Débat « religion » : « Les femmes voilées ont leur place au NPA »
2 décembre 2010
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Un débat est en cours au sein du Nouveau Parti anticapitaliste (NPA) sur les thèmes de l’émancipation, de la religion, du féminisme et de la laïcité. Ouvert après la candidature d’Ilham Moussaïd aux élections régionales de mars 2010 dans le Vaucluse, il se poursuit en vue du congrès que ce parti doit tenir en février 2011.

Les textes liés à ce débat sont regroupés sur le site d’ESSF par le mot clé : DébatRELF


Après la démission collective des douze militants du comité « quartier populaire » du NPA d’Avignon -dont Ilham Moussaïd, la candidate voilée aux dernières élections régionales- [1], le débat sur le port du voile fait de nouveau des remous au sein du parti anticapitaliste.

Certains préfèrent ne plus s’exprimer sur le sujet et laisser la discussion interne suivre son cours jusqu’au congrès, reporté en février. C’est ainsi la seule chose qu’a voulu me répondre Alain Krivine, pourtant opposé au port du voile chez les représentants du NPA :

« Il y a un large débat en cours au sein du parti, et il ne sera pas clos avant le congrès. Ils auraient dû attendre ce moment-là avant de partir. C’est une question que le NPA n’a encore jamais tranché, même si elle nous a beaucoup secoués. »

Alain Pojolat, membre du comité exécutif (organe de direction) du NPA, favorable à la présence de femmes voilées dans son parti, est profondément déçu par ce départ. Il explique sa position.

Christophe Payet : Comment avez-vous réagi à la démission des militants du Vaucluse ?

Alain Pojolat : Je suis très étonné, déçu et consterné. Je pensais que l’on avait beaucoup avancé sur le sujet et que le débat avait fait un saut qualitatif depuis l’université d’été. Il me semblait que l’on était sorti de la diabolisation réciproque pour aller vers une compréhension mutuelle des vrais problèmes posés.

Il est dommage qu’ils n’aient pas eu la patience d’attendre le congrès. Ce n’est pas un choix judicieux. Mais ils peuvent toujours revenir. A partir du moment où ils restent anticapitalistes et féministes, ils ont leur place au NPA.

Une femme voilée a-t-elle sa place dans le NPA ?

Il est désormais acquis que les croyants ont leur place au NPA. La question qu’il reste à trancher est de savoir si une fille voilée peut nous représenter. Même si je suis complètement athée, je pense que l’on doit accepter le port du voile dans nos rangs. Nous sommes un parti d’émancipation, nous ne pouvons pas obliger quelqu’un à le retirer.

Le NPA doit se battre pour défendre les femmes voilées de force, mais aussi protéger celles qui ont fait le choix de le porter. Toutes ont leur place dans le parti.

Vous n’avez pas peur d’une récupération religieuse ?

Il y a en effet la question de savoir si, du fait de son signe affiché, la propagande religieuse passe avant le message politique. Pour moi, les croyants et les croyantes peuvent représenter le NPA, mais à une seule condition : que leur appartenance religieuse ne soit pas mise en avant par rapport à leur engagement anticapitaliste et féministe.

Chacun a sa propre énergie pour assumer sa révolte. Nous avons tous plusieurs facettes, nous ne sommes pas uniquement matérialistes. L’aspect religieux ne me pose pas de problème tant que c’est l’anticapitalisme qui prime.

Je considère Ilham avant tout comme une anticapitaliste. Quand je la vois se battre pour des valeurs féministes, en luttant contre des fermetures de centres IVG ou contre l’imposition du voile, alors j’ai confiance en elle pour me représenter.

Nous ne sommes plus un vieux parti communiste fermé. Il y a une rigidité de la part de certains camarades qui me rappelle, toutes proportions gardées, le problème de la représentation des homosexuels dans les années 70, quand il n’étaient pas forcément les bienvenus à l’extrême gauche.

N’y a-t-il pas une contradiction avec votre héritage marxiste et laïque ?

En quoi le NPA devrait-il avoir peur de la religion ? Nos positions politiques dépassent ces divisions. D’ailleurs, le fameux texte de Marx sur l’opium du peuple précise également que la religion est un combustible qui peut permettre aux gens de se révolter.

Par ailleurs, notre idéalisme est complètement empreint de tradition judéo-chrétienne. Dans le marxisme, il n’y a pas que du matérialisme, et parfois la liturgie respectée par certains groupes marxistes léninistes fleure l’expression religieuse.

Les sans-papiers sont par exemple croyants à 95%, certains sont polygames, mais ce n’est pas écrit sur leur front : est-ce que l’on doit les refuser pour autant ? Evidemment, il ne s’agit pas de tourner le dos à ces contradictions mais de faire évoluer la conscience des uns et des autres dans le cadre commun que constitue le parti.

Le SWP [Socialist workers party, ndlr] en Angleterre accepte bien des Sikhs avec leur turban. Le PTB [Parti du travail de Belgique, ndlr] a présenté des femmes portant le foulard à des élections nationales.

La gauche, et en particulier la gauche révolutionnaire, a perdu sa capacité à représenter un schéma global de la société et a laissé une partie de ce terrain à la religion.

Il y a en plus une islamophobie qui touche les enfants issus de l’immigration. Les esprits ne sont pas décolonisés et ces jeunes ne parviennent pas à obtenir une reconnaissance autrement que par l’affirmation religieuse ou par la référence à une « patrie » d’origine mythique, par exemple en supportant leurs équipes de football nationales. La démarche identitaire est là. Il faut faire avec.

N’est-ce pas un moyen détourné de toucher les quartiers populaires ?

Cette idée-là est totalement erronée ! On ne peut pas user de subterfuges pour s’implanter dans les quartiers. L’acceptation du voile n’a pas à être un cheval de Troie pour entrer dans les banlieues. Il ne faut pas être opportuniste sur ce sujet-là. Si nous ne sommes pas bien représentés dans les quartiers, c’est qu’on ne mérite pas d’y être, que nous n’avons pas encore accompli un travail politique suffisant.

Aujourd’hui, la composition sociologique naturelle du NPA est fortement marquée par le personnel enseignant et les professions du tertiaire. La seule solution pour faire avancer les idées anticapitalistes et féministes dans les couches populaires, c’est de trouver les bons médiateurs. Avec ou sans voile.


Notes

[1Voir sur ESSF : Lettre de démission du NPA

Mis en ligne le 5 décembre 2010
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