Algérie, 34e et 35e mardi ou vendredi de mobilisation : le hirak maintient le cap

, par AICHOUN Abdelghani, BENFODIL Mustapha

 35e vendredi de mobilisation : Le hirak maintient le cap

La mobilisation demeure infatigable comme à chaque rendez-vous hebdomadaire (Photo : Souhil B)

Alger, 18 octobre. 35e vendredi du hirak. Depuis la rentrée, la bonne santé du mouvement se confirme de semaine en semaine, malgré l’ampleur de la répression, les anathèmes, la propagande, la désinformation…

Hier, les Algériens sont, de fait, sortis par centaines de milliers à Alger, pour réaffirmer leur rejet catégorique des élections du 12 décembre et pour exiger la libération des détenus du hirak, dont le nombre a atteint des proportions effrayantes.

Dans la matinée, un calme lourd régnait sur la ville. Le déploiement imposant des forces de police, les camions stationnés tout le long de la rue Didouche, renforcés par des véhicules tout-terrain, bouchaient le moindre interstice. Sensation d’étouffement. Les quelques hirakistes qui arpentent les rues se montrent prudents. Quelques rares manifestants se baladent drapeau sur l’épaule.

Sinon, par petites grappes ou individuellement, ils sont adossés aux murs de l’artère principale ou s’abritent dans les cafés. Il a fallu attendre 12h passés pour voir les premiers cortèges se former. Des dizaines de citoyens se donnèrent à ce moment-là le mot et se mirent à scander : « Dawla madania, machi askaria ! » (Etat civil, pas militaire), « Dégage Gaïd Salah, had el aâm makach el vote ! » (pas de vote cette année), « Les généraux à la poubelle, wel Djazaïr teddi l’istiqlal ! » (et l’Algérie accédera à l’indépendance)…

« On s’est débarrassés de la charrette, reste la casquette »

La police forme une haie le long de la rue Didouche Mourad jusqu’à la place Audin pour dégager une voie de circulation à l’usage des automobilistes. Les manifestants ne se font pas prier pour occuper la bande restante de la chaussée et remonter la rue en répétant : « Makache intikhabate ya el îssabate ! » (Pas d’élections avec le gang), « Ya Ali Ammar, bladi fi danger. Nkemlou fiha la Bataille d’Alger. Makache marche arrière, eddoula fourrière. El yed fel yed neddou l’istiqlal ! » (Ali Ammar mon pays est en danger. Nous allons continuer la Bataille d’Alger. Pas de marche arrière, le gouvernement est à la peine. Main dans la main, on arrachera l’indépendance).

La libération des détenus était au cœur des revendications populaires, comme l’exprime ce slogan : « Atalgou el massadjine, ma baouche el cocaïne ! » (Relâchez les prisonniers, ce ne sont pas des vendeurs de cocaïne). On pouvait également entendre : « Eddouna gaâ lel habss, echaâb marahouche habess ! » (Jetez-nous tous en prison, le peuple ne s’arrêtera pas). Sur un air qui rappelle la chanson El Menfi, la foule chante : « La nourid la nourid, hokm el askar min djadid ! » (On ne veut pas d’un nouveau régime militaire). Sur les quelques pancartes brandies, on peut lire : « On s’est débarrassés de la charrette, reste la casquette », « Vos lois et vos urnes sont en confinement ».

Un jeune plaide la tolérance après la fermeture de lieux de culte chrétiens à Tizi Ouzou : « Musulmans, chrétiens, juifs ou athées, nous sommes les enfants libres de l’Algérie plurielle. Ne détournez pas le sujet. » Il y avait aussi ce slogan : « Nous sommes tous Nabil Alloun ! » en solidarité avec ce jeune détenu d’opinion. Le cortège a défilé jusqu’à la rue Victor Hugo avant de rebrousser chemin.

« Coupez les routes, coupez Internet… on ne cédera pas ! »

13h. Après ce tour de chauffe, plusieurs manifestants devaient rejoindre les mosquées pour la grande prière hebdomadaire, en promettant de revenir. Un jeune lance : « Aya endirou rakâa nedeîw alihoum » (Allez, on va faire une prière pour les maudire). Les abords de la mosquée Errahma sont cernés par les groupes de fidèles, et tout en haut de la rue Victor Hugo, une foule de non-prieurs s’est massée en attendant la fin de l’office religieux pour refaire bloc et lancer la grosse manif’ rituelle.

13h40. Les fidèles fusent de la mosquée Errahma et remontent la rue Victor Hugo avant de fusionner avec les autres. Un brouhaha monte aux cris de « Dawla madania, machi askaria ! » S’ensuit une véritable déferlante humaine, par vagues successives qui vont se déverser sur la rue Didouche sans discontinuer. Un cri sourd déchire le ciel limpide : « Dégage Gaïd Salah, had el aâm makache el vote ! » Des voix lâchent : « Hé ho, mabrouk l’Tounès, laâkouba lina, yetnahaw ga3 ! » (Félicitations à la Tunisie. Vivement notre tour. Qu’ils dégagent tous). Les slogans antivote pleuvent : « Ulac el vote ulac ! » (Pas de vote), « Makach el vote, wellah ma n’dirou, Bedoui w Bensallah lazem y tirou, Loukan bersass alina tirou, Wellah ma na habsine ! » (Pas de vote, je jure que je ne le ferai pas ; Bedoui et Bensalah doivent dégager ; quand bien même tireriez-vous sur nous à balles réelles, on jure qu’on ne s’arrêtera pas !) On pouvait entendre aussi : « Hada el hirak wadjeb watani ! » (Ce hirak est un devoir national). Une jeune manifestante résume l’agenda du mouvement en écrivant : « Mardi : les étudiants ; jeudi : pilon et youyous ; vendredi : marches ; dimanche : Parlement ». Elle ajoute : « Félicitations à la Tunisie et tout mon soutien au peuple libanais ».

Toujours dans cet esprit de détermination, un citoyen arbore un panneau avec ce message : « Coupez les routes, coupez internet, coupez le téléphone, coupez l’électricité, coupez l’eau, et si vous le pouvez, coupez même l’air et faites disparaître le soleil. On ne cédera pas ! » Un manifestant s’emporte face aux policiers qui encerclent la place Audin. « L’Algérie arrachera son indépendance. Wallah on ne s’arrêtera pas ! » s’écrie-t-il. Un autre manifestant, déguisé en loup, parade avec cet écriteau : « Des loups sont partis ; ils veulent ramener leurs enfants. Mais jamais tu ne pourras dresser un loup ».

« L’istiqlal ! »

Une jeune manifestante aux slogans toujours bien sentis tenait pour sa part à délivrer ce message à travers sa pancarte : « Nos espoirs pour l’Algérie sont plus grands que vos prisons ! » Au verso, elle ajoute : « Algérie libre, démocratique et civile ! » Un jeune défilant à ses côtés affiche cet autre écriteau percutant : « Police nationale, pas politique ! » Un homme plaide : « Libérez nos enfants ». Une dame adresse ces mots aux juges : « Hommes de loi, libérez-vous ! » De larges bannières à l’effigie de Lakhdar Bouregaâ, Karim Tabbou, Samir Belarbi, Fodil Boumala et d’autres prisonniers politiques sont portées fièrement par des bras solidaires. Près de la Fac centrale, des mamans à la mine déconfite affichent les photos de leurs enfants injustement incarcérés. Des portraits notamment de Boudjemil Mohand et Ider Ali.

Un citoyen fustige les élections en écrivant : « La bêtise, c’est de sortir pour faire tomber Bouteflika puis tu participes à des élections organisées par le système de Bouteflika. » Réagissant au projet de loi sur les hydrocarbures adopté en Conseil des ministres, une citoyenne écrit : « Pour nos enfants, notre sous-sol est un gage, faisons barrage aux lois du bradage. » Un petit garçon drapé de l’emblème national et hissé sur les épaules de son papa brandit une pancarte qui dit sensiblement la même chose : « Mon avenir n’est pas à vendre ! »

Nous descendons prendre la température au boulevard Amirouche. Une marée humaine défilait là aussi avec la même ardeur, en provenance des rues Hassiba Ben Bouali, Belouizdad et des quartiers de la banlieue-est d’Alger, tandis que de l’autre côté, de grosses vagues de marcheurs arrivaient de Bab El Oued. A Maurétania, près de l’ancien siège du ministère des Finances, un carré scande : « Qanoune el malia dhidd e zawaliya ! » (La loi de finances est contre les pauvres). A la rue Hassiba, une foule dense exprime là encore son rejet des élections. Un homme a une pensée émue pour les victimes des massacres du 17 Octobre 1961 en écrivant : « Maurice Papon, criminel de guerre ! »

Des supporters de l’USM El Harrach arrivent en force. « Chkoune sbabna, eddoula hiya sbabna ! » (Qui est la cause de nos malheurs ? C’est l’Etat), chantent-ils. A un moment, un carré de manifestants entonne Qassaman. Chair de poule. L’hymne national est suivi d’une salve de hourras triomphants. Puis, ce mot d’ordre martelé à volonté : « L’istiqlal ! » (L’indépendance).

MUSTAPHA BENFODIL

• EL WATAN. 19 OCTOBRE 2019 À 10 H 30 MIN :
https://www.elwatan.com/a-la-une/35e-vendredi-de-mobilisation-le-hirak-maintient-le-cap-19-10-2019


 34e mardi de mobilisation des étudiants : « Surveillez le pétrole, pas les étudiants ! »

Photo : Sami K.

Alger, 15 octobre 2019. 34e mardi de mobilisation des étudiants. 10h15. La première image qui nous saute aux yeux en débarquant à la place des Martyrs est plutôt rassurante : une foule est massée à proximité de la bouche de métro et scande les slogans habituels sous le regard impassible de policiers plutôt décontractés. On est loin de l’ambiance tendue de mardi dernier, où les agents des services de sécurité, en uniforme ou en civil, étaient plus nombreux que les manifestants, et où des rafles étaient opérées dès la formation des premiers groupes de marcheurs.

Aiguillonné par le test réussi de vendredi dernier, et dans le sillage de la manif’ enflammée de ce dimanche contre le nouveau projet de loi sur les hydrocarbures, le rassemblement, où se mêlaient étudiants et non-étudiants, jeunes, vieux, femmes, chômeurs, cadres, retraités… affichait une détermination d’airain. « Djazair amana, baôuha el khawana ! » (On leur a confié l’Algérie, ils l’ont vendue, les traîtres !) martèle la foule bigarrée en écho au projet de loi ardemment rejeté.

On pouvait entendre aussi : « Dawla madania, machi askaria ! » (Etat civil, pas militaire), « Haggarine ettalaba ! » (Vous avez maltraité les étudiants), « One, two, three, viva l’Algérie, ou Gaïd Salah dictatouri », « Les généraux à la poubelle, wel Djazair teddi l’istiqlal » (et l’Algérie accédera à l’indépendance)… Il y avait aussi ce refrain anti-élections qui revenait comme une antienne : « Bye-bye Gaïd Salah, had el âme makache el vote ! » (Bye-bye Gaïd Salah, cette année, il n’y aura pas de vote).

« Revendredication »

10h30. Le cortège s’ébranle sous un ciel couvert. La foule entonne Min Djibalina et Qassaman. Très vite, le cortège se densifie. Les clameurs font vibrer Sahate Echouhada. Le concert de voix a quelque chose d’épique. Les Algériens en furie en appellent à l’esprit de Ali Ammar, alias Ali La Pointe. La jeunesse transfigurée scande : « Ya Ali Ammar, bladi fi danger. Nkemlou fiha la Bataille d’Alger. Makache marche arrière, eddoula coulate. El yed fel yed neddou l’istiqlal ! » (Ali Ammar mon pays est en danger. Nous allons continuer la Bataille d’Alger. Pas de marche arrière, le gouvernement va céder. Main dans la main on arrachera l’indépendance). On entend ensuite : « Les généraux à la poubelle ! », avec une variante : « Qanoune el mahrouqate (loi sur les hydrocarbures) à la poubelle ! » Le Dr Haouès, un éminent chirurgien coiffé d’une casquette aux couleurs nationales, nous gratifie du néologisme « revendredication », mot-valise combinant « vendredi » et « revendication ». « La principale ‘‘revendredication’’ du hirak est : ‘‘Etat civil, pas militaire’’ » insiste-t-il.

Pour lui, il était important de répondre présent ce mardi après la terrible répression de la semaine dernière. « Cette agression physique était inacceptable et il était important qu’on soit là. Aujourd’hui, nous sommes là pour les soutenir (les étudiants, ndlr) », argue-t-il. Selon lui, il est impératif de continuer à occuper la rue. « Le hirak prouve que quelle que soit l’issue de ce mouvement, il sera toujours là. La rue est au peuple. Le hirak s’organisera de telle sorte qu’il soit pérenne. Et quelle que soit l’issue de la crise, il restera vigilant vis-à-vis du futur Président, qu’il soit légitime ou illégitime. Car même si nous aurons un Président légitime, le hirak agira comme un contre-pouvoir. Le hirak doit avoir un droit de regard sur tout ce qui se passe en Algérie. »

« Etudiants pacifiques, respectez leurs droits civiques ! »

La marée humaine, de plus en plus épaisse, traverse la rue Bab Azzoune en martelant : « Pas de vote ! Même si vous deviez nous tirer dessus, on ne s’arrêtera pas ! » Sur les pancartes brandies, le projet de la discorde est décrié avec la même ardeur. « Le Sahara algérien n’est ni à vendre, ni à louer, ni à hypothéquer. Il est le bien de nos enfants et des futures générations algériennes », résume un homme d’un certain âge à travers son écriteau. Une femme arbore ce slogan : « A bas la loi sur les hydrocarbures ». Un autre citoyen exige le départ des députés : « La dissolution du Parlement est nécessaire parce qu’il est le laboratoire de validation des lois du gang ». En outre, plusieurs pancartes appellent à la libération des détenus et la cessation de la répression : « Libérez nos frères innocents », « Etudiants pacifiques, respectez leurs droits civiques ». Certains arboraient des portraits des citoyens injustement jetés en prison. La foule a scandé à plusieurs reprises le nom d’une étudiante arrêtée le 18 septembre dernier en criant : « Libérez Yasmine Dahmani ! » Forte pensée aux camarades qui ne rataient jamais ces manifs, à l’image de Djalal Mokrani. Galvanisée, la marée humaine, forte de plusieurs milliers de voix, répète : « Dégage Gaïd Salah, had el âme makache el vote ! » (pas de vote cette année). « Baâtou lebled, ya esseraquine ! » (Vous avez vendu le pays bande de voleurs)…

Un ouvrier en bâtiment perché sur un échafaudage appuyé à un vieil immeuble en rénovation salue la foule en agitant son gilet fluo avec un grand sourire.

A l’entrée du Square Port-Saïd, un important dispositif policier quadrille la zone ; des éléments antiémeute barrent la route menant vers le tribunal de Sidi M’hamed. Mais l’ambiance est plus détendue que mardi dernier. La foule détourne une célèbre chanson sportive de Rabah Deriassa et ça donne : « Hé, ho, lebled bledna, endirou rayna makache el vote ! » (C’est notre pays, on fera ce qui nous plaît, pas de vote !)

« Emmenez-nous tous en prison »

A la rue Ali Boumendjel, les manifestants crient avec hardiesse : « Olé olà, eddouna gaâ lel habss ; olé olà, echaâb marahouche habess ! » (Emmenez-nous tous en prison, le peuple ne s’arrêtera pas). On pouvait entendre aussi : « Ya Amirouche, ya Belouizdad, khawana baou lebled ! » (O Amirouche, ô Belouizdad, les traîtres ont vendu la patrie) ; « Ya Ali, Ya Abane, baouha lel Marikane » (O Ali – La Pointe – , ô Abane, ils l’ont vendue aux Américains). Décharge cathartique. Une formidable énergie citoyenne se libère. Si depuis le début, les étudiants jouissent d’un élan de sympathie qui ne s’est jamais démenti, cela s’est démultiplié avec la répression qui les a touchés. Si bien que ce 34e mardi avait des airs de vendredi de par l’ampleur et l’intensité de la mobilisation, et la diversité des manifestants, même si l’encadrement de la manif’ a été brillamment assuré par les étudiants. « On essaie de mettre en avant d’autres têtes », confie une étudiante qui fait partie du cœur battant des manifs du mardi. Sur la rue Larbi Ben M’hidi, le dispositif policier se contente de boucler les accès vers les ruelles qui mènent vers la rampe Ben Boulaid et de là à l’APN. Les manifestants scandent : « Makache el vote ! » « Oulache el vote ! » (Pas de vote), « Pouvoir assassin ! »… En s’engageant sur l’avenue Pasteur, des citoyens prennent à partie une haie de policiers en leur disant : « Assou el petrole machi etalaba ! » (Surveillez le pétrole, pas les étudiants).

Des camions de police barrent l’accès au tunnel des facultés. Le cortège descend par la Fac centrale (rue du 19 Mai 56), puis continue via la rue Sergent Addoun, enchaîne sur le boulevard Amirouche, remonte la rue Mustapha Ferroukhi, traverse la place Audin et pousse jusqu’à la rue Abdelkrim Khettabi, son point de chute. Parmi les messages exprimés au long de la marche, ce slogan qui insiste sur la poursuite de la mobilisation : « Had el hirak wadjeb watani ! » (Ce hirak est un devoir patriotique). Dernière image : en passant près de la place Audin, une femme prie un jeune homme qui fumait dans la manif’ d’éteindre sa cigarette. « Et ne jette pas le mégot par terre s’il te plaît, machi on a dit on prend soin de notre pays ? » lâche-t-elle affectueusement. Emotion.

MUSTAPHA BENFODIL

• EL WATAN. 16 OCTOBRE 2019 À 10 H 10 MIN :
https://www.elwatan.com/edition/actualite/34e-mardi-de-mobilisation-des-etudiants-surveillez-le-petrole-pas-les-etudiants-16-10-2019


 Grande mobilisation au 34e vendredi du hirak : Démonstration de force

Le 34e vendredi a connu un regain de la mobilisation assez marqué. Pour certains, la répression de mardi dernier a eu l’effet inverse, puisqu’elle a poussé beaucoup plus de citoyens à braver la peur pour dénoncer ce qu’ils ont considéré comme une injustice.

Alger a connu, hier, une très forte mobilisation. Si vendredi passé, certains ont vite conclu que la contestation a commencé à faiblir, avec le fléchissement constaté de la mobilisation, hier, à l’occasion du 34e vendredi, le hirak a démontré qu’il arrive toujours à trouver les ressources pour se remobiliser.

A cet effet, en plus de la réaffirmation de leur rejet de la présidentielle du 12 décembre, les manifestants ont exprimé leur refus vis-à-vis de l’adoption de la nouvelle loi sur les hydrocarbures qui devra être examinée en Conseil des ministres, probablement demain. Ils ont également dénoncé la répression qu’ont subie les étudiants mardi dernier.

Ils étaient nombreux les Algériens qui ont battu le pavé, hier, dans la capitale pour le 34e vendredi de suite. Une forte mobilisation qui pouvait rappeler celle du 5 juillet passé. Vers 15h, la place jouxtant la Grande-Poste à celle d’Audin, les rues Khettabi, Asselah, Amirouche et Hassiba Ben Bouali étaient noires de monde. Alors que des manifestants ont commencé à se regrouper à la Grande-Poste bien avant midi, une marche a démarré de la place du 1er Mai, comme à l’accoutumée aux environs de 14h.

Un moment après, tout l’axe de la rue Hassiba Ben Bouali menant de cette esplanade vers la place Maurétania était occupé par les protestataires. La foule se dirigeait vers la Grande-Poste. Au même moment, une autre imposante marche a démarré de Bab El Oued. Et c’est avec des applaudissements que les manifestants qui sont venus de ce quartier populaire ont été accueillis à la Grande-Poste.

Vers 15h30, il était devenu difficile de se déplacer dans le centre d’Alger. Bien évidemment, les marcheurs ont réaffirmé leur rejet des élections du 12 décembre qui, d’après eux, ne vont faire que « régénérer le système ». « Makanch intikhabat ya îssabat ! » (Pas d’élections, bandes), ont encore une fois scandé les manifestants qui ont également clamé : « Lebled bladna, ndirou raina, makanch l vote ! » (Ce pays est le nôtre.

On fera ce qu’on veut. Il n’y aura pas de vote). Ceux-là s’en tiennent toujours à leur position de rejet d’une élection organisée par des « symboles » de l’ancien système, le chef de l’Etat Abdelkader Bensalah et le Premier ministre Noureddine Bedoui, en l’occurrence, et dans des conditions marquées par des arrestations tous azimuts.

C’est pour cela qu’ils ont, par conséquent, réclamé la libération des détenus. Beaucoup de manifestants ont brandi des photos et des pancartes portant les noms de personnes arrêtées ces dernières semaines, à l’image de Karim Tabbou, Fodil Boumala et Samir Belarbi, pour ne citer que ceux-là. Des parents de détenus étaient également présents, chacun d’eux portant la photo de son proche.

Soutien aux étudiants et rejet de la nouvelle loi sur les hydrocarbures

Ce 34e vendredi est venu aussi comme une réaction à la répression qu’ont subie les étudiants mardi dernier. A chaque fois que la foule arrive devant les policiers antiémeute postés sur place, elle scandait : « Hagarine ettalaba ». « Mardi prochain avec les étudiants », ont-ils également crié.

L’attitude des services de sécurité, mardi passé, qui ont réprimé et interpellé de nombreux étudiants, empêchant par la même occasion la marche de se dérouler, a été ainsi dénoncée par les manifestants, qui promettent de venir en force à la 34e marche de la communauté universitaire.

Bien évidemment, les Algériens du hirak, qui ont pris l’habitude de réagir à l’évolution de la scène politique, dans ses moindres détails, hier, ont été unanimes à rejeter la loi sur les hydrocarbures, qui devrait être adoptée demain en Conseil des ministres. « Qanoun el mahroukat, dirouh fi el Imarat ! » (La loi sur les hydrocarbures, appliquez-là aux Emirats), ont-ils scandé. Et contrairement aux fois passées, hier, il n’était plus question de « Klitou lebled ya serakine ! »

(Vous avez pillé le pays, oh voleurs), mais de « Baatou lebled ya serakine ! » (Vous avez vendu le pays, oh voleurs). L’autre slogan qui est apparu, hier, en relation avec cette affaire, est « Nhar lhad fi lbarlamane ! » (Dimanche au Parlement). Les manifestants promettent donc de manifester demain devant le siège de l’APN pour dénoncer justement cette loi.

Il faut dire que la déclaration du ministre de l’Energie, Mohamed Arkab, qui a évoqué des discussions menées avec « les grandes compagnies classées parmi les cinq meilleures dans le monde » dans le cadre de la préparation de cette loi, n’a pas été appréciée par la majorité des Algériens. « Application des articles 18 et 80 de la Constitution pour protéger les richesses du pays », lit-on sur une pancarte brandie par une manifestante.

A noter que l’article 18 stipule que « la propriété publique est un bien de la collectivité nationale », alors qu’il est mentionné dans l’article 80 que « tout citoyen a le devoir de protéger la propriété publique et les intérêts de la collectivité nationale, et de respecter la propriété d’autrui ».

En tout cas, ce 34e vendredi a connu un regain de la mobilisation assez marqué. Pour certains, la répression de mardi dernier a eu l’effet inverse, puisqu’elle a poussé beaucoup plus de citoyens à braver la peur pour dénoncer ce qu’ils ont considéré comme une injustice. L’approche de la date du 12 décembre pourrait également y être pour quelque chose. Ce qui est certain, c’est que le hirak est toujours là, et ce, 34 semaines après son début.

ABDELGHANI AICHOUN

• EL WATAN. 12 OCTOBRE 2019 À 10 H 05 MIN :
https://www.elwatan.com/edition/actualite/demonstration-de-force-4-12-10-2019


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