaque semaine, dans la ville de Tigzirt. La mobilisation pour obtenir la libération des détenus du mouvement s’intensifie.

Mercredi dernier, les habitants de Tifra, village du détenu Amar Acherfoun, ont tenu une assemblée générale. « L’initiative de cette rencontre est l’œuvre de la jeunesse du village qui veut se réapproprier les traditions ancestrales des solidarité dan ce village aux 57 martyrs.

Les citoyens de Tifra sont déterminés à crier haut et fort pour dénoncer l’arbitraire dont sont victimes les détenus du mouvement, à l’image d’Amar Acherfouche », nous a-t-il été souligné par les habitants de Tifra, hier, lors de la marche de Tizi Ouzou. Celle-ci s’est déroulée dans un climat pacifique et dans une ambiance marquée par une solidarité exemplaire.

HAFID AZZOUZI

• EL WATAN. 28 SEPTEMBRE 2019 À 10 H 01 MIN :
https://www.elwatan.com/edition/actualite/maree-humaine-a-tizi-ouzou-28-09-2019


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