Amazonie en flammes : Jair Bolsonaro rejette la faute sur les ONG

Le président brésilien a insinué que les incendies dans la forêt amazonienne, qui ont connu un bond de 83 % par rapport à la même période de l’an dernier, auraient été provoqués par les défenseurs de l’environnement afin de ternir l’image de son gouvernement.

Alors que les incendies dans la forêt amazonienne depuis le début de l’année ont augmenté de 83 % par rapport à la même période en 2018, “les propos de Bolsonaro confirment l’indifférence du gouvernement pour l’environnement”, regrette Folha de São Paulo. “La bonne nouvelle”, ajoute le journal, non sans ironie, est que le chef de l’État brésilien “a reconnu que les feux existent”, mais “le côté désastreux est [que Bolsonaro] continue à inventer des méchants pour fuir ses responsabilités”.

Interrogé sur le bond inquiétant du nombre de départs de feu, Jair Bolsonaro a en effet réagi en sous-entendant que les incendies auraient été déclenchés par des ONG de protection de l’environnement pour ternir l’image de son gouvernement. Le président d’extrême droite, lors d’une conférence de presse mercredi 21 août, a ainsi déclaré :

“Il peut y avoir, mais je ne l’affirme pas, une action criminelle de ces ONG afin de me nuire, de nuire au gouvernement brésilien.”

Le président n’a pas pour autant apporté d’arguments solides à ses allégations. Mais selon lui, la baisse des subventions publiques accordées aux ONG ainsi que la suspension des dons norvégiens et allemands à destination du fonds pour la protection de l’Amazonie, en raison des inquiétudes des deux pays à propos du déboisement galopant de la forêt, auraient incité les organisations à provoquer des départs de feu.

“Discours belliqueux”

Cette insinuation est qualifiée d’“absurde” par Folha, qui écrit :

“C’est une tentative banale de dénaturer le débat sur la dévastation des forêts.”

Le quotidien de São Paulo s’inquiète de voir que “le président s’engage dans une guerre futile avec les organisations internationales qui agissent dans le pays”.

L’édition brésilienne d’El Pais abonde en ce sens : pour la publication, le président brésilien, “fidèle à son style”, a “inversé les responsabilités”, adoptant un “discours belliqueux et perdant le respect de la communauté internationale”.

Le site reprend un rapport de l’Institut de recherche environnementale en Amazonie (IPAM) publié mardi 20 août et qui indique qu’une partie des départs de feu ayant eu lieu dans des zones protégées sont “la conséquence de la déforestation”.

Lien avec la déforestation

“Beaucoup de ces zones sont aussi victimes d’invasions et de mise en location illégales de terres”, explique El Pais, qui souligne que les dix municipalités d’Amazonie où le plus d’incendies ont été enregistrés sont celles “qui ont présenté le plus grand taux de déforestation”.

“Il existe des cas où le feu est utilisé de manière contrôlée pour laver les champs, même dans des zones protégées avec une présence humaine”, à l’instar des communautés indigènes, rappelle le site.

“Mais quelque chose a dégénéré, comme le propre gouvernement et le ministre de l’Environnement le reconnaissent.”

Estado de São Paulo reprend le communiqué de presse diffusé peu après les déclarations présidentielles par l’Observatoire du climat, un réseau de 50 ONG impliquées dans la lutte pour l’environnement, pour qui “le feu reflète l’irresponsabilité du président” concernant l’Amazonie.

“Depuis qu’ils sont arrivés au pouvoir”, Jair Bolsonaro et son ministre de l’Environnement “se sont appliqués à démonter les structures de gouvernance environnementale et les organes de contrôle”, dont celui chargé de surveiller la déforestation de l’Amazonie, et ce “sans que soit présentée jusqu’à maintenant une alternative contre la destruction” de la forêt, déplore l’Observatoire du climat.


Morgann Jezequel

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