Manifestations des « gilets jaunes » : 5 339 gardes à vue depuis le début du mouvement

, par BOUCHEZ Yann, VINCENT Elise

Environ 150 personnes ont été incarcérées depuis mi-novembre, selon un décompte du ministère de la justice dont « Le Monde » a pris connaissance.

En moins de deux mois, depuis le début de la mobilisation, le 17 novembre 2018, les manifestations à l’initiative des « gilets jaunes » ont donné lieu à 5 339 gardes à vue en France, d’après un comptage du ministère de la justice dont Le Monde a pu avoir connaissance. Un bilan qui inclut les manifestations du samedi 5 janvier tout en montrant que les réponses judiciaires diffèrent sensiblement entre Paris et la province.

Parmi ces personnes gardées à vue, 815 ont été jugées en comparution immédiate, a également appris Le Monde ; 152 ont par ailleurs fait l’objet d’un mandat de dépôt.

Les réponses judiciaires qui ont suivi les interpellations font néanmoins apparaître une sensible différence de traitement entre Paris et la province. Si la part des gardés à vue qui ont été jugés en comparution immédiate est relativement similaire entre la capitale (15 %) et le reste de la France (15,3 %), la proportion de classements sans suite varie fortement.

Ainsi, à Paris, les 1 628 gardes à vue en marge du mouvement des « gilets jaunes » depuis fin novembre ont abouti à 798 classements sans suite, soit 49 % des procédures. En province, cette part est environ quatre fois moindre : on recense 436 classements sans suite pour 3 711 gardes à vue, soit 11,7 % du total.

La grande diversité des réponses pénales

Une « soixantaine de peines de prison ferme » au total ont été prononcées à Paris depuis le début du mouvement. Ces peines ne se traduisent toutefois pas systématiquement par un placement en détention. Parmi les 152 mandats de dépôt délivrés à l’échelle nationale, 123 l’ont été en région et près d’« une trentaine » dans la capitale, selon le parquet de Paris.

Alors que les interpellations ont connu un pic lors du week-end du 8 décembre – avec 1 082 à Paris et environ 2 000 dans toute la France –, elles ont baissé par la suite, tout comme les gardes à vue. Dans la capitale, ces dernières sont passées de 904 lors du samedi 8 décembre, à 33 le 29 décembre 2018.

Au niveau national, les chiffres établis par la chancellerie soulignent la grande diversité des réponses pénales. Les mesures alternatives aux poursuites ont été privilégiées dans un cas sur six en province (17,6 %). Parmi ces mesures figurent, entre autres, les rappels à la loi, l’orientation des manifestants vers une structure sanitaire, sociale ou professionnelle, ou encore la réparation des dommages.

Hors Paris, au-delà des 570 comparutions immédiates recensées, plus d’un quart des gardés à vue ont fait l’objet de convocations ultérieures, soit environ 900 personnes. De nombreux manifestants doivent donc encore faire face à la justice, sans compter ceux qui sont visés par une information judiciaire pour des affaires plus complexes et plus graves.

Enfin, en région, 216 personnes ont fait l’objet d’une comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité et 171 gardes à vue de mineurs ont donné lieu à l’ouverture d’une procédure devant le juge des enfants.

Yann Bouchez et Elise Vincent