La tuerie de Charlie Hebdo – Deux poids deux mesures dans la dénonciation du fanatisme

On se rassemble à Paris, à Montréal et ailleurs pour dénoncer l’attentat terroriste contre Charlie Hebdo et contre l’épicerie casher. La liberté d’expression et de presse, que dis-je, le simple droit à la vie du plus humble des humains nécessitent qu’on se mobilise en toute indépendance des fauteurs de fanatisme. Mais on le fait si peu contre le terrorisme quotidien qui prévaut en Syrie, en Irak, en Afghanistan, à Gaza, en Cisjordanie. L’a-t-on fait contre les millions de tués dans la guerre des Grands lacs africains, contre les milliers de femmes qui y ont été violées, guerre et viols qui continuent. Ne regarde-t-on pas à la télévision et sur Internet, avec la fausse pitié de l’Occidental dit civilisé, hier les très meurtrières guerres civiles du Liberia et du Sierra Leone et aujourd’hui celles de l’Afrique sahélienne et saharienne.

Chapeau à cette poignée qui, à contre-courant, se mobilise dans la rue, particulièrement nos concitoyennes arabo-musulmanes et noires ; chapeau à ces quelques infirmières et médecins qui risquent leur vie pour contrecarrer l’épidémie d’ébola, lugubre conséquence d’économies dévastées par la guerre et de politiques néolibérales imposées par l’impérialisme ; chapeau aussi à ces travailleuses humanitaires qui le font par solidarité sans arrogance et sans chercher hauts salaires et belles carrières. Mais sus, sauf exception, aux aux partis de gauche et aux centrales syndicales — quant aux partis de droite et aux organisations patronales on en parle même pas — qui se taisent ou au mieux se contentent de dénoncer du bout des lèvres sans jamais mobiliser.

Les bien-pensants de la civilisation occidentale se disculperont en blâmant les régimes et les organisations fondamentalistes du monde arabo-musulman et les dictatures et pseudo démocraties africaines, tous plus répressifs et corrompus les uns que les autres. Sans oublier leur « cinquième colonne » dans nos pays impérialistes qu’il faudra avoir à l’œil et, au besoin, emprisonnée sans ménagement procédurier ! Que nous sommes... blancs... comme neige ! Bien sûr, il n’y a aucun rapport entre les grandes et petites puissances impérialistes d’une part et ces régimes et pays faillis d’autre part ! Israël, l’Arabie saoudite, l’Égypte, la Turquie ne sont pas des alliés stratégiques des ÉU et tutti quanti ! Le barbare régime syrien n’a jamais sous-traité la torture étasunienne et canadienne ! Les pays exsangues de l’Afrique noire, livrés au pillage brut et brutale de leurs ressources naturelles, ne sont pas quasi clientélistes du vieil et du nouvel impérialismes !

Mais voilà, nous nous sommes habitués depuis des générations à cette abominable hiérarchie. Il y a eu le Vietnam, l’Algérie, la Corée, Hiroshima, l’Holocauste, Dresde et Hambourg, les champs de massacre de la Première guerre, les « génocides tropicaux » (Mike Davis), la traite esclavagiste, le génocide amérindien. Comme le disait Aimé Césaire en 1955 dans son Discours sur le colonialisme : Ce que le « très distingué, très humaniste, très chrétien bourgeois du XXe siècle [...] ne pardonne pas à Hitler, ce n’est pas le crime en soi, le crime contre l’homme, ce n’est pas l’humiliation de l’homme en soi, c’est le crime contre l’homme blanc, et d’avoir appliqué à l’Europe des procédés colonialistes dont ne relevaient jusqu’ici que les Arabes d’Algérie, les coolies de l’Inde et les nègres d’Afrique. »

On se rassemblera donc derrière les chefs de file du fanatisme ou leurs représentants, ceux de l’impérialisme néolibéral, pour blâmer le fanatisme. Quelle insupportable contradiction.

Marc Bonhomme, 10 janvier 2015
www.marcbonhomme.com ; bonmarc videotron.ca


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