Tunisie : pour un pôle ouvrier populaire autour de l’UGTT
29 mars 2012
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Pas un jour ne passe sans le déclenchement de nouvelles mobilisations et de nouvelles luttes. Car la résistance populaire n’a pas décru malgré l’appareil répressif, malgré la marginalisation et le mépris opérés non seulement par l’appareil d’Etat contre-révolutionnaire mais aussi par tous les partis assoiffés de pouvoir, ignorant le processus révolutionnaire et oubliant les objectifs à réaliser pour cette révolution.

La situation est particulièrement détériorée pour les habitants des régions pauvres et les travailleurs de certains secteurs délaissés par les autorités. Il en est de même pour les chômeurs, les femmes, les jeunes, dont la situation nécessite un traitement urgent et révolutionnaire dont sont incapables le gouvernement islamiste et libéral d’une part, et l’agglomérat RCDiste/moderniste d’autre part, constitué autour de Béji Caïd Essebsi et appuyé d’une « opposition » en déclin – descendante du mouvement démocrate et de la gauche traditionnelle.

La bipolarisation réactionnaire renaissante (destouriens/islamistes) sous sa forme brute vise plus que jamais à écarter les forces révolutionnaires et populaires de la lutte pour le pouvoir, l’atteinte à l’indépendance et à la radicalité dans les rangs du mouvement ouvrier, notamment le mouvement syndical, pour l’utiliser de nouveau comme appui et complice dans la lutte pour la domination sur les lieux de pouvoir.

Certes, la naissance et la propagation de forces de résistance populaires dans différents secteurs et différentes régions créent le climat nécessaire pour contrer cette bipolarisation en rejetant chacun de ses acteurs dans le coin des ennemis de la révolution détestés du peuple. Mais la division des forces de gauche d’une part et la neutralisation de l’UGTT – principale force déterminante pour les mobilisations populaires et ouvrières – d’autre part, ramènent continuellement les deux pôles réactionnaires sur le devant de la scène, comme seules alternatives possibles pour le peuple.

Dès sa prise de pouvoir, la coalition islamo-libérale a compris que l’UGTT était l’unique force capable de cristalliser un pôle ouvrier et populaire indépendant et opposé aux deux pôles réactionnaires se disputant la domination des institutions de l’Etat. L’UGTT est en effet la plus apte à mobiliser et organiser les travailleurs et à intervenir de façon déterminante dans les mobilisations populaires. Elle est aussi la plus apte à opérer la convergence des luttes populaires et mobilisations des associations et organisations féministes et de jeunesse, des partis de gauche et démocrates. Par ailleurs, elle dépasse toutes les organisations politiques et tous les dispositifs actifs sur la scène politique, en légitimité historique et en crédibilité parmi les travailleurs, la jeunesse, les femmes, les habitants des régions de l’intérieur et des quartiers populaires qui ont vécu la révolution et constaté la prestation déterminante des syndicalistes qui ont su peser de tout leur poids dans la lutte, ainsi que l’importance des structures, des locaux et des moyens de l’UGTT dans le mouvement révolutionnaire.

Malgré la série de complots complexes et aux multiples acteurs, le processus révolutionnaire est toujours en cours. Il nécessite aujourd’hui la plus grande clarté dans l’analyse politique et dans l’identification des forces capables de le poursuivre jusqu’à la réalisation de ses objectifs. Et ce sont deux tâches liées et interdépendantes. Car les revendications populaires urgentes qui ont nourri la révolution sont toujours sans réponses. Et leur réalisation reste conditionnée à la construction d’un pôle ouvrier et populaire dont le centre de gravité, le garant de son unité et de la cristallisation de sa force serait l’UGTT. Les forces de gauche et démocrates réunies autour de l’UGTT et unies en son sein seront le moteur principal de ce pôle ouvrier populaire.

Le pôle islamiste avec ses salafistes et ses pseudo-libéraux et le pôle destourien réapparaissant sur la scène politique œuvrent pour plus de projets capitalistes de plus en plus sauvages, accentuent les politiques de dépendance et de soumission aux puissances impérialistes. Dans ce cadre, le pôle ouvrier populaire concrétisera les revendications et les tâches révolutionnaires urgentes, notamment la récupération des biens mal acquis et la traduction devant la justice des criminels et pilleurs des biens publiques, la mise des biens récupérés sous contrôle des travailleurs et de la population via des structures de pouvoir populaire élues aux niveaux local, régional, sectoriel et national. Il s’agira aussi de prendre des mesures immédiates pour garantir un revenu stable à tous et de se pencher sur les questions de l’emploi, des services publiques qu’il faudra développer et dont il faudra garantir la gratuité ; d’annuler les dettes publiques et mettre les secteurs et les ressources stratégiques sous contrôle populaire et l’interdiction de leur privatisation ; l’annulation des accords consacrant la dépendance et le pillage capitaliste d’un côté, et la soumission à l’impérialisme et au sionisme de l’autre.

Un tel pôle qui s’engagerait en faveur des tâches révolutionnaires et des mobilisations populaires serait capable de battre les deux pôles réactionnaires et contre-révolutionnaires quels que soient les appuis financiers, médiatiques et policiers dont ils bénéficient. Un tel pôle est possible à réaliser et cristalliser si la gauche syndicale avec toutes ses composantes pouvait se convaincre que nos efforts sont vains tant que nous n’avons pas dépassé les divisions injustifiées, et tant que nous neutralisons l’UGTT et l’écartons de la participation active aux rendez-vous politiques en général et électoraux en particulier. En construisant ce pôle ouvrier populaire, le mouvement révolutionnaire retrouvera son dynamisme et réalisera de grands pas vers la réalisation de ses objectifs.

29 mars 2012

Ligue de la Gauche ouvrière


* Traduction non validée par les auteurs..

Mis en ligne le 23 avril 2012
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